Sorgho, millet, moha, teff grass : ces fourragères qui aident à passer la sécheresse estivale
TNC le 10/06/2026 à 11:20
Comment nourrir les troupeaux lorsque l’herbe ne pousse plus ? L’UEPAO Centre-Val de Loire a exploité la piste des graminées fourragères estivales. Sorgho, millet, moha et teff grass offrent des perspectives intéressantes pour sécuriser l’alimentation des animaux durant les périodes de sécheresse.
Au micro du podcast Herbe et Fourrage Centre-Val de Loire, David Duchene, technicien de recherche à Inrae, propose ses solutions pour faire face au creux estival de pousse de l’herbe. Sa solution ? Les graminées fourragères estivales. « On s’intéresse à ces espèces depuis 2019 », lance l’agronome. « Elles ont une capacité à produire de la biomasse avec des températures relativement hautes, et avec moins d’eau ».
Plus concrètement, à travers les graminées fourragères, David Duchene étudie l’intérêt du sorgho, du millet, du moha et du teff grass pour l’alimentation animale.
« Dans un premier temps, on a plutôt regardé sur le plan agronomique comment ces plantes se comportaient, puis on a plutôt regardé la possibilité de faire pâturer ces plantes par les animaux, et non de faire du stock en ensilage ou en enrubannage ce qui est moins économique pour l’éleveur ».
Des semis à la mi-mai
Première leçon : attention aux dates de semis. « Si on sème trop tard au printemps, on arrive à des cultures qui produisent peu ». Pour bénéficier de sols suffisamment humides et réchauffés en Centre-Val de Loire, les agronomes conseillent un semis à la mi-mai, pour une exploitation par les animaux 60 jours plus tard.
Mais David Duchene l’admet : « quand on met cette plante-là en culture principale, on limite sa place dans une rotation avec soit une prairie dégradée qu’on devra détruire, ou on l’implante derrière une dérobée d’hiver ».
Autre option : semer derrière une orge récoltée précocement. Mais c’est un « coup de poker », estime David Duchene. « Dans la pratique, ça marche deux à trois années sur dix ». L’implantation au 15 mai fonctionne, quant à elle, presque tous les ans.
Quelle graminée implanter ?
Le sorgho : « Dans les essais en mico-parcelle, il permet un rendement entre 5 et 10 t MS. Par contre la limite est sa hauteur au pâturage. Il faut vraiment attendre les 60 cm pour éviter la toxicité de la dhurrine ».
Le millet : en sol riche, il affiche le même niveau de rendement qu’un sorgho, sans problème de toxicité. « Mais les feuilles sont relativement coupantes », avertit le technicien de recherche. « On a eu des retours d’éleveurs ou la plante était boudée ». La fourragère convient peut-être davantage aux ovins qu’aux bovins.
Moha et teff Grass : moins productives, elles offrent un rendement entre 3 et 5 t MS. Mais elles sont aussi plus faciles à stocker. « Le sorgho et millet sont plutôt problématiques en enrubannage avec des tiges assez épaisses qui ont tendance à percer les films. On ne le retrouve pas sur le Moha et le Teff Grass ».
Des associations avec des légumineuses ont été testées, mais les résultats sont déceptifs. « On ne retrouve jamais nos billes », regrette David Duchene « les semences coûtent cher, et le rendement n’est pas au rendez-vous ».
Un chargement à 3 UGB/ha
Le projet Estival s’est ensuite intéressé aux modalités de pâturage de ces fourragères. Les différentes plantes ont été proposées aux bovins et ovins à plusieurs stades. Résultat : elles permettent de nourrir des vaches allaitantes sans perte d’état. « On a un peu tâtonné sur les chargements, pour aboutir à 3 UGB ha en vaches allaitantes sur ces graminées fourragères estivales ». Mais comme souvent, plus la plante avance en stade moins la valeur fourragère est bonne. « Sur des plantes jeunes, on arrive à 15-16 % de MAT et quasiment 1 UFL, mais plus on attend, plus on descend, autour de 6-7 % de MAT et 0,6 et 0,7 UFL », précise le technicien de recherche.
Du côté des animaux, aucune perte d’état n’a été à déplorer. Même si les plantes sont à un stade avancé, les animaux sont sélectifs : « ils trient et ne mangent que la partie la plus riche… Mais il faut accepter les refus. On peut avoir jusqu’à 50 % de gaspillage ».
Côté coût, même en limitant le coût de récolte avec le pâturage, il faut semer. « Pour les achats de semence, compter entre 40 et 80 € de l’hectare. C’est un surcoût, auquel il faut ajouter les dispositifs d’abreuvement, les clôtures… Mais ça reste le moyen le plus économique pour valoriser de la biomasse l’été aujourd’hui ».