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Dossier : Réforme de la PAC

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Covid-19

Le coronavirus met à mal l'ensemble de la filière laitière européenne


TNC le 07/04/2020 à 16:58
Le Cniel a proposé la création d’un fonds de solidarité de 10 M€ pour indemniser les diminutions de production volontaires. (©TNC)

Le Cniel a proposé la création d’un fonds de solidarité de 10 M€ pour indemniser les diminutions de production volontaires. (©TNC)

Aucun pays n'échappe au coronavirus et le secteur laitier est en difficulté dans toute l'Europe. Face aux manques de débouchés, les grands pays producteurs de lait, déjà largement impactés pour certains, réfléchissent à des mesures pour limiter la hausse de production saisonnière.

À l’approche du pic saisonnier, la collecte laitière française a déjà enregistré une hausse de 1 % comparé à 2019, sur les trois premières semaines de mars, « stimulée par une pousse de l’herbe précoce et une mise au pâture plutôt favorable », affirme Gérard You, responsable du service économie des filières à l’Institut de l’élevage.

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Dans le même temps, les débouchés se réduisent, que ce soit pour l’industrie agroalimentaire, la RHD ou l’export. « L’activité industrielle et commerciale est perturbée par les effets du confinement tant au stade de la transformation (absentéisme croissant du personnel de 20 % dans l’Ouest à plus de 30 % dans l’Est), de la logistique (transport, ruptures d’approvisionnement de certains emballages et ingrédients), que de la distribution », indique l’Idele.

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Face aux problèmes que rencontrent les courants commerciaux traditionnels, les prix n’ont pas résisté. Le prix du lait valorisé en beurre poudre maigre a ainsi baissé de 50 €/1 000 litres le mois dernier pour atteindre 270 €/1 000 litres. Le prix de la poudre maigre, qui a perdu plus de 400 € en février et mars, pourrait même tomber au niveau du prix d’intervention d’ici un mois, estime Gérard You. 

Mais il n’y a pas qu’en France que le pandémie plombe les marchés. Les autres grands pays producteurs de lait doivent également faire face à la crise. 

Aucun pays épargné

En Allemagne, le débat monte également sur une réduction de la production. Le syndicat DBV a notamment demandé l’ouverture du stockage privé des produits laitiers au niveau européen. Le groupe DMK, la plus grande coopérative laitière d’Allemagne, « a du mal à bien valoriser le lait, et il n’est pas impossible, que comme en France, il y ait des signaux pour calmer les ardeurs des éleveurs laitiers », explique Gérard You.

L’ Irlande, où la saisonnalité de la production est très forte, pourrait devoir faire face à une situation particulièrement compliquée. « Entre janvier (le creux de collecte) et mai (le pic), la collecte mensuelle est multipliée par 6 ». « La forte hausse de production laitière connue en Irlande depuis 2013 (+ 50 % en 6 ans) entraîne une quasi-saturation des outils de transformation au printemps. Les transformateurs s’inquiètent de leur capacité à pouvoir transformer l’ensemble de la collecte, dans le cas où une partie de la main d’œuvre serait absente en lien avec le Covid-19 », explique l’Idele.

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D’ores et déjà, les transformateurs irlandais appellent à la modération, mais « pour l’instant, les éleveurs n’ont pas du tout envie de lever le pied, puisque la recette laitière des éleveurs irlandais se fait essentiellement sur cette période ».

Aux Pays-Bas, la collecte ainsi que la transformation et l’expédition des produits laitiers ne connaissent pas de perturbation pour le moment, selon le syndicat des producteurs NZO, qui n’exclut toutefois pas une limitation provisoire du ramassage en cas de besoin. Quant à l’industrie laitière du pays, un plan d’urgence a été arrêté, prévoyant la poursuite de la collecte et de la transformation même en cas de perturbations, tout en préparant les éleveurs à de possibles interruptions de collecte dans les exploitations. Le plan prévoit qu’en cas de fermeture ou de baisse de capacités d’une laiterie, le lait soit transféré vers d’autres usines.

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Au Royaume-Uni, des laiteries rencontrent des difficultés pour respecter les délais de paiement du lait et réduisent même le prix payé aux éleveurs. L’augmentation des débouchés dans la grande distribution ne parvient pas non plus à compenser la perte des débouchés habituels. Certaines laiteries ne seraient même plus capables de collecter le lait régulièrement, et étant donné que les éleveurs ne disposent pas de possibilité de stockage au sein des exploitations, le lait est utilisé par certains dans les installations de biogaz. 

Gérard You prévient : « limitez dans la mesure du possible les concentrés, parce qu’on va avoir à gérer un pic de collecte qui va être compliqué dans cette nouvelle conjoncture ».

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