Autonomie en protéines

La France et l’Europe pourraient se passer du soja importé


Marie-Hélène Jeuffroy, Pascale Magdelaine, Claude Allo, Gilles Bazin, Jean-Marc Meynard, Jean-Louis Peyraud, André Pflimlin et Michel Rieu, membres de l'Académie d'agriculture de France. le 15/07/2021 à 06:25
(©Getty Images)

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Face aux engagements politiques pris par l’Europe concernant la lutte contre le changement climatique et contre la déforestation, et aussi face à la demande croissante des consommateurs pour des produits animaux non OGM, dans quelles conditions l’élevage français et européen pourrait- il se passer du soja américain ? Le point avec l'Académie d'agriculture de France.

La pandémie Covid a remis la souveraineté alimentaire et l’autonomie en protéines en alimentation humaine et animale au rang des priorités nationales. Dans le secteur des protéines pour l’élevage, la dépendance européenne qui atteint 30 millions de tonnes de soja dont 3,5 millions pour la France, est particulièrement inquiétante. Pour la France comme pour l’Union européenne (UE), plus de 90 % du tourteau de soja consommé sont importés dont plus de 60% proviennent désormais du Brésil, concentrant de nombreuses critiques. C’est une quasi-monoculture, avec des variétés OGM sur d’immenses surfaces souvent acquises par déforestation et nécessitant des quantités croissantes de pesticides dont la moitié des matières actives sont interdites en UE.

Le maïs ensilage est un fourrage très riche en énergie et très pauvre en protéines : plus il y a de maïs dans la ration, plus il faut de tourteau riche en protéine pour corriger le déficit azoté. Cela explique l’association très courante du tourteau de soja, le tourteau le plus riche en protéines et abondant sur le marché, avec l’ensilage de maïs. Dès lors, si on réduit la part de maïs dans la ration moyenne de la vache laitière française, au profit de l’herbe deux fois plus riche en protéines que le maïs, on obtient un mélange de fourrage (maïs + herbe) mieux équilibré et, par conséquent, on peut  se passer du soja et n’utiliser que des correcteurs azotés  moins riches en protéines (tourteau de colza, pois, drèches, de céréales etc..) et qui seraient produites en France.

En réduisant de moitié l’ensilage de maïs dans la ration des vaches laitières, on pourrait supprimer le tourteau de soja sans pénaliser la production laitière. Cette réduction du maïs fourrage peut être compensée par des prairies riches en légumineuses, chaque hectare de maïs en moins permettant d’économiser environ un hectare de soja importé (cf. étude IDELE-AAF à paraître). Parallèlement, en multipliant par 4 les surfaces actuelles en soja (soit 750 000 hectares) et en affectant l’essentiel de cette production aux volailles, on pourrait viser une quasi-autonomie pour cette filière. La combinaison des deux voies, en élargissant la suppression du soja à tous les bovins, permettrait à la France de réduire ses importations de soja de 80%. En renforçant la part des protéagineux dans l’alimentation animale, on pourrait se passer totalement des importations de soja. Pour l’UE, on pourrait également tendre vers l’autonomie globale – mais pas pour chaque pays – en ajoutant aux deux voies précédentes, la division par deux des consommations de soja par les porcs, une réduction qui a déjà été réalisée en France.

Pour concrétiser cette autonomie en France, il faudrait mobiliser deux millions d’hectares de légumineuses supplémentaires dont un million avec des prairies riches en trèfles et luzerne, et un autre million de cultures à graines, de soja en priorité mais aussi de pois, féveroles et lupins, ces protéagineux pouvant être associés à des céréales pour une utilisation en ensilage ou en grains.

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