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Dossier : Installation

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Coopératives et installation 1/2

Aides financières, techniques... : quelles mesures dédiées aux jeunes ?


TNC le 09/07/2020 à 18:26
Les coopératives agricoles ont un rôle à jouer, légitime, dans l'accompagnement technique, économique et humain des jeunes agriculteurs. (©PointImages, Fotolia)

Les coopératives agricoles ont un rôle à jouer, légitime, dans l'accompagnement technique, économique et humain des jeunes agriculteurs. (©PointImages, Fotolia)

Le renouvellement des générations d'agriculteurs est un enjeu aussi pour les coopératives, qui doivent préserver leur approvisionnement, surtout lorsqu'elles disposent d'un outil industriel, et leur système de gouvernance en remplaçant les départs d'administrateurs par l'arrivée de jeunes élus. C'est pourquoi la plupart d'entre elles mettent en place des actions spécifiques pour accompagner les jeunes producteurs durant leurs premières années de carrière. La Coopération Agricole a mené une vaste enquête en 2018-2019 afin de constituer un observatoire de toutes les initiatives des entreprises de son réseau.

Enquête et échantillon

  • Un entretien qualitatif auprès de 20 coopératives agricoles du réseau La Coopération Agricole
  • Un questionnaire quantitatif électronique envoyé à toutes les structures adhérentes

→ 125 entreprises répondantes situées majoritairement dans le sud de la France

(©La Coopération Agricole)

→ Appartenant donc majoritairement à la filière viti-vinicole : 64 coops

Mais 16 sont spécialisées en céréales/appros et 11 en lait

10 sont orientées fruits et légumes et 5 sont polyvalentes

(Taux de réponse respectif :  12 %, 9 %, 5 %, 6 % et 36 %)

À noter : cette étude sera à compléter par de nouvelles enquêtes, avec un échantillon qui assure une meilleure représentation territoriale des coopératives agricoles (incluant notamment les entreprises du secteur laitier de l’ouest de la France et viticole du Grand Est, absentes ici).

3/4 des coopératives ont des actions spécifiques JA

  • 72 % des coopératives enquêtées proposent au moins une mesure à destination des nouveaux coopérateurs (jeunes installés ou nouveaux associés)
  • dans toutes les productions
(©La Coopération Agricole)
  • Mais davantage dans les structures de grande taille
(©La Coopération Agricole)

– CA > 50 M€ : une offre JA pour 100 % des entreprises

– CA < 5 M€ : aucune aide pour 53 % des coopératives

Dans les structures de petite dimension, il est plus facile pour les adhérents, peu nombreux, d’accompagner eux-mêmes les jeunes agriculteurs, de façon individuelle en fonction de leurs besoins et de leur situation. Un programme spécifique n’est donc pas toujours indispensable. De plus, il n’y a pas tous les ans de nouveaux associés-coopérateurs. 

Lire aussi à propos du dernier congrès de La Coopération Agricole en décembre 2019 : Les coopératives en quête d’un nouveau souffle

5 types de mesures d’accompagnement

  • Aides financières : 73 % des entreprises

(inversement, 70 % des jeunes agriculteurs bénéficient d’une aide financière de leur coop, selon l’enquête ADquation pour Agrodistribution)

(©La Coopération Agricole)

L’équilibre économique et financier des exploitations des nouveaux installés est souvent fragile. C’est pourquoi beaucoup de coopératives les soutiennent financièrement leur concédant des avances de trésorerie le plus souvent (argent versé au coopérateur), des aides à l’investissement, des remises ou étalement des paiements sur les achats d’intrants ou de matériels, des avances de souscription ou des prêts à taux privilégiés pour la reprise de capital social. Un grand nombre également mettent en place des dispositifs particuliers de paiement de la production livrée, tels qu’une bonification du prix ou un versement plus rapide, cite l’enquête. D’après l’entretien qualitatif, ces soutiens sont variables d’une entreprise à l’autre et représentent, cumulés, 1 000 à 10 000 €/jeune.

Selon les coops : 1 000 à 10 000 € d’aides/ja, à rembourser sur 5 à 9 ans.

Généralement, il ne s’agit pas de subventions et les jeunes producteurs doivent rembourser la coopérative en fonction des clauses définies entre les deux parties, dans les chartes « jeunes » ou le règlement intérieur (remboursement sur cinq à neuf ans dans la plupart des cas, à solder bien sûr avant si le jeune exploitant quitte la structure). De par leur nature même, les coops n’ont en effet pas le droit de favoriser certains adhérents. Elles peuvent seulement leur accorder des conditions préférentielles après validation en conseil d’administration et dans l’intérêt de l’ensemble des membres. Les actions en faveur du renouvellement des générations d’agriculteurs et de coopérateurs doivent donc faire l’objet « d’une acceptation générale et collective », insiste La Coopération Agricole. 

  • Implication au sein de la coopérative : 65 % (deux tiers)
(©La Coopération Agricole)

Préparer à la prise de responsabilités.

Alors que le secteur peine, de plus en plus, à renouveler les générations d’agriculteurs, cette situation s’observe aussi au sein des instances de gouvernance des coopératives. Ce qui explique que près de la moitié d’entre elles essaient d’encourager les jeunes à s’impliquer. Certaines font entrer des administrateurs stagiaires au conseil d’administration, voire au bureau, afin qu’ils se familiarisent avec leur fonctionnement et leurs valeurs et qu’ils se préparent à la prise de responsabilités. 36 % proposent des formations (par exemple via la convention entre La Coopération Agricole et Vivea en région Ouest, ou la démarche Atouts jeunes créée par Christophe Dequidt en 2005 et qui explique entre autres comment fonctionne et quels sont les avantages des coopératives et dont l’un des objectifs est de « recruter » de futurs administrateurs) et 28 % ont créé un groupe « jeunes ».

