Randonnées à la ferme

Une nouvelle diversification qui fait son chemin


TNC le 02/11/2019 à 09:07
Un retour aux sources pour des citadins de plus en plus déconnectés des réalités de la vie à la campagne et du métier d'agriculteur (©CarlosJGarcíaPrieto, Fotolia)

Un retour aux sources pour des citadins de plus en plus déconnectés des réalités de la vie à la campagne et du métier d'agriculteur (©CarlosJGarcíaPrieto, Fotolia)

Parcourir la diagonale du vide, des Ardennes aux Pyrénées, c'est un peu comme emprunter le chemin de Compostelle mais pour un pèlerinage à travers la campagne française. Objectif : se ressourcer en découvrant ou redécouvrant, non pas sa foi, mais la diversité des paysages et de l'agriculture de notre pays. C'est ce que propose l'Association Au coeur des paysans grâce à ses circuits de randonnées intégrant des visites de fermes. Les randonneurs peuvent ainsi interroger les agriculteurs sur leurs pratiques et les producteurs leur expliquer leur métier. Une voie de réconciliation entre le monde agricole et le grand public.

Création de gîtes ou d’emplacements de camping dans des exploitations agricoles, opérations portes ouvertes, et plus récemment des offres de logements insolites comme, par exemple, des cabanes dans les arbres ou des roulottes, et un référencement sur des plateformes telle qu’ Air bnb : la diversification dans l’accueil à la ferme prend des formes multiples, profitant de l’ attrait du grand public pour l’agritourisme et le retour à la nature, mais également pour les hébergements et séjours atypiques et les nouvelles technologies de promotion et de réservation touristiques. Et si maintenant, les agriculteurs exploitaient l’intérêt croissant que montrent les Français pour la randonnée depuis quelques années ? Et s’ils se lançaient dans une nouvelle diversification, l’ accueil de randonneurs à la ferme ?

« Hors des sentiers battus », de ferme en ferme

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À l’image du chemin de Compostelle qui traverse la France de lieux saints en lieux saints, en alliant marche et spiritualité, l’Association Au cœur des paysans, créée en 2016 par des passionnés de rando et d’agriculture, propose de parcourir la diagonale du vide, c’est-à-dire les zones rurales françaises les moins peuplées situées entre les Ardennes et les Pyrénées. À pied, de ferme en ferme, à travers cinq circuits « hors des sentiers battus » (voir l’encadré), pour découvrir ou redécouvrir la diversité des paysages et des exploitations agricoles de notre pays. Un retour aux sources et à la nature aux vertus tout aussi spirituelles pour des citadins de plus en plus déconnectés des réalités de la vie à la campagne et du métier d’agriculteur. « Notre mission est de retisser le lien entre la ville et le monde agricole ». C’est ainsi que se définit Au cœur des paysans sur son site internet.

« La médiation entre les urbains et les paysans nous est apparue comme un enjeu de premier ordre, un préalable pour refonder un avenir pour nos agricultures, explique Jean Houdouin, ayant travaillé de nombreuses années dans le secteur agricole et co-fondateur de cette association indépendante, apolitique et asyndicale, qui vise à donner « des solutions concrètes à tous ceux qui veulent comprendre comment vivent nos campagnes et travaillent les agriculteurs qui nous nourrissent », en organisant notamment des « rencontres et des échanges pour fortifier le respect et la confiance » de « consommateurs qui ont de plus en plus peur de ce qu’ils mangent ». « Depuis 30 ans, les exploitants agricoles s’ouvrent à de nouvelles méthodes pour valoriser nos terres et construire une agriculture permettant de nourrir la planète sans épuiser les ressources ».

« Écouter et observer les agriculteurs »

Des évolutions qui doivent être « accompagnées par les consommateurs » d’autant qu’« aujourd’hui, les agriculteurs ont de plus en plus de mal à vivre de leur travail ». Voilà tous les objectifs que s’est donné Au cœur des paysans, une équipe de sept personnes de tout âge et de tout milieu socio-professionnel comme Clothilde Charron, une jeune Parisienne qui « se pose des questions sur les produits » qu’elle consomme, « la capacité des Français à respecter l’environnement et les difficultés rencontrées par les agriculteurs », et qui a eu « envie de s’engager dans l’association en écoutant l’histoire des agriculteurs et en observant la passion qu’ils ont pour leur métier, leurs terres pour que d’autres citadins aient la même chance » qu’elle « de trouver des réponses à leurs interrogations », de mieux appréhender les « défis de ce métier d’entrepreneur » et d’expliquer leurs attentes dans les domaines alimentaire et environnemental.

