Alimentation

Peu ou beaucoup de lait pour une bonne croissance des génisses ?


TNC le 24/08/2020 à 14:02
Distribuer plus ou moins de lait aux veaux ? Les essais montrent que la stratégie adoptée n'a pas d'incidence sur le poids à six mois car les animaux peuvent compenser avec les concentrés. En revanche, c'est au niveau du temps de travail que le choix se fait. (©TNC)

Distribuer plus ou moins de lait aux veaux ? Les essais montrent que la stratégie adoptée n'a pas d'incidence sur le poids à six mois car les animaux peuvent compenser avec les concentrés. En revanche, c'est au niveau du temps de travail que le choix se fait. (©TNC)

Faut-il distribuer beaucoup de lait ou adopter une stratégie plutôt économe pour les veaux laitiers ? Les essais montrent qu'un apport renforcé en lait assure effectivement une meilleure croissance jusqu’au sevrage. En revanche, les génisses conduites de façon plus économe s'habituent plus vite à consommer du concentré et parviennent à rattraper leur retard à six mois.

« L’an dernier, suite aux interventions de la spécialiste québécoise Déborah Santchi qui préconisait des apports lactés très importants pour les petites génisses, on s’est interrogé sur la faisabilité et l’intérêt dans nos conditions d’élevage », explique David Plouzin, conseiller spécialisé en génisses laitières à la ferme expérimentale des Trinottières (49).

Retrouvez les conseils de l’experte en nutrition des veaux : Viser le vêlage précoce pour plus de rentabilité

Deux lots homogènes de 20 petites génisses ont permis de comparer une conduite économe en lait et une autre avec des apports lactés plus soutenus. Pour pouvoir mesurer les consommations quotidiennes de concentrés, les génisses sont en cases individuelles. Mais, pour répondre à l’obligation réglementaire d’un logement collectif à partir de 8 semaines, leur sevrage est plus précoce que ce qui est généralement pratiqué en élevage.

Le premier lot, dit « conduite économe » est passé, à la 3e semaine, au rythme de 6 repas de 4 litres par semaine, ce qui a représenté une consommation de 216 litres. Pour le lot à consommation soutenue, « au départ, on partait sur deux repas quotidiens à 4 litres, ce qui aurait représenté une consommation totale de 402 litres, explique David Plouzin. Mais des problèmes de diarrhées alimentaires nous ont amenés à revenir à des repas de 3 litres, soit 6 litres par jour. Ce qui amenait la consommation totale à 316 litres. »

Plus d’informations dans la vidéo ci-dessous :

Pour répondre aux mêmes interrogations, la ferme expérimentale de Trévarez (29) a aussi comparé deux plans lactés pour ses veaux. Habituellement, les veaux femelles reçoivent, dès la 2 e semaine, 6 litres de lait yaourt distribués en une fois. Une ration à 7 litres a été testée. « Un premier essai a été fait sur les veaux nés à l’automne. Un deuxième est en cours sur les veaux du printemps », explique Guylaine Trou, chargée d’études à la chambre d’agriculture de Bretagne.

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Conclusion : Plus ou moins de lait, pas de différence sur le poids à 6 mois

Qu’il soit entier ou fermenté, la quantité de lait distribué ne fait pas la différence sur le poids à 6 mois. Aux Trinottières, pour un poids à la naissance identique de 40 kg, les génisses du lot économe pesaient 84 kg au sevrage avec un GMQ de 743 g ; celles du lot soutenu sont arrivées à 90 kg avec un GMQ de 878 g.

« Les génisses du lot économe avaient l’habitude de plus consommer de concentrés, elles ont été moins stressées par le sevrage et eu une bonne croissance ensuite », souligne David Plouzin. Ce qui leur a permis à toutes d’atteindre à 6 mois un poids quasi-identique de 200-210 kg, qui permet de viser un vêlage à 24 mois. Sur la totalité de la période 0-6 mois, le GMQ était quasi identique, 905 contre 914 g/jour.

Même tendance à Trévarez. « Au sevrage, il y a seulement 1,5 kg d’écart en faveur des veaux qui ont eu 7 litres. Si on regarde la croissance jusqu’à 6 mois, elle est plutôt meilleure pour le lot à 6 litres, car les animaux avaient l’habitude de consommer plus de concentrés avant le sevrage », note Guylaine Trou, qui poursuit le suivi de ces animaux jusqu’à la première lactation, pour voir les impacts à long terme.

Penser aussi au temps de travail

Au niveau économique, ce qui n’est pas consommé en lait l’est en concentrés. L’intérêt de l’une ou l’autre des rations dépend du lait distribué. Aux Trinottières, c’est du lait non commercialisable, celui des 6 premiers jours après mise bas, qui a été distribué. En se basant sur un lait à ¾ du prix de vente, soit 250 €/1 000 litres, le lot économe a coûté 22 € de moins par génisse à résultats techniques équivalents.

En termes de temps de travail, la simplification des plans d’alimentation en 6 repas par semaine permet d’économiser 1h30 de travail.

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Si ces deux essais ne montrent pas d’intérêt à une distribution importante de lait, pourquoi est-ce le modèle préconisé en Amérique du Nord ?

Déjà, sur toute la période où les températures sont basses, les animaux ont besoin de plus d’énergie. Les éleveurs québécois travaillent plutôt avec des laits reconstitués, moins gras et distribuent la ration en deux, voire trois fois.

« Ce qui compte c’est un bon démarrage. Il n’y a pas forcément besoin de pousser les croissances à fond si les génisses ont l’habitude de manger du concentré et qu’elles doublent leur poids de naissance au sevrage, soulignent Guylaine Trou et David Plouzin. Il faut plutôt raisonner la croissance sur les six premiers mois ». À chacun de caler son plan lacté en fonction du lait qu’on peut distribuer, de ses équipements et de son coût de concentrés.