« Avec le pâturage AMP, je n’ai pas eu besoin d’affourager ni de faucher les refus »
TNC le 08/06/2026 à 11:45
Didier Touillon, éleveur de Charolaises, teste le pâturage AMP depuis 5 ans. Il nous partage son retour d’expérience, avec les avantages et inconvénients de ce nouveau système de pâturage.
Depuis 2022, Didier Touillon, naisseur-engraisseur de Charolaises en Saône-et-Loire a mis en place le pâturage AMP (adaptatif multi-paddocks), dans le cadre du projet Pâturond de McDonald’s France et Pilgrim’s Europe Orléans, en partenariat avec l’Inrae et VetAgro Sup.
Cette méthode consiste à faire pâturer un fourrage mature à un moment dans l’année (stade épiaison-floraison), sur un nombre de parcelles plus élevé qu’un système tournant classique (> 15), avec un temps de séjour très court (de 1 à 5 jours), et des temps de repos allongés entre deux passages d’animaux (> 40 jours). La biomasse résiduelle est ainsi beaucoup plus élevée, pour créer un stock sur pied permanent.
Didier est à la tête d’un troupeau de 190 vaches allaitantes, avec une production de génisses grasses, de jeunes bovins et de vaches de réforme. D’un point de vue climatique, son exploitation reçoit en moyenne 874 mm d’eau par an, et dispose d’un sol limono-sableux. Il a testé le pâturage AMP sur ses génisses sur 4,2 ha de prairies permanentes.
Il revient sur ses trois craintes de départ : « J’avais peur d’une charge de travail supérieure, d’un décrochage dans la croissance des génisses et d’un gaspillage conséquent d’herbe ».
La découpe en 17 parcelles de 20 ares environ a été réalisée en fonction des points d’eau avec des clôtures fixes et durables : « On a fait un système le plus simple possible mais c’était un gros travail d’installation en année 1 », explique-t-il. Ensuite, le temps de travail n’est pas supérieur à d’autres méthodes de pâturage.
« Aujourd’hui, avec 5 ans de recul, je trouve que ce mode de pâturage fonctionne aussi bien en année sèche qu’en année humide. C’est un système résilient et adapté au changement climatique. Il en résulte aussi des animaux très dociles. Sur les 4 ha, je n’ai fait aucun entretien mécanique – sauf la taille des haies – ni fertilisation depuis 5 ans. » Au niveau de la flore, il constate une disparition des chardons dans ses paddocks. « Je ne m’explique pas pourquoi », avoue-t-il. « Et en 5 ans, je n’ai effectué aucune fauche de refus. »
Hausse de la productivité de la prairie
L’une de ses craintes résidait dans la croissance de ses animaux. « Au final, elle est comparable aux autres lots de génisses conduites en pâturage tournant, constate-t-il. Par contre, j’ai vu une augmentation significative de la productivité de la prairie en kilo de viande produite par hectare. Sur les parcelles en AMP, j’avais un chargement à l’échelle de l’année équivalent à un chargement printanier sur l’ensemble de mon exploitation, autour de 50 ares par UGB, soit 2 UGB par ha. La différence, c’est que je le tiens toute l’année en système AMP alors que sur le pâturage tournant, c’est de plus en plus rare les années où je n’affourage pas. »
En 2025, seul le lot AMP n’a pas été affouragé pendant l’été, les génisses ramassant tout ce qu’elles avaient laissé au printemps. « J’ai pu attendre les pluies fin août qui ont permis la repousse de l’herbe », se réjouit l’agriculteur.
Si la mise en place lui a paru fastidieuse et compliquée pour l’abreuvement, Didier Touillon souligne les avantages du pâturage AMP : pas de fauche des refus et donc une économie de carburant, pas d’affouragement donc un gain en temps et en stock de fourrage. « C’est aussi moins technique à mon goût que le pâturage tournant dynamique quand on a un nombre important d’animaux dehors, c’est une conduite zéro stress ! »
Convaincu de l’intérêt de cette technique après plusieurs années d’expérimentation, il a décidé de la préserver sur ces prairies-là et de l’étendre à d’autres lots d’animaux, notamment les vaches suitées, et pourquoi pas essayer de faire pâturer les génisses l’hiver en changeant le chargement à l’automne. « J’ai envie de tester », conclut-il.