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Dossier : Grippe aviaire

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Avant les fêtes

La grippe aviaire s'invite de nouveau chez les éleveurs français


AFP le 09/12/2021 à 15:43
(©Getty Images)

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La grippe aviaire va-t-elle une nouvelle fois gâcher le réveillon des volaillers français ? Le virus est de retour en France après avoir provoqué des abattages massifs l'hiver dernier et créé des tensions parmi les éleveurs, dont certains refusent d'enfermer leurs animaux.

Dans la ferme de Jean-Paul Gobin, les chapons qui seront abattus pour Noël évoluent encore à l’air libre. « On met un point d’honneur à ce qu’ils soient dans les meilleures conditions. Ils auront passé au moins cinq mois dehors », dit l’éleveur bio des Deux-Sèvres, qui produit également des poulets, pintades et canards maigres. Il a pourtant reçu une mise en demeure de l’administration lui demandant de se conformer aux règles en vigueur depuis début novembre, qui imposent d’enfermer les volailles habituées au plein air au regard du risque lié à la grippe aviaire.

La France n’est toutefois pas parvenue à échapper au virus. Depuis lepremier foyer de grippe aviaire détecté fin novembre dans une exploitation du Nord, où 160 000 poules pondeuses étaient élevées toute l’année en bâtiment, quatre autres foyers ont été confirmés dans ce département, ainsi que neuf cas en faune sauvage, trois cas en faune sauvage captive (oies ou cygnes ne migrant pas) et trois cas en basse-cours, liste le ministère de l’agriculture sur son site internet (chiffres au 8 décembre).

« Il faut absolument trouver la cause de la contamination par l’influenza aviaire et essayer de contrôler très vite la situation », a réagi après de l’AFP Laurent Verhaeghe, président du syndicat agricole FDSEA du Nord. Il rappelle que « tant que la situation n’est pas assainie », les éleveurs ne pourront pas mettre en production d’autres animaux – « ce sont des manques à gagner incroyables parce que les charges fixes continuent sur les exploitations ». Auparavant, remarque le responsable syndical, « c’était plutôt le sud [de la France] qui était concerné mais aujourd’hui, ça arrive chez nous ».

À chaque fois, les animaux sont abattus

La France compte autour de 20 000 élevages de volailles élevées pour la viande, les œufs ou le foie gras. L’an dernier à la même époque, la grippe aviaire commençait à se répandre dans les élevages de canards du Sud-Ouest. L’épisode laisse l’image d’autorités locales et de professionnels de la filière foie gras semblant démunis face à l’emballement des contaminations.

Cette crise – alors la troisième depuis 2015 – a fini par être enrayée au prix de l’abattage, souvent préventif, de plus de 3,5 millions de volailles, essentiellement des canards. Et les éleveurs ont dû attendre avant de pouvoir relancer la production dans les zones touchées, restreignant la production de canards gras (de 30 millions de têtes en 2019 à 23 millions en 2021).

L’interprofession du foie gras Cifog a évalué à 150 millions d’euros la perte globale pour la filière. Indemnisation des animaux abattus, mesures de soutien économique… La crise a coûté à l’État entre 200 et 230 millions d’euros, selon un rapport du conseil général de l’alimentation (CGAAER) qui dépend du ministère de l’agriculture. Sans compter que dès qu’un cas de grippe aviaire est confirmé en élevage, la France perd son statut « indemne » vis-à-vis du virus (elle venait de le retrouver le 2 septembre). et donc des débouchés à l’export (Afrique du Sud, Chine, Corée, Cuba, Madagascar, Philippines…).

Confinement des volailles

Récurrentes, ces crises sanitaires génèrent donc des coûts considérables pour les professionnels et l’État, ainsi que des pertes de marché à l’export. Pour éviter la répétition du phénomène, et suivant l’avis de l’agence sanitaire Anses, il a été décidé de produire moins de canards par endroits et d’imposer la « mise à l’abri » des volailles quand le risque est jugé « élevé », comme c’est le cas depuis début novembre, afin d’éviter les contacts avec les oiseaux migrateurs potentiellement porteurs du virus.

Cette dernière mesure, qui touche l’élevage plein air et bio, a fait bondir la Confédération paysanne pour qui c’est l’élevage industriel qui favorise la propagation du virus de l’influenza aviaire, les premiers cas ayant été détectés dans des exploitations conventionnelles, en bâtiment. « Nous n’avons cessé de dire qu’enfermer les animaux des élevages plein air n’empêcherait pas l’épidémie, ce qui est bien le cas. Le risque de propagation du virus dans les élevages en bâtiment est avéré et su depuis longtemps. Rendre responsable et coupable l’élevage plein air ne sert que les intérêts de celles et ceux qui souhaitent industrialiser l’agriculture », affirment-ils dans un communiqué.

« Désobéissance civile »

Avec sept autres organisations, dont la Fédération nationale d’agriculture biologique, le syndicat a déposé des recours devant le Conseil d’État et soutient les réfractaires au confinement, souvent issus de ses rangs. « C’est une démarche citoyenne de désobéissance civile » pour Gérard Macé, éleveur bio en Loire Atlantique et membre du collectif « Sauve qui poule » du département. Il se dit toutefois prêt à enfermer ses poules pondeuses « si effectivement le danger est à nos portes ». Tout comme Jean-Paul Gobin, qui ne s’y « résignera que s’il y a des élevages touchés près de chez (lui) ».

Du côté de la Confédération française de l’aviculture et de la Fédération nationale des producteurs de foie gras, sections spécialisées du syndicat majoritaire FNSEA, on dénonce « un comportement irresponsable, pétri d’idéologie, de clientélisme syndical, de démagogie et qui repose sur une mise en opposition systématique et simpliste des modes d’élevage ». Selon la directrice de l’interprofession du foie gras, Marie-Pierre Pé, les éleveurs récalcitrants, qui seraient privés d’indemnisation en cas de contamination, sont une « petite minorité ». Elle espère que, grâce aux nouvelles mesures, « le modèle va être robuste maintenant ». Tout en concédant qu’elle était « aussi confiante » l’an dernier.

Parmi les professionnels, « on tremble » devant un autre virus, responsable du Covid-19, qui recommence à provoquer des annulations d’évènements festifs, propices à la consommation de foie gras.

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