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Dossier : Conflit russo-ukrainien

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Dans les allées du Salon

Les agriculteurs inquiets des conséquences en cascade de la guerre en Ukraine


AFP le 27/02/2022 à 18:Feb
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Comment la guerre en Ukraine va-t-elle bouleverser les marchés agricoles ? (©Pixabay/TNC)

« On voit que tout va augmenter » : les inquiétudes sur les conséquences du conflit russo-ukrainien se sont invitées au Salon de l'agriculture, où les professionnels s'attendent à voir les échanges perturbés, les prix des engrais et de l'alimentation des animaux flamber.

Dans les allées de la plus grande ferme de France, l’inquiétude est à son comble. « On a terminé mal avec le Covid-19 », qui avait écourté l’édition 2020 du salon et provoqué l’annulation de celle de l’an dernier. « Mais on n’avait jamais commencé » un salon « comme ça », avec la déflagration d’un conflit international, souffle un membre de l’organisation.

La crise géopolitique s’est traduite immédiatement par un bond des cours du pétrole, du gaz (qui sert notamment à fabriquer des engrais) et de certaines matières premières dont le blé, et les acteurs économiques, professionnels de l’alimentation en tête, craignent désormais de fortes perturbations des échanges internationaux.

Cela avait déjà été le cas en 2014, lorsque la Russie avait répondu aux mesures sanctionnant son invasion de la Crimée par un embargo alimentaire sur les produits occidentaux.

Les agriculteurs français ne souhaitent d’ailleurs pas revivre « le syndrome de l’embargo », indique la patronne de la FNSEA Christiane Lambert : « Quand il y a eu l’embargo en 2014, que tous les produits agricoles ont été ciblés, l’Union européenne n’a pas réagi et n’a pas mis en place très tôt un plan d’accompagnement financier pour les agriculteurs et les filières victimes. » « Il est hors de question qu’on trinque une nouvelle fois », a martelé Christiane Lambert.

Pour « sécuriser » au maximum les acteurs de l’alimentation dans ces temps troublés, le gouvernement prépare un « plan de résilience », a annoncé le président Emmanuel Macron lors de sa brève visite inaugurale du Salon de l’agriculture, samedi.

En 2014, l’Europe exportait quelque 750 000 tonnes de viande de porc vers la Russie, dont 10 % de porcs français, des bas morceaux, lard, poitrine, que les Européens consomment moins. « Cette année, zéro », dit Christiane Lambert, selon qui la Russie, qui a depuis construit force porcheries, « n’importe plus un seul kilo de porc européen, voire en exporte déjà vers le Vietnam et vers la Chine ».

Crainte sur la disponibilité des engrais

Selon des chiffres des douanes cités par l’Ania, principale organisation de l’industrie agroalimentaire, la France exporte tout de même encore vers la Russie près de 780 millions d’euros de produits agroalimentaires par an, en premier lieu des boissons alcoolisées, suivies des aliments pour animaux.

Sur le front commercial, certaines filières ne craignent d’ores et déjà plus grand chose car « aujourd’hui on n’exporte plus en Russie » à cause de l’embargo de 2014, a indiqué à l’AFP Sandrine Gaborieau, responsable communication de l’Association nationale Pommes Poires. En revanche, la crise « peut avoir des répercussions » sur ses adhérents du fait de l’impact sur la disponibilité et le prix des engrais, indique-t-elle.

C’est une des principales craintes des céréaliers français, dont certains bénéficieront de la hausse des cours : « Quand on sait que l’Union européenne importe 30 % de ses engrais de la Russie, (…) on voit bien que les choses vont être complètement déréglées dans les mois qui viennent », s’alarme Éric Thirouin, président de l’association des producteurs de blé, association spécialisée de la FNSEA.

Si les céréaliers ont assez d’engrais pour la campagne en cours, « c’est un sujet d’inquiétude » pour la prochaine, indique Jean-François Loiseau, président d’Intercéréales.

Plus fragiles financièrement, les éleveurs, déjà soumis depuis plus d’un an à une flambée des coûts de l’aliment, sont, eux, catastrophés par un nouveau boom des cotations de céréales. « On voit que tout va augmenter », résume Lise Chastang, 54 ans, éleveuse de vaches Aubrac dans le Cantal.

La France, qui produit plus de blé qu’elle n’en consomme, est à l’abri de la pénurie. Mais Éric Thirouin s’attend à une envolée des prix « certainement incontrôlable » et dévastatrice pour des pays importateurs, « avec des répercussions en domino, notamment pour l’Afrique du Nord et le reste de l’Afrique ».

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