Gestion de l’eau : « la construction des Sdage est faite contre les agriculteurs »


TNC le 22/04/2026 à 17:04
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« Il faut construire les Sdage avec les agriculteurs et non pas contre eux », estime Sébastien Windsor, président de Chambres d'agriculture France. (© Stéphane Leitenberger - Adobe Stock)

Dans le cadre des travaux d’élaboration des prochains Sdage 2028-2033, Chambres d’agriculture France dénonce « un renforcement des contraintes pesant sur l’activité agricole » et a appelé « à une meilleure prise en compte des enjeux de souveraineté et de résilience économique ».

Alors que la phase de concertation et de rédaction des projets des Sdage 2028-2033 démarrée en janvier dernier doit prendre fin au mois de juin, Chambres d’agriculture France (CDA) alerte sur « le déséquilibre global » des versions du texte proposées à ce jour.

Un Sdage, schéma directeur d’aménagement et de gestion de l’eau, est « un outil de planification établi par grand bassin pour une durée de six ans. Il fixe les objectifs de bon état des masses d’eau superficielles, souterraines et côtières en fonction de l’état des lieux de la ressource et définit les orientations en fonction », rappelle CDA.

« Changer la gouvernance »

Son président, Sébastien Windsor, demande un changement de gouvernance de ces schémas pour « permettre aux acteurs agricoles de représenter 30 % des voix. Aujourd’hui, on est au maximum 5 %. Au fil du temps, le dialogue a reculé, nos propositions sont à peine mises au débat… », regrette-t-il.

« À force d’injonctions déconnectées de la réalité économique, on est en train de perdre les agriculteurs, qui ne sont plus reconnus comme des moteurs du progrès. Cette situation conduit à une faible application des mesures et à une démobilisation générale. Il est indispensable de renouer le dialogue, de travailler avec le monde agricole et de réaffirmer notre volonté d’agir ensemble, notamment sur la question de l’eau. »

« Il faut construire les Sdage avec les agriculteurs et non pas contre eux », ajoute Sébastien Windsor, en assurant « la mobilisation des chambres d’agriculture continue pour échanger avec toutes les parties prenantes et proposer une V2 des Sdage à la hauteur des enjeux actuels ».

« L’agriculture est trop souvent stigmatisée et perçue comme un problème, alors qu’elle occupe la moitié des surfaces de la France hexagonale et fait partie des solutions (entretien des haies, infiltration des eaux pluviales, maintien des zones humides par l’élevage…). »

« Trouver un équilibre entre protection de la ressource, développement économique et adaptation au changement climatique »

Parmi les freins, Laurent Degenne, secrétaire adjoint de Chambres d’agriculture France souligne « une méthode et un calendrier inadaptés : les documents sont longs, complexes et difficilement appropriables par les acteurs de terrain. Le Sdage doit fixer des orientations et non imposer des obligations directes aux acteurs à travers des rédactions prescriptives. Par ailleurs, le calendrier d’élaboration est particulièrement contraint et ne permet pas une concertation constructive ». « Six mois pour écrire et bâtir la stratégie, et six mois de consultations, il me semble qu’il faut plus de temps pour écrire et bâtir », estime Sébastien Windsor.

Les chambres d’agriculture regrettent également que « tous les enjeux économiques ne soient pas intégrés : les projets de Sdage entraînent un renforcement des contraintes pesant sur les activités agricoles, sans prise en compte des enjeux de résilience économique. Tout cela traduit un déséquilibre global des Sdage qui ne garantissent pas un équilibre entre la protection de la ressource en eau, le développement économique et l’adaptation des territoires au changement climatique. »

Le président de CDA évoque notamment la mise en place de cultures à bas niveaux d’intrants comme le tournesol, le chanvre et les lentilles : « étant agriculteur en Seine-Maritime, le tournesol reste encore une culture compliquée pour mon exploitation, et on risque d’avoir un problème de débouchés pour le chanvre et les lentilles, si ces cultures sont imposées sur 50 % des zones de captage ». 

« Les zones agricoles doivent pouvoir rester des zones de production qui contribuent à la souveraineté alimentaire. Sans eau, il n’y a pas d’arboriculture, de maraichage, de cultures de semences… Les Sdage ont vocation à définir une stratégie de gestion de l’eau à l’échelle de bassin, sans intervenir dans la définition de politiques sectorielles et en particulier sans imposer de modèle agricole. C’est ce qu’ils essayent de faire dans chaque disposition mentionnant l’agriculture, mais cela va parfois jusqu’à vouloir supprimer tout recours aux intrants sur les surfaces agricoles des bassins. »

« Les comités des bassins paraissent hors-sol vis-à-vis du changement climatique et de ses impacts. En Normandie, les projections climatiques d’ici 2100 annoncent plus de précipitations, davantage réparties sur l’automne-hiver et plus restreintes sur le printemps et l’été. Je regrette que cela ne soit pas pris en compte dans les Sdage pour favoriser le stockage de l’eau, note Sébastien Windsor. Les impacts sont déjà visibles aujourd’hui, on n’a plus d’eau comme il y a 20 ans. »

« Les besoins en eau vont être de plus en plus importants et répartis sur le territoire. Et de nouveaux usages apparaissent : irrigation d’appoint sur les céréales de printemps, les fourrages… » Les chambres d’agriculture alertent « face au mot « sobriété » qui semble être entendu uniquement comme économie d’eau et qui revient dans tous les projets de Sdage, à de multiples reprises, alors que l’objectif qui est inscrit dans le code de l’environnement est bien « une utilisation efficace, économe et durable de la ressource » » .