Brexit

La négociation se prolonge sous la menace d'un veto français


AFP le 04/12/2020 à 14:38

La France a menacé vendredi d'opposer son « veto » à un accord commercial post-Brexit qui ne lui conviendrait pas, au moment où Londres et Bruxelles mettent les bouchées doubles pour conclure dans les tout prochains jours.

« S’il y avait un accord sur le Bexit qui n’était pas bon (…) nous nous y opposerions », a lancé le secrétaire d’État français aux Affaires européennes, Clément Beaune, sur la radio Europe 1. Avec un veto ? « Oui. Chaque pays a le droit de veto », a-t-il averti. La France fera sa « propre évaluation » d’un éventuel texte, a-t-il précisé. « Nous le devons aux Français, nous le devons à nos pêcheurs et à d’autres secteurs économiques », a souligné Clément Beaune, répétant que le risque d’un non-accord « existe » et qu’il « faut s’y préparer ».

Ce coup de pression sur les négociations du Brexit traduit l’inquiétude croissante de la France de voir l’UE accorder trop de concessions aux Britanniques, afin d’éviter un « no deal » au 31 décembre, jour de la rupture définitive de Londres avec le continent. Selon un diplomate européen, cette inquiétude est partagée par d’autres capitales, comme Rome, Madrid, Bruxelles et Copenhague. « Nous ne voulons pas nous enfermer dans une relation déséquilibrée pour les décennies à venir », explique-t-il.

« Garantir l’unité »

Signe des divergences qui gagnent les États membres, plusieurs sources européennes affirment à l’inverse que l’Allemagne, qui occupe la présidence tournante de l’UE, et la Commission européenne cherchent à obtenir un accord « à tout prix ». « Nous allons tenir bon jusqu’au dernier moment, la dernière seconde de ce processus pour garantir l’unité entre nous », a assuré vendredi le président du Conseil européen, Charles Michel.

Les résultats des pourparlers pourraient être présentés par la Commission aux capitales dans « les prochaines heures ou les prochains jours », a-t-il ajouté, expliquant que les États membres prendront ensuite position « en fonction de ce qui est sur la table ». Un sommet européen réunissant en personne les dirigeants des 27 est prévu les 10 et 11 décembre à Bruxelles. Le négociateur européen Michel Barnier, à Londres depuis le début de la semaine, devait continuer à négocier toute la journée de vendredi, renonçant à un point d’étape initialement envisagé dans l’après-midi avec les États membres.

« Prématuré d’anticiper un conclusion durant le week-end »

Les Européens aimeraient parvenir à un accord avant la fin du week-end, condition pour qu’il soit ratifié à temps par le Parlement européen afin d’entrer en vigueur le 31 décembre. À cette date, les Britanniques, qui ont officiellement quitté l’UE le 31 janvier 2020, cesseront d’appliquer les normes européennes. « Il reste très peu de temps. Nous sommes à un moment difficile des négociations », a concédé le porte-parole du Premier ministre Boris Johnson, avertissant que Londres n’accepterait pas « un accord qui ne respecte pas les principes fondamentaux de la souveraineté ».

Une source européenne a estimé qu’il était pour l’instant « prématuré » d’anticiper une conclusion des discussions durant le week-end. Sans accord pour régir leur relation au 1er janvier, le Royaume-Uni et l’UE échangeront selon les règles de l’Organisation mondiale du commerce, synonymes de droits de douane ou de quotas, faisant courir le risque d’un nouveau choc économique s’ajoutant à celui de la pandémie de coronavirus.

Trois points bloquent toujours la conclusion d’un accord : l’accès des pêcheurs européens aux eaux britanniques, les garanties réclamées à Londres en matière de concurrence et la manière de régler les différends dans le futur accord. La pêche apparaît depuis le début des discussions comme un sujet aussi symbolique qu’explosif pour une poignée d’États membres, France et Pays-Bas en tête. Le Premier ministre français Jean Castex a d’ailleurs rappelé jeudi que la pêche française ne pouvait pas être « sacrifiée comme variable d’ajustement » dans les négociations.

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