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Dossier : Mobilisation des agriculteurs

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Mobilisation des agriculteurs

Les agriculteurs resserrent l'étau sur Paris et Lyon, les tractations continuent


AFP le 31/01/2024 à 09:Jan
Traffic jam, tractors and cars.

(©Getty Images)

Les agriculteurs se rapprochent mercredi de Paris, de Lyon et du marché de gros de Rungis, malgré les tentatives de l'exécutif pour dissiper le malaise paysan et convaincre les manifestants de cesser leur mobilisation. (Article mis à jour à 10h30)

Mercredi matin, autour de Lyon, les tracteurs continuent leur progression pour encercler la troisième ville de France : après le blocage mardi soir d’une partie de l’autoroute à l’ouest, l’A89, des portions des autoroutes dans les autres directions (A46, A42 et A47) vont aussi être « rapidement » coupées en début de matinée, a affirmé à l’AFP le patron régional de la FNSEA Michel Joux.

Plus au nord, le convoi d’agriculteurs en colère partis du Sud-Ouest à l’appel de la Coordination rurale s’est remis en marche un peu avant 8h en direction de Rungis, l’énorme marché de gros alimentaire qui alimente Paris, a constaté l’AFP. Les agriculteurs, à bord de quelque 200 à 300 tracteurs, ont passé la nuit dans une exploitation agricole du Loir-et-Cher entre Vierzon et Orléans.

Le président de la Coordination rurale du Lot-et-Garonne, Serge Bousquet-Cassagne, a rejoint ce convoi déterminé à rejoindre Rungis malgré gendarmes et policiers. « Je suis très fier de vous ! Vous allez mener ce combat parce que si on ne mène pas ce combat, on est morts. Demain, il va falloir être sérieux et disciplinés », avait-il lancé mardi à ses troupes. Après avoir été bloqué à plusieurs reprises par les forces de l’ordre, le convoi reste surveillé de près. Des blindés sont sur l’A6.

Il y a en France mercredi « plus de 100 points de blocage » et 10 000 manifestants, selon Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, sur France 2. « Ils ne s’en prennent pas aux forces de l’ordre, ils n’entrent pas dans Rungis, ils n’entrent pas dans les aéroports parisiens, pas dans Paris. Mais si jamais ils devaient le faire, évidemment je le répète, nous ne laisserions pas faire », a-t-il dit.

A Toulouse, la Confédération paysanne a essayé d’installer un barrage filtrant devant le marché d’intérêt national (MIN, marché de gros) mais les agriculteurs ont été délogés par la police et se sont rabattus sur une centrale d’achat de Carrefour dans la banlieue toulousaine, où ils ont mis en place un barrage filtrant.

Et plusieurs autres grands axes de circulation en régions – notamment autour d’Orange, Nîmes, Arles, Aix-en-provence, Grenoble – sont touchées par endroits par des barrages filtrants, blocages ou manifestations. A Nantes, le pont de Cheviré est bloqué.

« L’objectif c’est bien de dialoguer pour apporter un certain nombre de réponses concrètes, et ne pas se retrouver dans une situation de blocus », a renchéri le ministre de l’agriculture Marc Fesneau, annonçant que le gouvernement mettait 80 millions d’euros d’aides supplémentaires sur la table pour les viticulteurs et qu’il prendrait en charge « les intérêts d’emprunt sur l’année 2024 » pour soulager la trésorerie des vignerons en difficulté.

M. Fesneau est attendu mercredi après-midi à Bruxelles « pour une série d’entretiens visant à accélérer le traitement des urgences européennes ».

Le Premier ministre Gabriel Attal a assuré mardi qu’il devait y « avoir une exception agricole française » et promis que le gouvernement serait « au rendez-vous, sans aucune ambiguïté » pour répondre à la crise agricole actuelle, dans son discours de politique générale devant l’Assemblée nationale.

Malgré ces déclarations, assorties de quelques nouvelles mesures, et des esquisses de concessions à Bruxelles, la mobilisation ne faiblit pas, notamment sur la question des jachères.

« Aucune perspective de long terme »

Rappelant que la crise agricole ne serait pas réglée « en quelques jours », M. Attal s’est dit prêt à « aller plus loin », promettant par exemple que les aides européennes de la Politique agricole commune (Pac) seraient versées « d’ici le 15 mars » et des aides fiscales supplémentaires pour les éleveurs.

Des déclarations qui ont laissé sceptiques les manifestants, comme Johanna Trau, céréalière et éleveuse à Ebersheim (Bas-Rhin), à propos du versement en mars des aides Pac.

« Déjà que certaines mesures mettent trois ou quatre ans à être appliquées… Là je demande à voir ! », a-t-elle déclaré mardi dans un convoi de centaines de tracteurs bloquant l’A35, l’autoroute qui longe Strasbourg.

« On veut pas forcément être bercés aux aides, on veut surtout des prix rémunérateurs », a ajouté l’agricultrice, comme en écho à la Confédération paysanne. Le 3e syndicat agricole, classé à gauche, a appelé « à bloquer les centrales d’achat » de la grande distribution.

Le président Emmanuel Macron, lors d’une visite d’Etat en Suède, s’est de son côté engagé à défendre plusieurs revendications des agriculteurs français à Bruxelles, sur l’Ukraine, les jachères et l’accord commercial avec les pays latino-américains du Mercosur.

Le mouvement de colère s’étend en tout cas sur le continent : après des manifestations en Allemagne, en Pologne, en Roumanie, en Belgique ou en Italie ces dernières semaines, les grands syndicats agricoles espagnols ont annoncé des « mobilisations » au cours des « prochaines semaines ».

Les associations environnementales se sont également montrées critiques, Greenpeace estimant notamment que l’exécutif « privilégie l’agro-industrie au détriment des agriculteurs et des écosystèmes dont ils dépendent ».

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