La génétique animale, « maillon fort » de l’agriculture française
TNC le 06/05/2026 à 14:00
Forte de sa diversité, de son organisation et de son rayonnement international, la génétique animale est un fleuron de l’agriculture française. Les exportations de bovins reproducteurs en sont l’illustration, avec 128 M€ d’excédent commercial en 2025 malgré les épizooties et les tensions diplomatiques.
Dégradation de la balance commerciale agricole et agroalimentaire, dépendance aux importations d’engrais, décapitalisation… À l’heure où les fragilités de l’agriculture française sont régulièrement pointées du doigt, la dernière lettre économique des chambres d’agriculture s’appuie sur des travaux de FranceAgriMer pour mettre en avant un « maillon fort » de la chaîne : la génétique animale.
La France est de fait le quatrième exportateur mondial de génétique animale et le deuxième à l’échelle européenne, et le secteur contribue positivement au solde du commerce extérieur.
Un excédent commercial de 580 millions d’euros
La France dispose d’une longue tradition de sélection génétique qui a accompagné « le développement de la diversité gastronomique française, la recherche de performances technico-économiques, la qualité des productions et la résistance aux maladies », rappelle l’économiste Clarisse Bonhomme.
Cette tradition s’est progressivement enrichie de nouvelles priorités : bien-être animal, conditions de travail, empreinte environnementale, adaptation au changement climatique.
En 2025, l’ensemble des filières génétiques animales (mammifères, volailles, poissons) a dégagé un excédent commercial de 580 M€.
Sur les cinq dernières années, en se concentrant sur les filières volailles, bovins et porcins, la balance commerciale a atteint une moyenne de 288 M€/an, portée à 52 % par la génétique aviaire et à 43 % par la génétique bovine. Et 2025 a été marquée par une progression « exceptionnelle » de plus de 108 M€ par rapport à 2024 pour ces trois filières cumulées, tirée par la hausse des exportations (+ 119 M€).
Génétique bovine : un marché sous tensions épizootiques
La génétique bovine française repose sur des bases solides : 47 races de vaches – la plus grande diversité mondiale – et environ 50 000 éleveurs engagés dans la sélection. La France est le 4e exportateur européen et le 6e mondial de génétique bovine, avec 62 % des exportations destinées au marché européen.
Mais la filière est particulièrement exposée aux épizooties de FCO, de MHE et de DNC, qui peuvent provoquer des fermetures de frontières.
Le cas de l’Algérie, longtemps premier débouché de bovins reproducteurs français avec jusqu’à 60 % des achats, l’illustre : après une chute de 56,8 M€ à seulement 2,5 M€ en 2021, les exportations avaient repris en 2022-2023 avant d’être à nouveau stoppées depuis 2024 en raison de l’épidémie de MHE.
« La lenteur de la réouverture des frontières algériennes est sans doute accentuée par les tensions diplomatiques entre Paris et Alger », ajoute l’économiste.
En parallèle, la filière a néanmoins su diversifier ses débouchés, en renforçant ses ventes vers l’Italie, l’Espagne, le Maroc, le Sénégal ou le Kosovo. Si bien qu’en 2025, les exportations françaises de bovins reproducteurs ont progressé de 27,9 M€ par rapport à la moyenne 2020-2024, portant la balance commerciale bovine à plus de 128 M€.
Sperme de taureau : un recul inédit en 2025
La note alerte toutefois sur le volet « semences » de la génétique bovine : en 2025, la balance commerciale du sperme de taureau a reculé d’environ 1 M€ par rapport à la moyenne 2020-2024, à 7,56 M€.
Surtout, c’est la première fois depuis 2012 que les exportations de semences bovines diminuent en valeur (- 3,6 M€ par rapport à 2024), notamment parce que la DNC a conduit la Chine, acheteuse majeure, à stopper ses achats de semences françaises en 2025.
Au-delà des fluctuations annuelles, l’analyse des Chambres décrit un secteur structurellement robuste. Les échanges de génétique animale française touchent plus de 120 pays pour les principales filières des animaux de rente.
Cette diversité géographique est présentée comme un facteur de résilience face aux chocs, « qu’ils soient endogènes comme l’évolution erratique de la demande chinoise, d’ordre sanitaire, avec des épizooties qui se multiplient, ou dépendants de la géopolitique ».
« Les filières animales peuvent se targuer de reposer sur des bases solides de génétique animale, maillon qui se distingue par sa diversité, son organisation et son rayonnement à l’international. Des atouts à valoriser pour affronter de grands défis comme celui du changement climatique », conclut-elle.