Sécheresse estivale et pâturage

Les solutions à court, moyen et long termes à avoir en tête pour l’an prochain


TNC le 01/10/2020 à 06:02

Les sécheresses se succèdent et les saisons de pâturage deviennent de plus en plus difficiles par endroit. Dérobées, flores d'été, conduite du pâturage, chargement... : Agathe Moysan de Pâturesens détaille la liste des solutions à court, moyen et long termes pour s'adapter au changement climatique.

Encore un été particulièrement sec ! Les derniers chiffres d’Agreste sont alarmants : 71 % des régions fourragères sont déficitaires niveau pousse de l’herbe à fin septembre. Et pas de solution miracle en ce qui concerne l’herbe des prairies : quand il fait trop chaud, ça ne pousse pas.

En pleine sécheresse : il faut limiter le besoin

« À court terme, en pleine période de sécheresse, si la ressource ne permet plus de nourrir le troupeau, il faudra faire baisser le besoin. En lait, ça peut passer par des tarissements ou de la vente d’animaux, et en allaitant on peut faire des sevrages précoces », explique Agathe Moysan, conseillère en pâturage de précision pour Paturesens.

Pour autant, la meilleure arme reste l’anticipation. L’experte liste alors les pistes à envisager dès maintenant pour anticiper la prochaine saison.

« Miser sur les flores estivales »

C’est en amont de la période sèche qu’il faut sécuriser la ressource. « Il y a les intercultures, le stock sur pied et le flores d’été. » Pour ces dernières, on parle de luzerne, chicorée, plantain, fétuque et trèfle : des espèces plus résistantes aux conditions de sec qui prennent le relais lorsque les prairies sont à l’arrêt. « Attention en revanche, ces plantes se gèrent indépendamment. Elles ont des cycles différents donc on ne les associe pas », prévient Agathe. « On les choisit en fonction du type d’animaux à nourrir, de la période et du type d’exploitation, de l’accessibilité des parcelles et du type de sol. Sur ce point, mieux vaut leur réserver un sol assez riche pour leur permettre d’exprimer tout leur potentiel. »

À lire à ce sujet : Appétent même épié, le plantain séduit par sa souplesse d’exploitation

Plus globalement, l’experte recommande de travailler la fertilisation des prairies pour favoriser leur densité, l’enracinement et la teneur en matière organique des sols pour leur permettre de retenir l’eau.

Revoir la conduite du troupeau

« Sur du plus long terme, on peut revoir la conduite du troupeau, comme changer la période de vêlages pour concentrer le plus gros des besoins sur le printemps. » C’est d’ailleurs ce qu’a fait Fabrice Charles (22) chez qui les vaches passent 10 mois de l’année dehors.

Retrouvez son témoignage : F. Charles (22) : « Doubler le revenu en travaillant deux fois moins grâce aux vêlages groupés et la monotraite »

« Il faut aussi penser, lorsque c’est possible, à investir dans le parcellaire en faisant par exemple des échanges pour augmenter la surface pâturable, ou en se lançant dans la construction d’un boviduc. »

Découvrez deux témoignages d’éleveurs à ce sujet :
– Thierry Bertrand (35) : « J’ai pu rapprocher 12 ha de ma ferme »
– Gaec de la Petite Ronde (85) : un boviduc pour passer de 7 à 39 ha accessibles

« Dans les cas extrêmes, il faut envisager de changer de production »

Pour les situations les plus extrêmes, Agathe rappelle qu’il faut « trouver un chargement cohérent avec le potentiel agronomique de la ferme. » Et dans certaines zones, elle le sait très bien : « Il faudra aller jusqu’à remettre en cause sa production. Certains secteurs sont par exemple devenus trop défavorables au lait. » Là par contre, il y a toute une réflexion à mener…