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Ou encore Bertrand Gassier, producteur de 57 ans du côté de Nîmes qui espère que « ces chemins de randonnées permettront aux paysans de partager leurs savoirs et savoir-faire, et d’ouvrir leur cœur à ceux qui viennent les rencontrer » pour « exprimer les valeurs d’humilité, de persévérance et de passion » du monde agricole « qui méritent d’être reconnues ». Françoise Zink, elle, est « admirative de la capacité des paysans à s’adapter aux transformations économiques et climatiques, et à répondre aux enjeux de qualité des aliments et de préservation de la biodiversité » et souhaite que « collectivement, nous devenions ainsi plus clairvoyants sur la manière d’accompagner notre agriculture ».

70 exploitations sur 700 km de sentiers pédestres

Comment ça marche concrètement ? 70 fermes ouvrent leurs portes sur 700 km de sentiers pédestres, soit une tous les 10 km en moyenne. Leurs coordonnées, ainsi qu’un descriptif de l’exploitation (productions, système, hébergement à la ferme, motivations pour faire partie de l’association, photos etc.), sont disponibles sur le site web aucoeurdespaysans.org, dans l’espace « rencontres » et visualisables sur une carte interactive où il suffit de cliquer sur les différents pictogrammes pour obtenir les renseignements (logements, commerces, lieux de restauration et touristiques à proximité).

Dans l’onglet « randonnées », les parcours sont classés par région, puis petite région voire thématique (« Première Guerre mondiale », « le long de la Seine »…), avec parfois la possibilité de concevoir son propre itinéraire. Chacun mentionne le kilométrage, la durée, la difficulté, les fermes prêtes à recevoir des randonneurs sur le trajet et les autres curiosités à voir, pour que randonneurs aguerris et « promeneurs du dimanche trouvent chaussure à leur pied ». Les visites d’exploitations sont réservables en ligne au minimum 48 h à l’avance, en indiquant l’heure et le nombre de participants, pour un coût de 5 €, entièrement reversé aux exploitants, comme les nuitées, les guides, cartes IGN et traces GPX sont téléchargeables. Des conseils logistiques sont également donnés, un abécédaire permet de familiariser les non-initiés au vocabulaire agricole de base et un blog recense les articles utiles à ces marcheurs d’un nouveau genre.

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« Ces rencontres ont donné du sens à ma randonnée »

En tout cas, agriculteurs comme randonneurs sont unanimes sur l’intérêt de cette initiative. « Je suis comblé quand j’accueille des gens curieux et que je sens que je leur ai appris des choses ou que j’ai levé des doutes ou des a priori », souligne Philippe Bertrand, éleveur laitier dans le Châtillonnais qui « fait entrer sans mise en scène et sans tabou, les marcheurs dans son quotidien en essayant de démystifier certaines croyances » et de leur expliquer que son « métier est parfois ingrat, demandant énormément d’heures de travail sans pour autant dégager de revenus les années difficiles ». « Venez, il n’y a pas de question bête, ni dérangeante », exhorte de son côté Pascal Farcage, producteur dans le pays barrois, qui a « besoin que les gens viennent lui expliquer ce qu’ils veulent manger demain ».

« Nous avons apprécié l’ouverture et la facilité avec laquelle nous pouvions dialoguer avec nos hôtes », témoigne pour sa part Karine, une marcheuse. « Ces rencontres avec des personnes passionnées et généreuses ont donné du sens à ma randonnée », ajoute Marie. « De spectateurs passifs des champs de céréales, nous sommes devenus des citoyens actifs, initiés et solidaires des enjeux des agriculteurs aujourd’hui », conclut Bérengère. L’association semble donc avoir rempli sa mission.

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