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Dossier : Installation

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Journée mondiale du lait

Avec le lait de ses vaches, Gwenaëlle fabrique... des savons !


TNC le 01/06/2022 à 14:59

Des savons au lait d'ânesse, tout le monde en a plus ou moins entendu parler mais au lait de vache, c'est encore plus atypique ! Dans l'Oise, Gwenaëlle Desrumaux s'est installée en créant ce type d'atelier sur l'élevage laitier familial. Pour la Journée mondiale du lait, nous vous proposons de découvrir cette autre façon de le transformer, non pas en fromage, beurre, yaourts, crème ou glaces mais en cosmétiques.

Gwenaëlle Desrumaux s’est associée avec son père sur l’élevage laitier familial, à Offoy dans l’Oise, en avril 2021. Une référence laitière de 539 000 l, dont une attribution de 150 000 l sur deux ans pour son installation, une soixantaine de Prim’holstein, un peu plus de 130 ha avec 25 ha d’herbe, 25 ha de maïs ensilage, des céréales… Une exploitation, jusque-là, assez classique pour ce département. Il y a bien, dans les prairies, quelques Flamandes et Brunes des Alpes pour expérimenter des croisements, ou encore Angus pour le frère de Gwenaëlle, actuellement salarié de l’EARL et passionné de cette race.

Et à côté des bâtiments, un Algeco avec à l’intérieur… un laboratoire pour fabriquer des savons ! Le projet d’installation de la jeune éleveuse. « Mon souhait n’était pas de reprendre des hectares, mais d’utiliser ce qu’on avait déjà sur l’exploitation pour me diversifier face à la conjoncture laitière compliquée », explique-t-elle. D’où l’idée, plusieurs années avant de s’installer, de transformer le lait de ses vaches, mais pas en fromages ou autres produits laitiers.

« Plusieurs stages sur ce type de transformation laitière m’avaient un peu freinée, raconte-t-elle. En raison des investissements importants, des normes drastiques, des stocks de produits périssables à gérer et de la nécessité de dédier quasiment une personne à cet atelier. Moi, j’aime m’occuper des animaux et des travaux de plaine. Je voulais continuer à pouvoir le faire. » La jeune femme commence à se renseigner, mais pas facile quand l’activité est si atypique.

Peu d’informations et pas de références.

Moins contraignants que les produits laitiers

En parallèle, elle fabrique des savons et gels douche pour sa consommation personnelle. « De fil en aiguille, j’ai décidé de créer ma savonnerie à la ferme, en débutant par de petites quantités, poursuit la jeune femme. Il n’y avait pas beaucoup à investir, je ne prenais pas de gros risques. Si ça marche, je pourrai développer par la suite ou sinon arrêter. »

Une prise de risque limitée.

Gwenaëlle achète un Algeco de 12 m2, un plan de travail nettoyable basique, des étagères pour le séchage, une balance, une cuve en inox, un mixeur, une découpeuse et un moule de 5 kg (le savon est ensuite découpé en morceaux d’un kilo), pour une somme totale de 10 000 €. « Malgré le manque de référence pour réaliser mon PE (plan d’entreprise), ce faible montant a rassuré les organismes en charge de mon dossier d’installation. » Même si aucune n’est obligatoire, Gwenaëlle suit des formations généralistes en cosmétiques, puisqu’il n’en existe aucune pour ceuxfabriqués au lait de vache.

Objectif : connaître les techniques de fabrication de savons et surtout la réglementation à respecter. Par exemple, les formules doivent être envoyées à un toxicologue avec les ingrédients, les quantités et les fournisseurs, afin de constituer des fiches de sécurité technique et un dossier d’information produit. Pas besoin en revanche de fournir d’échantillon. « Les règles sont les mêmes que pour L’Oréal », précise la jeune productrice. Parallèlement, le réseau JA lui donne les coordonnées d’une ferme qui s’est lancée dans la même diversification laitière. « Étant à un stade plus avancé, elle a pu me prodiguer quelques conseils », indique la jeune éleveuse. 

Des matières premières de la ferme ou locales

Mais c’est surtout sur le tas que celle-ci se fait la main. Et il a fallu de la persévérance. « Pour arriver à ce que je souhaitais, j’ai fait pas mal d’essais et ma famille a servi de cobaye, confie-t-elle. Aujourd’hui, mes savons n’ont plus rien à voir avec les premiers que j’ai fabriqués, qui n’étaient pas assez solides. » Ainsi, il a fallu deux ans d’expérimentation, avant de débuter la commercialisation en novembre 2021.

Comme méthode de fabrication, Gwenaëlle a choisi la saponification à froid « afin de préserver les ingrédients et d’éviter les risques microbiologiques de la saponification à chaud ». Par contre, le temps de séchage, appelé temps de cure, est plus long : 4 semaines. « Plus que le prix, je privilégie les matières premières locales, sinon françaises. Et lorsque je suis obligée de m’approvisionner à l’étranger, j’ai recours au commerce équitable. »

1/2 journée par semaine pour fabriquer 400 à 500 savons/mois.

La jeune éleveuse utilise aussi un maximum de produits agricoles (dont le miel des producteurs des alentours) et issus, autant que possible, de l’exploitation. Elle sème des plantes médicinales et fabrique même un savon à base de carottes cultivées dans ses champs. Le lait de vache, quant à lui, représente 30 % du savon (parmi les autres composants : la soude, les huiles végétales liquides et solides, les huiles essentielles, l’argile, les parfums, les fleurs…), soit une quinzaine de litres par mois.

Gwenaëlle le congèle au préalable, des bactéries pouvant se développer s’il s’échauffe trop lors de la réaction avec la soude. « Chaque nouvelle formulation demande beaucoup de recherches en amont, dans des livres, sur internet, sur des blogs… », fait-elle remarquer. Pour faire une tournée de savons, soit une centaine, il faut compter 3 h. « Avec le lavage et la désinfection, c’est une demie journée. Je le fais une fois par semaine après la traite du matin », précise la jeune productrice qui vend 400 à 500 savons par mois.

1 000 € le litre de lait transformé

À cela s’ajoute le temps consacré à la commercialisation, et en particulier aux livraisons. « Heureusement que ma maman m’aide. Nous participons à un maximum d’événements pour nous faire connaître, tels que des salons locaux et des marchés : deux sont réguliers, une fois par mois, et d’autres ponctuels. Nous travaillons également avec des revendeurs ou des dépôts-ventes : pour l’instant, cinq boutiques et des fermes autour de Beauvais. » Gwenaëlle a aussi un site internet www.lescosmetiquesdevachameche.com, une page Facebook Les Cosmétiques de Vachamèche et des comptes Instagram et Tik Tok.

Objectif : 3 500 savons par an (7 500 l de lait transformés) + des crèmes, shampoings…

« Le bouche à oreille fonctionne très bien, reconnaît-elle. Au moment des fêtes, je me suis retrouvée en rupture de stock. » Le but à terme : produire 70 savons par semaine, soit environ 3 500 par an et 7 500 l de lait transformés, tout en élargissant la gamme avec des crèmes et des shampoings pour satisfaire un maximum de clients. Et pourquoi pas vendre ces produits dans les entreprises de la région. Pour cela, il faudra s’équiper de cuves et moules plus grands afin de fabriquer 10 kg de savons d’un coup. La jeune éleveuse entend enfin profiter du projet de construction/agrandissement de bâtiments sur la ferme pour aménager un local réservé à la savonnerie. « J’espère réaliser 20 % du chiffre d’affaires de l’exploitation avec les savons », conclut Gwenaëlle qui estime valoriser le lait ainsi transformé 1 000 € le litre. 

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