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Dossier : Covid-19 : les conséquences pour le monde agricole

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Gaec de la Grange-Sabot (03)

« Sans les concours, on perd de la plus-value sur les bêtes grasses »


TNC le 17/04/2020 à 06:04
Alors que les concours leur permettent de mieux valoriser leurs animaux, les associés du Gaec de la Grange-Sabot (03) sont eux aussi confrontés aux mesures de confinement. « On perd toute la plus-value des concours sur les ventes », explique Antoine Guillemet. (©Gaec de la Grange-Sabot)

Alors que les concours leur permettent de mieux valoriser leurs animaux, les associés du Gaec de la Grange-Sabot (03) sont eux aussi confrontés aux mesures de confinement. « On perd toute la plus-value des concours sur les ventes », explique Antoine Guillemet. (©Gaec de la Grange-Sabot)

En pleine saison des concours de bêtes grasses, tous annulés pour cause de confinement, les éleveurs doivent trouver d'autres débouchés pour écouler leur production de premier choix. Un nouveau coup du sort qui risque de peser, encore un peu plus, sur les trésoreries des exploitations déjà très impactées.

À Beaulon, dans l’Allier, le Gaec de la Grange-Sabot fait partie des plus assidus en matière de concours d’animaux de boucherie : Saint-Pourcain-sur-Sioule au mois de février, Jaligny-sur-Besbre et Varennes-sur-Allier au mois de mars, Montmarault et Montluçon à l’automne et enfin, Charolles en fin d’année.

Pour le Gaec familial, c’est l’assurance d’écouler une partie de la production, de rencontrer les acheteurs, d’en trouver de nouveaux, et de valoriser leurs bêtes à des prix intéressants. Un rendez-vous immanquable donc, d’autant que le Gaec repart généralement avec plusieurs prix d’honneur sous le bras.

« Un concours en février, et c’est tout »

Sauf que cette année, rien de tout cela n’est possible. « On a participé au concours de Saint-Pourcain mi-février et heureusement on a vendu nos six bêtes du jour là-bas. Mais après, avec le confinement, plus rien », témoigne Antoine Guillemet, membre du Gaec.

Pas de Jaligny, et surtout, pas de Varennes, véritable institution dans le monde des concours de bêtes grasses où les récompenses prestigieuses se négocient à prix d’or. En plein cœur du Forterre, le Gaec amène une dizaine de bêtes et peut espérer en tirer 6-6,5 €/kg pour un prix de section et aller jusqu’à dépasser les 10  € pour un grand prix du Charolais.

Prix de présentation remis à tous les participants

Du côté de la Fédération nationale des concours d’animaux de boucherie (FNCAB), on regrette la situation : « On ne peut pas y faire grand chose. On a demandé à tous les organisateurs des concours de distribuer des plaques de prix de présentation afin de prouver aux acheteurs qu’ils sont bien devant des bêtes d’exception », explique Jean-Yves Renard, président de la fédération. Le prochain concours est prévu le 21 mai prochain à Valenciennes, impossible de dire aujourd’hui s’il pourra avoir lieu. Une perte sèche pour les exploitations comme celle d’Antoine et un rendez-vous manqué pour les éleveurs et les acheteurs.

Des acheteurs qui, heureusement, n’ont pas totalement disparu, d’autant que la consommation semble être au rendez-vous. « Pour mes bœufs, mon acheteur habituel est venu directement sur la ferme. Il a joué le jeu en nous proposant un prix correct, c’est déjà ça. On perd tout de même toute la plus-value des concours mais sur les bœufs, on s’en sort à peu près. »

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Des génisses qui restent au pré

Pour ce qui est des génisses et des vaches, c’est une autre affaire : « Les génisses, il va m’en rester quatre sur les bras, je ne pense pas que nous arriverons à les vendre. On va devoir les garder et les repousser mais c’est un coût en plus.

En vaches, j’ai eu la bonne surprise d’en vendre une dizaine à un chevillard de Rungis. » Voilà pour sa production « premium ». Les vaches standards peinent aussi à partir et quand elles quittent l’exploitation, c’est à des « prix trop bas, autour de 3,80-3,90 €/kg », regrette l’éleveur.

Une incertitude de plus dans un contexte déjà morose

Ce confinement apporte encore un peu plus d’incertitudes à l’exploitation du jeune homme qui n’avait vraiment pas besoin de cela. « Le semaine dernière, au moment de lâcher les bêtes au pré, nous étions à zéro de stock d’ensilage. C’est la première fois que cela nous arrive. »

« Normalement, à cette période de l’année il nous reste un tiers de nourriture. Mais là, on nourrit les bêtes depuis le 1er juillet dernier, alors… » Si ses prairies peuvent nourrir son troupeau une quinzaine de jours, il attend de tout cœur la pluie pour offrir une pousse de printemps digne de ce nom.

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