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Dossier : Mobilisation des agriculteurs

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Manifestations en Europe

A Bruxelles, 27 dirigeants en sommet, 1 200 tracteurs dans les rues


AFP le 01/02/2024 à 15:Feb
Traffic jam, tractors and cars.

(©Getty Images)

« On ne peut pas attendre 2027, c'est demain qu'il faut que ça change ! » : des milliers de manifestants - et plus d'un millier de tracteurs - ont envahi les rues de Bruxelles jeudi aux abords d'un sommet des dirigeants des Vingt-Sept, sur fond de colère du monde agricole.

« C’est un symbole important : pour faire changer les choses il faut venir ici », explique à l’AFP Pierre Sansdrap, éleveur laitier dans le Brabant Wallon, membre de la fédération des Jeunes agriculteurs (Wallonie), près d’une longue file de véhicules agricoles à l’arrêt. « La dérogation jachères, c’est une miette, ça ne règle pas le fond : on veut un revenu. Les primes, on s’en fout ! On veut vivre de notre travail ! », ajoute-t-il, évoquant la proposition de la Commission européenne d’accorder une dérogation « partielle » aux obligations de jachères imposées par la Politique agricole commune (Pac).

Devant les bâtiments bruxellois du Parlement européen sur la place du Luxembourg, dont l’accès est bloqué par des centaines de tracteurs, une foule dense de manifestants s’est rassemblée : on entend parler français, néerlandais, italien et allemand.

Klaxons de tracteurs, bruits de pétards qui claquent dans l’air

Des feux de palettes sur la chaussée dégageant une âcre fumée noire, du lisier sur le pavé, des traces de jets d’oeuf sur les façades et un tas de pneux brûlés plus tôt durant la nuit : un important dispositif policier a été déployé, mais sans incidents majeurs. Et si une petite statue a été dégradée place du Luxembourg, la police parle d’une situation globalement « calme ».

« Ce n’est pas l’Europe que nous voulons », « Stop UE-Mercosur. Sortons l’alimentation du libre-échange », « moins de normes » : accrochées à l’avant des tracteurs ou brandies par les manifestants, les banderoles résument le message du jour.

L’accord commercial en discussion entre Bruxelles et les pays sud-américains du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) fait figure d’épouvantail pour les organisations agricoles.

« L’objectif c’est de faire entendre à la Commission, au Conseil européen, aux eurodéputés, les colères qui montent partout en Europe », résume, dans un entretien à l’AFP, Marianne Streel, présidente de la puissante Fédération wallonne de l’agriculture (FWA).

« Incohérence »

« Nous sommes venus avec de nombreuses délégations : des Italiens, des Portugais, des Espagnols, et aussi des Allemands et des Français… », énumère-t-elle. « C’est important, car ensemble on est plus fort, pour montrer qu’on est tous contre l’incohérence des politiques européennes et parler de la même voix (…) Le ras-le-bol, les colères sont forts et vous l’entendez », ajoute-t-elle, réclamant une Europe « plus réaliste » sur les mesures écologiques.

La principale confédération syndicale agricole italienne, Coldiretti, est venue en force : des dizaines de manifestants reconnaissables à leurs gilets jaunes sont présents sur le devant de la place devant un étendard fustigeant « la folie de l’Europe », et beaucoup d’autres occupent les rues adjacentes.

« Du Piémont, de Sardaigne, d’un peu partout dans le pays… Nous sommes au moins 500, venus d’Italie en avion, ça s’est décidé avant-hier très rapidement. Nous sommes opposés à la politique totalement folle de l’UE », explique à l’AFP Gianluca Ragni, un membre de l’organisation.

Surfant sur la colère agricole, le vice-Premier ministre italien Matteo Salvini a posté sur le réseau social X des images des manifestations assurant être « du côté des agriculteurs » pour demander la fin des décisions « idéologiques et déconnectées de la réalité ».

Dès mercredi soir, le Premier ministre hongrois Viktor Orban était lui allé à la rencontre des manifestants dans les rues de Bruxelles. « La Commission européenne doit représenter les intérêts des fermiers européens à l’égard des Ukrainiens et non l’inverse », a-t-il répété dans un message diffusé par son parti, le Fidesz. « La solution à ce problème est de changer les responsables bruxellois » à l’occasion des élections européennes de début juin, a-t-il ajouté.

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