Fraude aux fonds agricoles de l’UE : le Parlement grec lève l’immunité de 13 députés
AFP le 22/04/2026 à 16:30
Le Parlement grec a levé mercredi l'immunité de 13 députés conservateurs réclamée par les justices européenne et grecque qui enquêtent sur une fraude présumée aux aides agricoles de l'UE, un scandale qui éclabousse le gouvernement.
La levée d’immunité de ces élus, tous issus du parti au pouvoir, Nouvelle-Démocratie (ND), a été dans chaque cas votée à une écrasante majorité, selon les résultats annoncés par le vice-président du Parlement, Georgios Georgantas. Cela ouvre la voie à d’éventuelles poursuites pénales ou à d’autres mesures judiciaires dans cette affaire qui a déjà entraîné la démission de trois ministres du gouvernement de Kyriakos Mitsotakis.
Ce vote est intervenu à un moment où la procureure en chef du parquet européen, Laura Kövesi, à l’origine de l’enquête révélée il y a presque un an, se trouve en Grèce où elle a rencontré le ministre de la Justice, selon l’agence de presse ANA.
Tous les députés visés par l’enquête judiciaire avaient demandé la levée de leur immunité parlementaire, tout comme le Premier ministre.
Intervenant chacun brièvement au Parlement, ils ont rejeté toute responsabilité dans ce scandale.
« Clientélisme »
« Je n’aurais jamais imaginé me retrouver dans une situation comme celle d’aujourd’hui », a lancé, ému, l’un d’eux, Kostas Tsiaras, contraint au début du mois de quitter son poste de ministre du Développement rural.
Un autre député, Notis Mitarakis, qui a occupé plusieurs postes ministériels, a jugé qu’il était « prioritaire » pour lui de protéger son nom.
Onze députés en exercice sont dans le viseur du parquet européen, deux autres relevant formellement de la compétence de la justice grecque.
Empêtré dans cette retentissante affaire, Kyriakos Mitsotakis avait assuré que cette procédure constituait « le moyen le plus rapide de prouver leur innocence ». Il avait également appelé le parquet européen à engager « sans délai » d’éventuelles poursuites contre ces élus une fois leur immunité levée.
Selon les médias grecs, les noms de ces derniers sont apparus dans des écoutes téléphoniques ordonnées par la justice, certains discutant de cas précis d’agriculteurs et tentant d’intervenir en leur faveur.
Aucun n’est soupçonné d’enrichissement personnel, selon les documents transmis par le parquet européen qui ont circulé dans la presse. Tandis que les accusations de clientélisme fusent, beaucoup assurent que le fait de s’impliquer dans les dossiers de leurs électeurs relève de leurs fonctions de députés.
Nikos Androulakis, le dirigeant du principal parti d’opposition, le Pasok (socialiste), avait fustigé jeudi « la corruption, le clientélisme et la manipulation des institutions » en Grèce.
Mercredi, l’un des 13 députés visés, Ioannis Kefalogiannis, qui a dû démissionner de son poste de ministre de la Crise climatique et de la Protection du citoyen, a réfuté « tout bénéfice politique ou électoral ».
« Les résultats électoraux (de 2023) contredisent totalement cette thèse : dans les zones concernées, mon score a diminué de 50 % par rapport à l’élection précédente », a-t-il fait valoir.
En Grèce, ce scandale politique n’a cessé de gonfler depuis que le parquet européen a annoncé en mai dernier mener une vaste enquête sur des détournements présumés de subventions agricoles européennes, qui a conduit à des dizaines d’arrestations.
« Massive et systématique »
Cette affaire implique des agriculteurs mais aussi des personnes qui se faisaient passer pour des agriculteurs, des responsables politiques et de l’organisme chargé de l’attribution de ces aides, l’OPEKEPE, aujourd’hui dissous.
L’enquête porte sur une fraude « massive et systématique » et des « activités de blanchiment d’argent » en lien avec l’octroi de subventions agricoles européennes, selon le parquet qui siège au Luxembourg.
Plusieurs partis d’opposition ont appelé à des élections législatives anticipées.
Les dossiers de subventions les plus surprenants en cours d’investigation concernent par exemple des pâturages déclarés sur des sites archéologiques, des oliveraies ou des plantations de bananes sur le mont Olympe…
Le parquet européen a fait état en octobre d’un préjudice évalué à plus de 19,6 millions d’euros au détriment du budget de l’UE.
Des législatives sont prévues pour l’an prochain en Grèce et Kyriakos Mitsotakis a de longue date annoncé son intention de briguer un troisième mandat. Son parti reste en tête des intentions de vote mais loin de son score de plus de 40 % en juin 2023.