Après le Brexit

Comment exporter des oignons à Londres : « ce sera plus cher et plus long »


AFP le 11/12/2020 à 07:50
(©Getty Images)

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Oignon rosé de Roscoff, ratte du Touquet ou vitelotte bleue : depuis des semaines, les Britanniques accumulent des fruits et légumes frais venus de France, en prévision du Brexit fin décembre, explique à l'AFP un exportateur français. Après ? Les livraisons seront « moins nombreuses, plus longues et surtout plus chères ».

« Depuis plus de deux mois, nos livraisons vers la Grande-Bretagne représentent 35 % de nos exportations hebdomadaires au lieu de 25 % en temps normal ». Pour l’instant, le Brexit fait plutôt les affaires de Marc Fichel, directeur export de SolPom, une PME de 15 salariés basée sur le marché international de Rungis, au sud de Paris.

Les camions partent quotidiennement outre-Manche. « Il doit y avoir un effet psychologique, les Britanniques doivent avoir peur qu’on les lâche », dit le professionnel, qui vend environ 200 tonnes d’échalotes par an outre-Manche.

« Notre savoir-faire sur la qualité des légumes et leur calibrage est apprécié outre-Manche, y compris dans le secteur de la restauration rapide et du « click and collect », j’expédie des palettes d’échalions du Val de Loire ou d’échalotes de Bretagne, c’est simple, ça va vite, et ça marche ».

Commandée le lundi à Rungis, une palette de carottes en bottes arrive le mardi chez un grossiste londonien.

Grâce au marché unique européen, un bon de transport suffit pour le véhicule et un bon de livraison pour le client. La facture est envoyée par mail. Pas de passage en douane. Les contrôles sanitaires ont lieu à Rungis.

Après le 31 décembre, M. Fichel va faire appel à deux transitaires, des sociétés de transport britanniques, dont l’essentiel du travail sera de procéder aux dédouanements des deux côtés de la frontière.

« 10 produits, 10 certificats »

« Chaque marchandise doit avoir un numéro, certifiant son origine, ainsi que des certificats sanitaires : 10 produits, 10 certificats. Et des taxes douanières vont être appliquées sur chaque livraison » explique M. Fichel.

« La palette qui arrivait le mardi à Londres arrivera le jeudi ou le vendredi et ce sera plus cher, on estime environ 150 euros de droits de douane par facture », dit-il. De quoi sérieusement augmenter le prix de la feuille de salade dans le sandwich.

« Cela va réduire les volumes d’échange, rallonger les délais de livraison et coûter plus cher » dit-il, mais il « faut que ça marche, surtout pour des produits frais qui sont vitaux », dit-il, prêt à croire que « le Brexit va disparaitre en juin ».

« Les transporteurs me le disent, on va revenir au système actuel au printemps, tout va être beaucoup trop compliqué » et les Britanniques, peuple marchand « ne supporteront pas ce retour en arrière », selon lui.

Seul avantage, écologique, les tarifs douaniers étant calculés à la facture, les camions devront être mieux remplis, et risquent donc in fine d’être un peu moins nombreux sur les routes.

« Tant qu’il y aura le Brexit, on ne pourra plus faire partir de camions chaque jour, c’est clair et net, ce sera plus groupé. J’ai déjà un client britannique qui a anticipé et qui ne fait plus que deux départs par semaine ».

Il y a encore tellement d’incertitudes sur les paperasseries qu’au téléphone, ses clients britanniques « n’osent même pas parler du sujet ».

De son point de vue, si la douane anglaise avait pu travailler directement à Rungis, cela aurait facilité les choses. « Personne n’en parle. Ils savent très bien que nous allons faire tout le travail (administratif) et que ça va coûter plus cher ». « Après, la question sera de savoir s’ils sont prêts à payer plus cher ou si les producteurs devront consentir à faire un effort sur les prix pour vendre », ajoute M. Fichel.

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