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Dossier : Influenza aviaire

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Volailles

Les éleveurs de canards face à la grippe aviaire : « On tremble tout le temps »


AFP le 26/05/2023 à 10:May
Free Range Ducks on the Farm

A gaggle of ducks being reared outside on an organic farm. The ducks are fattened up ready for a tradtional Christmas dinner.More farm animals here.

Face à une nouvelle vague inattendue et précoce de grippe aviaire dans le Sud-Ouest, les petits éleveurs de volailles sont désemparés, après plusieurs années de difficultés liées à la maladie.

« On tremble tout le temps » : Charles-Henri Roussel, éleveur de canards à Ponsan-Soubiran, dans le Gers, « ne sait plus quoi faire ». L’an dernier, en février, 800 des 1 600 canards qu’il espérait gaver pour produire du foie gras ont été abattus. Deux semaines plus tard, le Gersois de 55 ans, au bout du rouleau, était hospitalisé pour une cure de sommeil.

L’irruption soudaine de foyers dans le Gers depuis le début du mois, avec 48 foyers de contamination détectés dans le département sur les 67 repérés dans le quart sud-ouest du pays, fait peser une épée de Damoclès au-dessus des agriculteurs.

Noël déjà menacé ?

Et le temps presse pour eux, alors que 12 semaines d’élevage sont nécessaires pour envisager un gavage à partir de l’automne et assurer une production de foie gras conséquente en vue des fêtes de Noël.

« J’ai des canards en gavage qu’on va tuer pour les transformer mardi mais s’ils sont testés positifs d’ici là, l’année est terminée, je n’aurai jamais le temps d’avoir des canetons pour les gaver avant Noël », déplore Charles-Henri Roussel.

A quelques kilomètres de là, Sébastien Pigache, lui aussi producteur de canards, parle d’une « crise continue depuis bientôt deux ans ». « Il y a des moments où on ne peut pas travailler et d’autres où on galope pour rattraper le retard, c’est dur moralement et physiquement », affirme cet éleveur, membre de la Confédération paysanne.

Dans les jours précédents, les cas s’étaient multipliés dans les villages alentour, faisant planer la menace d’abattages préventifs.

D’après le syndicat agricole Modef qui a dressé un premier bilan lundi, 900 000 animaux avaient été abattus, depuis début mai, dans le Gers et les Landes voisines.

L’espoir du vaccin

Face à cette première vague de l’année apparue à une période inédite, Marie-Pierre Pé, directrice générale de l’interprofession du foie gras (Cifog), parlait même le 12 mai d’un « effet de surprise » alors que la France avait abaissé fin avril le niveau de risque de grippe aviaire d’« élevé » à « modéré ».

Sébastien Pigache assure lui que le virus est devenu « endémique »: « il repart dans les dernières zones où il était apparu, il y a quatre ou cinq mois ».

Ce paysan de 44 ans pointe les transports de volailles et les interventions venues de l’extérieur, trop nombreux et donc propices à la propagation du virus, selon lui.

En 2022, le dernier lot de canards de sa saison a dû être abattu, testé positif, à quelques heures de la fin du gavage.

« Dans ces cas-là, on pose la gaveuse, on éteint la lumière et on attend l’équipe d’abattage », souffle sa compagne Isabelle.

Alors que 22 millions de volailles ont été abattues en 2021-2022, l’arrivée d’un vaccin est espérée pour l’automne.

Deux vaccins expérimentés en France se sont d’ores et déjà avérés « très efficaces » sur des canards élevés pour le foie gras, a fait savoir jeudi l’agence de sécurité sanitaire (Anses), ouvrant la voie à une vaccination nationale d’ici quelques mois.

Pour Charles-Henri Roussel, ce vaccin constitue un horizon auquel s’accrocher : « On respire encore parce qu’on a cet espoir. Si on enlève la filière du gras dans le Gers, c’était déjà un désert rural, ce sera un désert tout court ».

Sébastien Pigache pense que « ce sera une aide, mais changer de mode de production serait la solution ». Il prône « un couvoir par département » et « la fin de la claustration » des animaux. « L’année dernière, on les a tous enfermés et on a eu la pire des crises », estime-t-il en sirotant son café devant un food-truck rutilant acquis l’année dernière pour vendre des plats à base de canard.

« On veut tout faire, du caneton jusqu’à l’assiette, mais on ne l’a sorti qu’une fois depuis qu’on l’a », se désolent les deux éleveurs installés dans le village de Panassac.

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