Produits laitiers

Le ralentissement des exportations met à mal la filière laitière


TNC le 03/04/2020 à 17:02
40 % de la collecte laitière française est destinée à l'export. (©TNC)

40 % de la collecte laitière française est destinée à l'export. (©TNC)

L’Institut de l’élevage a réalisé un point hebdomadaire sur les marchés des produits laitiers. Pour Gérard You, responsable du service économie des filières à l'Institut de l'élevage, c'est la baisse de débouchés à l'export qui fragilise le plus la filière laitière. Face à la crise, les laiteries sont plus ou moins touchées, selon leur taille et leurs orientations.

La crise sanitaire a mis un coup d’arrêt aux exportations et pour Gérard You, responsable du service économie des filières à l’Institut de l’élevage, il s’agit du principal enjeu. L’impact de la fermeture de la RHD (restauration hors domicile) est moindre comparé à celui de la baisse des exports.

En temps normal, la collecte laitière française s’écoule à 42 % vers les achats des ménages, à 16 % dans la RHD, – un segment pas si important que ça en volume finalement – et à 6 % dans les IAA, tandis que 40 % est exporté, soit près de 9 milliards d’équivalent en litre de lait, d’où de « grosses inquiétudes ». (Chiffres 2017)

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« Comme la France, les pays voisins ont tendance à privilégier l’approvisionnement national. » Pour les exports vers pays tiers, si les contrats qui ont été signés dans le passé sont honorés dans la mesure du possible, « il n’y a pratiquement plus de commande pour l’avenir, selon les opérateurs ».

D’autant plus que des difficultés d’approvisionnement viennent s’ajouter. Bien que les frontières restent toujours ouvertes d’un point de vue commercial, les contrôles sanitaires sont renforcés et limitent les mouvements, et des sociétés de transport ont parfois du mal à trouver des chauffeurs. Il ne reste plus que « quelques acheteurs qui ont une approche plutôt opportuniste et qui sont prêts à acheter, mais à des tarifs bien moindre. Aujourd’hui les opérateurs et exportateurs sont donc dans une logique d’attente, puisqu’ils ne vont pas, sauf s’ils ont le couteau sous la gorge, dévaloriser leurs produits à l’export ». Face à la perte de débouchés, les laiteries demandent aux éleveurs de lever le pied sur la production.

Un impact variable selon les laiteries 

Face à ces bouleversements dans les circuits de commercialisation, les laiteries sont plus ou moins impactées.

« Les petites laiteries spécialisées sur les produits de grande consommation et qui sont pour certaines orientées vers la RHD, sont les premières pénalisées. Elles ont en général un éventail de produits peu important, souvent à valeur ajoutée. Elles sont dans l’œil du cyclone. » 

Les opérateurs spécialisés dans les laits conditionnés sont quand à eux plutôt avantagés, étant donné que la demande en lait conditionné a considérablement augmenté.

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Les groupes laitiers de dimensions régionale à internationale, présents sur tous les marchés, sont diversement impactés, selon que le mix produit est plus ou moins varié, que leurs produits sont destinés à la France, à l’Europe ou à l’international. « Leur avantage c’est qu’ils ont une variété de produits, de débouchés, qui leur permettent de supporter les chocs et de s’adapter. »

Toutefois, avec la fermeture de certains marchés, ils sont amenés à « fabriquer davantage de beurre et poudre maigre lorsqu’ils ont notamment des tours de séchage. Mais ce sont des conséquences qu’on verra apparaître dans les prochaines semaines. »

Quant aux coopératives de collecte, elles sont plus ou moins exposées, en fonction de la part du lait vendue sur le marché spot. Les prix s’étant effondrés, seules celles qui ont beaucoup de contrats avec de longues durées sont bien couvertes.