Fraude agricole européenne : le Parlement grec entame l’examen de la levée de l’immunité de 13 députés
AFP le 22/04/2026 à 11:53
Le Parlement grec a entamé mercredi l'examen de la levée de l'immunité de 13 députés, réclamée par les justices européenne et grecque, qui enquêtent sur une fraude présumée aux aides agricoles de l'UE, dans un scandale qui éclabousse le gouvernement.
Une majorité des 300 députés de la Vouli (Parlement) devrait se prononcer en faveur de la levée de l’immunité de ces élus du parti au pouvoir, Nouvelle-Démocratie (ND, conservateur), comme ils l’ont eux-mêmes demandé.
Le résultat de ce vote, qui se fera pour chacun des 13 élus, sera annoncé en fin d’après-midi, selon le programme du Parlement.
Il intervient alors que la procureure en chef du parquet européen, Laura Kövesi, se trouve en Grèce où elle a rencontré le ministre de la Justice, selon l’agence de presse ANA.
Si le Parlement se prononce en ce sens, la justice européenne pourra procéder à des auditions, des perquisitions et, le cas échéant, engager des poursuites.
Onze députés en exercice sont dans le viseur du parquet européen, deux autres relevant formellement de la compétence de la justice grecque.
Empêtré dans cette affaire retentissante, le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis s’est déclaré favorable à une levée de l’immunité parlementaire des élus de son camp.
Selon lui, cette procédure constitue « le moyen le plus rapide de prouver leur innocence ».
Il a également appelé le parquet européen à engager « sans délai » des poursuites éventuelles contre ces députés une fois leur immunité levée.
Selon les médias grecs, les noms des députés sont apparus dans des écoutes téléphoniques ordonnées par la justice, certains discutant de cas précis d’agriculteurs et tentant d’intervenir en leur faveur.
Aucun n’est suspecté d’enrichissement personnel, selon les documents transmis par le parquet européen qui ont circulé dans la presse.
En Grèce, ce scandale politique n’a cessé de gonfler depuis que le parquet européen a annoncé en mai dernier mener une vaste enquête sur des détournements présumés de subventions agricoles européennes, qui a conduit à des dizaines d’arrestations.
« Massive et systématique »
Cette affaire implique des agriculteurs mais aussi des personnes qui se faisaient passer pour des agriculteurs, des responsables politiques et de l’organisme chargé de l’attribution de ces aides, l’OPEKEPE, aujourd’hui dissout.
Cette enquête porte sur une fraude « massive et systématique » et des « activités de blanchiment d’argent » en lien avec l’octroi de subventions agricoles européennes, selon le parquet basé au Luxembourg.
Trois ministres et plusieurs vice-ministres ont déjà dû quitter le gouvernement depuis l’éclatement de l’affaire tandis que plusieurs partis d’opposition ont appelé à des élections législatives anticipées.
Au total, vingt responsables ou anciens responsables politiques sont dans le collimateur de la justice.
Tous nient tout acte répréhensible, beaucoup assurant que le fait de s’impliquer dans les dossiers de leurs électeurs relève de leurs fonctions de députés.
Nikos Androulakis, le dirigeant du principal parti d’opposition, le Pasok (socialiste), a fustigé jeudi au Parlement « la corruption, le clientélisme et la manipulation des institutions » en Grèce.
Pointant la responsabilité de M. Mitsotakis, il a aussi dénoncé « une organisation criminelle qui a traité l’État comme un système de butin ».
Le Premier ministre a récemment pointé du doigt « le fléau des relations clientélistes » en Grèce « qui pendant des décennies se transmettaient (…) d’un gouvernement au suivant ».
Mais il a également invité le parquet européen à éviter « les fuites sélectives » et à se tenir « à l’écart de toute implication dans la compétition politique interne ».
En octobre, en visite en Grèce, Laura Kövesi s’était engagée « à nettoyer les écuries d’Augias », dénonçant « la corruption, le népotisme et le clientélisme » ayant régné au sein de l’OPEKEPE.
Les dossiers de subventions les plus surprenants en cours d’investigation concernent par exemple des pâturages déclarés sur des sites archéologiques, des oliveraies ou des plantations de bananes sur le mont Olympe…
Le parquet européen a fait état en octobre d’un préjudice estimé à plus de 19,6 millions d’euros au détriment du budget de l’UE.
Des élections législatives sont prévues l’an prochain en Grèce et Kyriakos Mitsotakis a de longue date annoncé son intention de briguer un troisième mandat.