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Dossier : Mobilisation des agriculteurs

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Crise agricole

Réunion des ministres de l'agriculture lundi à Bruxelles


AFP le 24/02/2024 à 09:Feb
Traffic jam, tractors and cars.

(©Getty Images)

Bruxelles multiplie les gages sans convaincre : obligations écologiques, importations ukrainiennes, législations en passe d'être votées sur la biodiversité et les émissions polluantes... les agriculteurs martèlent leurs griefs et intensifient leur pression sur l'UE.

Après l’ouverture samedi à Paris d’un Salon de l’agriculture sous haute tension, les ministres des Vingt-Sept se réunissent lundi à Bruxelles pour examiner de nouvelles propositions de « simplification » réglementaire de la Commission européenne.

Des défilés de tracteurs sont attendus pour l’occasion dans la capitale belge, alors que la grogne agricole continue de secouer l’ensemble du continent.

« Nous avons été insuffisamment écoutés », résumait vendredi Christiane Lambert, dirigeante du Copa-Cogeca (organisation des syndicats agricoles majoritaires européens), fustigeant le « tsunami » des règles environnementales « passées en force » malgré l’impact de la guerre en Ukraine, les sécheresse et inondations.

Certes, dès septembre, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, avait adouci le ton face aux résistances croissantes sur les réglementations environnementales. Mais il aura fallu que manifestations et blocages se multiplient pour que Bruxelles lance tardivement, fin janvier, le « dialogue stratégique » promis avec l’agro-alimentaire.

Candidate à un second mandat et soucieuse de ménager les élus conservateurs, Ursula von der Leyen a annoncé en personne début février le retrait d’un texte controversé réduisant l’usage des produits phytosanitaires.

Surtout, Bruxelles a proposé précipitamment fin janvier une dérogation temporaire et partielle aux obligations de jachères, et l’encadrement renforcé des importations ukrainiennes, exemptées de droits de douane et accusées de plomber les prix.

« Détresse »

Sucre, volaille et œufs ukrainiens seraient plafonnés aux niveaux importés en 2022/2023 : « mais ces volumes élevés ont provoqué la situation difficile actuelle », et cette restriction ne concerne pas les céréales, alors qu’agriculteurs des pays riverains « sont dans la détresse », s’est indignée vendredi Christiane Lambert.

Le sujet est explosif : après avoir paralysé la frontière avec l’Ukraine, les agriculteurs polonais veulent bloquer dimanche un poste frontalier avec l’Allemagne.

Sous pression au niveau national, les Vingt-Sept ont exigé de Bruxelles un vaste chantier de « simplification » des règles de la Politique agricole commune (Pac).

La Commission a présenté ses premières pistes jeudi : assouplissement des exigences sur les prairies, réduction des visites de contrôle, tolérance en cas d’épisode climatique empêchant de respecter les critères…

« La discussion lundi se focalisera sur ces mesures de court terme applicables très rapidement », avant même d’ouvrir des révisions législatives -plus longues- de la Pacque réclament nombre d’Etats, souligne un diplomate européen.

Bruxelles envisage de telles modifications « à moyen terme » pour exempter les petites exploitations des contrôles liés aux conditions environnementales ou pour « réduire la charge » sur ces critères écologistes.

Le Copa-Cogeca, lui, a appelé vendredi la Commission à « accorder des dérogations » totales sur les primes vertes « éco-régimes », « pour éviter un impact économique négatif ». Même la dérogation temporaire sur les jachères est jugée « partielle et insuffisante ».

« Imposés d’en haut »

Message entendu par le commissaire à l’Agriculture Janusz Wojciechowski, qui se rendra dimanche au Salon parisien.

Dans un entretien aux journaux du groupe français Ebra, il a assuré vouloir proposer lundi aux ministres que plusieurs conditions environnementales -jachères, rotation des cultures, couverture des sols et prairies- deviennent « volontaires » et plus obligatoires, avec dérogation dès cette année.

Les organisations agricoles exhortent par ailleurs le Parlement européen à rejeter mardi un texte-clé du Pacte vert sur la « restauration de la nature » imposant la réhumidification des tourbières, si ce point n’est pas amendé.

Et à repousser en mars une autre législation restreignant les émissions des élevages porcins et de volailles, que plusieurs des Vingt-Sept -dont la France- remettent aussi en cause. Etats et eurodéputés s’étaient pourtant entendus fin 2023 sur ces deux textes qu’il ne restait qu’à formellement entériner.

Des textes « imposés d’en haut, sans moyens adéquats (…) susceptibles d’entraîner une perte de compétitivité et des coûts et un fardeau administratif accrus », fustige le Copa-Cogeca.

Une partie des eurodéputés du PPE (droite), qui fait de la question agricole un marqueur électoral, devraient voter contre le texte « restauration de la nature », après avoir contribué à saborder celui sur les pesticides.

Et le président (PPE) de la commision parlementaire Agriculture, Norbert Lins, a écrit mardi à Janusz Wojciechowski pour réclamer un contrôle réduit de Bruxelles sur les plans agricoles nationaux et des « flexilités acrues des Etats quant aux sanctions ».

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