Voir également : Jurisprudence − On ne quitte pas une coopérative en gardant le silence

  • Appui technique : 65 % (deux tiers)
(©La Coopération Agricole)

Le conseil technique est, jusqu’à sa séparation effective de la vente de produits au moins, une mission centrale pour les coopératives agricoles, qui disposent de plusieurs outils pour aider les coopérateurs à « développer leurs compétences et faire évoluer leurs pratiques agricoles ». L’approvisionnement de leurs silos, en quantité comme en qualité, en dépend. Accessibles à tous les adhérents, ces services (appui technico-économique, groupes techniques, OAD, analyses de sol ou de fourrages, voyages d’étude…) peuvent présenter des spécificités réservées aux jeunes : tarif préférentiel voire gratuité, visites plus fréquentes, etc. À signaler : 10 % des entreprises consultées mettent en oeuvre un parrainage ou tutorat entre nouveaux et anciens membres pour faciliter « la transmission des savoir-faire et le soutien entre coopérateurs ».

  • Consolidation des droits à produire et maîtrise du foncier : 50 %
(©La Coopération Agricole)

Un tiers des coopératives servent d’intermédiaire entre repreneurs potentiels et futurs cédants. En effet, elles connaissent (que ce soit les administrateurs ou les salariés) leurs adhérents, ainsi que leurs fermes, et savent lesquels partiront bientôt en retraite. « Cette mise en relation permet d’établir un premier contact avec le repreneur et de commencer à l’accompagner avant même la souscription de parts sociales », souligne La Coopération Agricole. Par ailleurs, 14 % des entreprises interrogées tentent de simplifier l’accès au foncier pour leurs jeunes adhérents, via l’achat ou le portage (essentiellement en viticulture où le prix des terres est particulièrement élevé). 14 % également agissent sur les droits à produire.

Les coopératives connaissent les cédants potentiels.

  • Soutien administratif : 49 %

En particulier : 25 % des coopératives participent à l’élaboration des projets d’installation (choix des productions, orientations technico-économiques, etc.) et 45 % à la constitution des dossiers.

  • Classement des actions par ordre de fréquence toutes catégories confondues
(©La Coopération Agricole)

Référent et groupe « jeunes » dans 28 % des entreprises

  • Le référent « installation » est soit un élu, soit un salarié. Son rôle est d’aider les jeunes agriculteurs dans toutes leurs démarches avec la coopérative, de leur expliquer son fonctionnement, ses valeurs et ce que représente l’engagement coopératif. « Il anime la communauté des jeunes adhérents et sert de relais entre eux et le conseil d’administration », précise l’étude.
  • Le groupe ou la commission « jeunes » est avant tout un espace d’échange pour la nouvelle génération d’administrateurs. Il évalue la concordance entre les actions menées par la coopérative et les besoins des nouveaux installés afin de les faire évoluer si nécessaire et d’en concevoir d’autres. « Cette école de la vie coopérative » permet également aux jeunes élus de comprendre et de débattre des enjeux auxquels l’entreprise doit faire face, puis de sa stratégie pour les relever. C’est enfin un moyen pour eux de se faire la main en tant que responsables professionnels. Certes, ce type de structure est plus répandue dans les groupes coopératifs de grande taille mais elles ne sont pas, non plus, complètement absentes dans les petites coops. L’enquête pointe cependant la difficulté d’y maintenir un effectif suffisant pour les faire perdurer.

Des études similaires avaient déjà été menées en 1979, 1984, 1992 et 2016. Dès la première, la Cana (l’une des coopératives à l’origine de Terrena) mettait en avant l’importance des coopératives au niveau de l’installation des jeunes agriculteurs :  elles « participent au développement régional et au maintien de son potentiel agricole en permettant au plus grand nombre de producteurs de bénéficier » des avantages qu’elles peuvent apporter. Si l’appui financier, technique et à l’implication des nouveaux adhérents dans la gouvernance existent depuis longtemps dans de nombreuses coops, des dispositifs, portant en particulier sur les droits à produire et le foncier, sont plus récents.

Un nouvel accompagnement à imaginer pour répondre aux enjeux qui évoluent.

De nouveaux enjeux semblent également apparaître liés surtout au foncier (de plus en plus cher et difficile d’accès pour les jeunes), à l’organisation du travail, à la gestion des risques de marché et climatiques, au pilotage économique de l’exploitation (calcul des coûts de production, des marges brutes) et à la définition même des projets d’installation. D’où sans doute d’autres mesures d’accompagnement à imaginer, intégrant une approche à la fois plus globale de l’exploitation et plus individualisée des jeunes agriculteurs.

Elles devront également tenir compte de l’envie croissante d’autonomie et de liberté de décision des jeunes producteurs, qui demandent à être considérés de plus en plus comme des chefs d’entreprises, et à l’inverse de leur besoin accru de sécurisation du revenu, des débouchés et de l’aval des filières… En outre, les coopératives doivent, elles aussi, s’adapter aux nouveaux profils, attentes et projets des jeunes agriculteurs. Quant à la relation avec le technico-commercial, elle pourrait elle aussi évoluer avec la nouvelle génération : davantage d’échanges permettraient de passer du diagnostic/prescription/vente de produits à des propositions de solutions, où le producteur a la maîtrise complète de ses choix.

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