Cheptel bovin au plus bas depuis 75 ans : le prix du bœuf explose aux États-Unis


TNC le 11/05/2026 à 10:13
FeedlotUSA

La baisse de l'offre et le maintien de la demande portent le prix des bovins outre-atlantique. (© bilanol AdobeStock)

Aux États-Unis, les prix des bovins viande atteignent des niveaux historiques. En cause ? Une demande ferme, malgré la baisse du cheptel américain, au plus bas niveau depuis 75 ans.

Aux États-Unis, le prix de la viande bovine atteint des sommets encore rarement explorés. Dans le « Beef Podcast », un média dédié à l’actualité de la filière viande américaine, le vétérinaire AJ Tarpoff reçoit l’économiste Andrew Griffith pour faire le point sur ces niveaux de prix sans précédent.

À titre d’exemple : « il y a quelques années, on vendait un veau de 250 kg (550 livres) fraîchement sevré pour 750 $. Maintenant, on parle de 2 500 $ », lance Andrew Griffith. « On m’a parlé d’un lot de veaux sevrés et vaccinés d’environ 260 kg (580 livres) qui se sont vendus à plus de 5 000 $ lors d’une vente dans le Tennessee », complète AJ Tarpoff, le présentateur.

En cause ? La décapitalisation bovine. « Nous sommes au plus bas niveau de cheptel allaitant depuis environ 75 ans », note l’économiste. Les sécheresses à répétition et le vieillissement de la population agricole ont eu raison d’une partie du cheptel américain. Mais cette donnée est à relativiser. Les vaches d’aujourd’hui ne sont plus celles de 1950. « Je repense à mes débuts en 2012 : le poids moyen d’un bœuf fini était d’environ 550 à 567 kg. Aujourd’hui, on les abat à un poids de 680 à 703 kg ».

Nous n’avons pas encore trouvé de prix à partir duquel le consommateur refuserait d’en acheter.

En parallèle, la demande porte les prix. Avec l’épisode covid, les Américains ont « découvert qu’ils pouvaient acheter du bœuf en grande surface et le préparer à leur goût », estime l’économiste. L’habitude est restée. Peu importe le prix, la viande bovine trouve preneur. « Nous n’avons pas encore trouvé de prix à partir duquel le consommateur refuserait d’en acheter ».

Le prix de la viande s’est pourtant immiscé dans le débat public. À l’automne, le président Trump annonçait « travailler sur le bœuf », jugeant les prix trop élevés. Son administration a accusé des entreprises du secteur de faire pression sur les prix, et envisagé une hausse des importations. Mais la situation est complexe. Si l’administration a allégé les droits de douane sur la viande bovine, les tensions générées par la guerre commerciale complexifient les échanges. Il n’empêche que les importations de viande brésilienne demeurent historiquement élevées.

L’administration Trump a également négocié un accord commercial avec l’Argentine, permettant l’accès à 100 000 tonnes de viande bovine à droits de douane préférentiels. Mais pour l’économiste, « ce n’est pas si important, la quantité n’est pas énorme ».

Abattoirs entre le marteau et l’enclume

En parallèle, les abatteurs sont dans une situation impossible. Les engraisseurs de bétail peuvent presque fixer leurs prix. « Nos abattoirs paient plus cher le bétail entrant que le bœuf en pièce. C’est une perte garantie », insiste Andrew Griffith.

Dans ce contexte, la restructuration du secteur apparaît inévitable. « Nous allons avoir plus de fermetures d’usines, et celles qui fermeront seront les moins efficaces, celles qui ont de vieux outils nécessitant une modernisation ».

Des perspectives positives pour l’élevage bovin américain

« Actuellement, 40 % des bovins à l’engraissement sont des génisses, ce qui signifie qu’il n’y a pas de rétention », explique Andrew Griffith. Si certains États incitent les éleveurs à recapitaliser, via des allègements des taxes ou des crédits d’impôts, l’économiste craint que ces mesures n’aient pas l’effet escompté. Les sécheresses de ces dernières années sont un véritable frein pour l’élevage : « lorsqu’il fait sec les éleveurs ne pensent pas à recapitaliser même s’ils en ont les moyens. Ils voient surtout qu’ils n’ont pas assez de fourrage à donner à leurs bêtes ».

L’économiste peine à imaginer une recapitalisation du cheptel : « la tendance à long terme est plutôt sur les gains d’efficacité, avec moins de têtes, mais des animaux plus lourds ». Dans ce contexte, difficile d’imaginer un effondrement du prix de la viande américaine. À moins qu’à son tour, la demande nationale ne décroche.

Au-delà des aléas climatiques, l’avenir de l’élevage bovin dépend également de positionnement politique. En l’état, les engraisseurs du sud du pays peinent à s’approvisionner en bétail du fait de l’impossibilité d’acheter des bovins au Mexique. Reste à voir comment se recomposeront les flux commerciaux à l’issue du mandat de Trump.