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Dossier : Mobilisation des agriculteurs

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Crise agricole

« Le statu quo est impossible » sur les normes environnementales selon P. Canfin


AFP le 25/01/2024 à 19:Jan
Traffic jam, tractors and cars.

(©Getty Images)

« Le statu quo » en matière de normes environnementales est « impossible », considère auprès de l'AFP l'eurodéputé Renaissance Pascal Canfin, président de la commission Environnement au Parlement européen, très critiqué sur ce sujet par la droite et l'extrême droite.

Pour lui, il n’y a « pas le choix » que de faire « converger » agriculture et écologie mais avec des « nouvelles méthodes ».

Question : Le gouvernement peut-il répondre aux agriculteurs sans revoir à la baisse ses ambitions écologiques ?

Réponse :  « J’entends le désarroi des agriculteurs, que ce soit face à des situations économiques injustes où leur travail ne paie pas, ou bien face à des contraintes administratives du quotidien bien trop pesantes. Le gouvernement doit y répondre. Sur l’écologie et l’agriculture, on n’a pas d’autre choix que de faire converger les deux, compte tenu de ce qu’on sait de la crise environnementale.

Si on ne trouve pas les modèles économiques, et financiers d’accompagnement technologique qui permettent de le faire, ça rend le combat contre le changement climatique impossible.

Les agriculteurs demandaient l’autorisation de nouvelles semences avec les nouvelles techniques génomiques, on vient de le voter au Parlement européen. Mais on a beaucoup de progrès à faire dans l’accompagnement de la transition.

Par exemple, le leasing social sur les voitures électriques c’est quelque chose qui remporte un énorme succès, qui est favorable à l’environnement et en même temps juste socialement et praticable. Il faut qu’on arrive à trouver ce genre de nouvelles façons de procéder, de nouvelles méthodes, non pas pour remettre en cause les objectifs environnementaux mais pour les atteindre ».

Question : Que dire aux agriculteurs qui demandent moins de normes ?

Réponse : « Le statu quo est impossible. Les agriculteurs sont les premières victimes du changement climatique. La question c’est : est-ce qu’on s’en sort par le bas en détricotant toute les normes environnementales ? Et dans six mois les Français nous demanderont ce qu’on a fait pour le climat et la biodiversité.

Ou est-ce qu’on s’en sort par le haut ? A partir des demandes légitimes des agriculteurs sur l’accompagnement, la simplification, le financement etc, on garde les niveaux d’ambitions, on ne change pas le cap, mais par contre on change la méthode, on la rend plus intelligente.

Ce n’est pas la volonté du gouvernement de détricoter tout l’appareil environnemental construit année après année. Mais il faut le rendre absolument praticable en s’inspirant d’autres domaines. On a signé avec les 50 plus grands industriels français des contrats de décarbonation en créant un partenariat public-privé. Pourquoi on ne le fait pas avec les 50 plus grosses coopératives françaises ? Les clauses-miroir sur les importations (imposant les mêmes règles sur les produits que dans l’UE, ndlr) sont aussi une réponse concrète à cette exigence de justice et d’équité des agriculteurs.

Il y avait zéro clause quand on est arrivé au Parlement européen il y a 5 ans. Aujourd’hui elles sont entrées en vigueur sur les antibiotiques dans les traitements animaux, et sur les néonicotinoïdes. Et on est en train de les étendre. »

Question : Que répondez-vous à l’extrême droite qui soutient les agriculteurs et conteste l’Union européenne ?

Réponse : « L’Europe c’est la Politique agricole commune. La Pac c’est le premier budget européen et c’est totalement indispensable aux agriculteurs européens.

C’est à nous de trouver le bon équilibre entre la dimension économique et environnementale. Mais renoncer comme certains à l’extrême droite à ce point d’équilibre-là et donc renoncer à lutter contre le dérèglement climatique, à avoir une agriculture qui produise mais qui est compatible avec la protection de la nature, ce serait sortir de notre ADN. Ce point d’équilibre est le seul possible pour la majorité. Le chemin existe. Est-ce qu’il est facile ? Évidemment non. Est-ce qu’il est possible ? Je pense que oui. »

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