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Dossier : Installation

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La Ferme de Piessat (63)

« J’ai presque triplé le cheptel de mon père pour pouvoir m’installer »


TNC le 03/11/2023 à 04:Nov
Woman worker portrait in the modern farm

Blue collar woman working in the farm

De 50 mères aubracs en plein air intégral, Ludovic Coissard a fait évoluer la ferme familiale vers les 120 vêlages et a fait construire une stabulation. Une option qui a permis au jeune éleveur de revenir à plein temps sur l’exploitation.

Sur la ferme de Piessat dans le Puy-de-Dôme, un dilemme d’ampleur se jouait au milieu de la dernière décennie. Installé en 1977, Jean-Luc Coissard ne donnait à sa ferme qu’un modeste avenir. « Je savais que mon fils aimait les bêtes, mais j’étais lucide. Sans bâtiment et avec à peine 50 têtes, je ne voyais pas comment il aurait pu en vivre » nous confie l’agriculteur à quelques mois de la retraite. Pour lui, la seule option pour garder les vaches, c’était que son fils soit double actif. Avec un diplôme de chaudronnier en poche, tout poussait Ludovic dans cette voie.

Mais pour le jeune éleveur, « travailler à l’extérieur, c’était le début de la fin ». Et pas question pour Ludovic d’abandonner ses montagnes. Sans investissement sur l’exploitation, il doutait de la pérennité de son élevage. Il faut dire que la vallée de la Dore n’a rien pour déplaire, et qu’elle ne serait ce qu’elle est sans ses vaches.

La Ferme de Piessat
120 vêlages en race Aubrac
175 ha dont 120 ha d’herbe
Taux de renouvellement de 33 %
Engraissement de la moitié de broutards sur la ferme
IVV de 350 jours, et vêlage 30 mois
600 000 € d’investissement dans un bâtiment de 180 places
2 UTH

Un investissement de 600 000 €

Installé en 2017, quarante ans après son père, l’agriculteur a donc repensé l’exploitation pour en vivre. De 50, le cheptel est monté à 120, et un bâtiment tout confort est sorti de terre en 2018. « Maintenant, il faut que ça tourne » insiste l’éleveur. Avec près de 600 000 € d’investissements dans un bâtiment de 180 places subventionné à hauteur de 220 000 €, l’agriculteur n’a pas le doit à l’erreur. « Le nerf de la guerre, c’est de faire rentrer des sous ! » acquiesce son père, canne de maquignon à la main.

Les premières vaches sont rentrées dans le bâtiment en novembre 2018 (© Terre-net Média)

Un taux de renouvellement élevé pour sécuriser son revenu

Le système a été pensé pour optimiser les rentrées d’argent. Première astuce : avoir un taux de renouvellement important. Sur la Ferme de Piessat, il frôle les 33 %. Chaque année, 40 primipares entrent dans le troupeau. « Les vaches font en moyenne trois veaux et dépassent rarement les 6 ans » explique l’agriculteur. Et comme les laitonnes sont peu valorisées, il préfère autant que possible les faire vieillir sur la ferme. Pour la boucherie comme pour la vente au couple, le départ d’une quarantaine de vaches chaque année assure une rentrée d’argent non négligeable qui sécurise l’agriculteur. « Ce sont elles qui ont le plus de valeur et qui paient une partie du bâtiment » insiste Jean-Luc. Question conformation, nul besoin de viser des poids astronomiques, l’éleveur veut des vaches rentables. « Mes réformes font dans les 380 kg carcasse. Ça n’est pas très lourd, mais vu le coût de l’aliment, ça n’est pas rentable de trop engraisser. L’essentiel est de rentrer dans le cahier des charges » explique l’éleveur qui travaille en Label Rouge.

Dans la même logique, le jeune installé cherche à engraisser la suite. La moitié de broutards est gardée pour être repoussée sur la ferme. Le reste est vendu à l’export.

Des vêlages précoces pour limiter les UGB improductifs

Autre stratagème : le vêlage précoce. À Piessat, les génisses vêlent à 30 mois. « C’est plus jeune que ce qui se fait dans le bassin, mais ça permet d’avoir des vaches productives plus vite ». Et l’IVV avoisine les 350 jours. Son astuce ? Laisser les vaches avec le taureau toute l’année. « Il est bien meilleur que nous pour détecter les chaleurs, et cela permet d’avoir des animaux à vendre à toutes les saisons » décrit Ludovic. Une manière d’être moins en proie aux aléas du marché. Si cette organisation implique d’avoir des vêlages toute l’année, la rusticité de la race aubrac est un atout. « On est sur des animaux qui vêlent assez bien ». La pratique est également un plus sur le plan sanitaire. Avec des vêlages espacés, la propagation des maladies est moindre. En bref, l’éleveur ne laisse passer aucune occasion d’avoir une vache pleine.

Seule exception : les génisses. Elles sont conduites en deux lots pour des vêlages entre septembre et octobre, et décembre et janvier. Une manière de les surveiller davantage.

Quand on s’installe, il faut passer à la casserole

Six ans après son installation, Ludovic ne regrette pas ce choix audacieux. Son système lui a permi de doubler son EBE. Si les revenus sont encore limités, l’agriculteur assume. « Il faut passer à la casserole. Je savais en m’installant que j’en aurais pour dix ans à mordre la poussière. Quand mon bâtiment sera payé, j’aurai un fonctionnement beaucoup plus tranquille ». Mais inutile de noircir davantage le tableau, son bâtiment lui apporte tout de même une certaine qualité de vie. « L’hiver lorsque tout le monde est au bâtiment, j’en ai pour 2 h à soigner les bêtes. Cela laisse le temps de faire autre chose ». Du temps qui lui a permis de construire sa maison de ses propres mains. « Ce sont plein de petites choses qu’on ne chiffre pas, mais que notre métier nous permet de faire ».

Son père le concède, « il a profité des taux d’intérêt bas pour développer l’exploitation. Il a bien fait de sauter le pas, sinon nous serions encore en plein air intégral ». Car dans l’allée de la stabulation, tous deux sont fiers d’observer la rangée d’aubracs aux cornes impeccables, sagement adossées aux cornadis.

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