Conversion à la bio

Agriskippy : « Après réflexion, je ne passerai pas en AB, c’est trop risqué ! »


TNC le 01/04/2019 à 17:07

Convertir son exploitation à la bio : beaucoup y réfléchissent. Éleveur laitier de l'Eure, Antoine Thibault (allias Agriskippy), a mené un diagnostic de conversion sur sa ferme. Il explique que les résultats sont plutôt mitigés : un EBE qui chute durant la période de conversion mais qui se stabilise ensuite, un risque de manquer de fourrages et des marchés incertains. Finalement, l'éleveur se ravise : « la conversion à la bio est trop risquée pour mon système. »

Antoine Thibault, aussi connu sous le pseudo Agriskippy, revient dans une nouvelle vidéo sur sa chaîne Youtube. Il y a quelques mois, l’éleveur laitier normand nous faisait part de sa réflexion sur le passage à l’agriculture biologique. De juin à septembre, il a mené un diagnostic à la conversion, accompagné par la chambre d’agriculture de son département.

Aujourd’hui, il se confie : « Je ne passerai pas en bio, du moins pas maintenant. C’est trop risqué pour mon exploitation et je perdrais de l’argent en changeant de système. Pour l’an prochain, je continuerai comme je le fais actuellement, tout en m’inspirant de nombreuses pratiques de l’agriculture bio comme la gestion de l’herbe ou les désherbages mécaniques car ce sont pour moi des techniques d’avenir. En revanche, lorsque les consommateurs nous prouveront qu’ils sont réellement prêts à acheter du bio, je serai là ! »

Un EBE équivalent en bio mais une conversion difficile

Pour la simulation de conversion, l’éleveur a été clair : « Je ne voulais pas agrandir le troupeau. Un agrandissement me demanderait beaucoup d’investissements et de travaux : bâtiment des vaches à agrandir, celui des génisses, la nurserie, le stockage des effluents, des fourrages… Ça n’était vraiment pas mon but. »

En revanche, en gardant le même nombre de vaches, sa production serait passée de 500 000 l à 360 000 l/an. Le prix du lait, quant à lui, aurait grimpé à 450 € contre 330 €/1000 l en moyenne sur les cinq dernières années. Malgré cette constance du cheptel, l’éleveur aurait dû acheter de l’aliment bio à l’extérieur (concentré et maïs grain) puisqu’il lui fallait respecter le cahier des charges bio dès les deux premières années de conversion.

Ainsi, le prévisionnel affichait une perte de 19 000 € d’EBE la première année de conversion, 10 000 € la deuxième année puis un retour à l’EBE actuel en rythme de croisière.

Des stocks de fourrages à assurer

Concernant l’alimentation du troupeau, Antoine explique : « L’année 2018 a été catastrophique au niveau du stock fourrager, à cause de la sécheresse. Je n’aurai pas assez de maïs pour aller jusqu’à la prochaine récolte. Je vais devoir acheter du foin, de la paille et de l’aliment liquide pour nourrir mes génisses. Heureusement, étant en conventionnel, j’arrive à en trouver. S’il avait fallu trouver du fourrage bio, ça aurait été compliqué car la demande est importante et les prix flambent. »

Il remarque également : « Je suis dans une région où les sols sont superficiels, ils sont donc encore moins adaptés pour faire du bio. »

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Produire du bio à prix cassé : hors de question

« Ma coopérative Sodiaal acceptait toutes les demandes de conversion en 2017 car il y avait une forte demande des marchés. En revanche, il y a eu trop de conversions d’un coup et on est arrivé à saturation dès décembre 2017. Aujourd’hui, elle étudie un peu plus les demandes. » Antoine n’était donc même pas certain d’avoir l’autorisation de son collecteur pour passer en filière bio.

De plus, l’éleveur s’interroge : « Les grandes surfaces, comme Carrefour et Leclerc, ont massivement investi dans le bio. En revanche, elles le proposent à des prix cassés. Quand je vois du lait bio à 87 centimes le litre, je me demande comment le producteur peut être correctement rémunéré. »

« Depuis quelques temps, on constate une vague de dénigrement de l’agriculture conventionnelle et des pesticides. Elle est orchestrée par les grandes surfaces et les journalistes grand public qui tentent de salir l’agriculture conventionnelle au profit du bio. Des études prouvent que les volumes de bio vendus augmentent et pourtant le nombre de consommateurs bio diminue. En fait, quand on les interroge, tous les consommateurs veulent du bio mais leurs actes d’achat ne vont pas dans le même sens ! »