Un nouveau contrat à terme sur l’huile de colza, adossé à un indice Argus Media


TNC le 21/10/2026 à 17:00
HuileColza

Jusqu'ici, huile de colza ne faisait l’objet d’aucun contrat à terme. (© AdobeStock, MAXSHOT_PL )

La Bourse américaine CME Group a lancé un contrat à terme sur l’huile de colza européenne, réglé en espèces sans livraison physique, contre une référence de prix publiée par Argus Media. Pour les intervenants français, l’intérêt annoncé est double : une plus grande transparence sur les prix à terme de l’huile, « principale source de valeur de la graine de colza », et « un outil direct d’arbitrage et de couverture pour toute la filière ».

La Bourse américaine CME Group a lancé un contrat à terme sur l’huile de colza européenne. Un maillon de la filière jusqu’ici dépourvu d’outil de couverture satisfaisant, explique Sébastien Poncelet, directeur du développement d’Argus Media France, lors de la conférence de presse de rentrée du cabinet, le 27 août à Paris.

Pourquoi un contrat à terme sur l’huile de colza ? D’abord parce que les prix bougent beaucoup : « Qui dit prix qui progressent dit aussi prix en tension, avec énormément de volatilité. Donc, qui dit volatilité dit risque pour les marges des opérateurs », souligne-t-il.

Or, pour se couvrir contre ces variations, les opérateurs ne disposaient que de deux solutions, imparfaites l’une comme l’autre.

Le contrat à terme européen sur la graine de colza, d’abord, mal corrélé aux produits transformés : « Même si on a colza dans le nom, on est très éloigné du produit final », relève l’analyste.

Le « marché papier » de Rotterdam sur les huiles végétales, ensuite : un marché de gré à gré historique, utilisé par les acteurs de l’agroalimentaire et du trading, mais pas par l’industrie du biocarburant. Il comporte deux risques. D’une part, celui de devoir livrer réellement de l’huile : faute de pouvoir revendre ou racheter son contrat, on peut « se retrouver en livraison » alors qu’on cherchait seulement à sécuriser un prix. D’autre part, celui de voir sa contrepartie faire défaut, puisqu’aucune chambre de compensation n’intervient pour garantir le paiement.

« Le produit central dans tout ça, c’est l’huile de colza, où jusqu’à présent il manquait des solutions de couverture », résume Sébastien Poncelet.

Pas de livraison physique

Baptisé European fob Dutch Mill Rapeseed Oil (Argus), le nouveau contrat porte sur 20 tonnes métriques, un volume réduit par rapport aux contrats sur céréales ou graine de colza, ce qui s’explique par la valeur du produit (entre 1 200 et 1 500 €/t). Il est coté en €/t, avec 15 échéances mensuelles consécutives. La compensation est assurée par CME Clearing, la chambre de compensation de la Bourse de Chicago.

Surtout, il n’y a pas de livraison physique : c’est le principe du cash settlement, un règlement en espèces à l’échéance. Celui-ci s’effectue « contre une moyenne de prix de référence », en l’occurrence le prix Argus RSO (rapeseed oil) fob Dutch Mill prompt, « cotation de référence issue des usines de trituration néerlandaises sur le rapproché », relevée chaque jour de cotation du mois d’échéance.

Ce mécanisme, assure Sébastien Poncelet, supprime le risque de livraison, facilite les entrées et sorties de position, force la convergence entre marché physique (cash) et cours de règlement à échéance (settlement), et se déploie plus vite qu’un contrat à livraison, qui implique de référencer des points de livraison.

« De plus en plus de nouveaux contrats se développent dans le monde des matières premières et de l’agriculture, basés sur du cash settlement et des références de prix. », observe-t-il.

Tout dépend ensuite de la liquidité : trouver, quand on veut se couvrir, quelqu’un prêt à prendre la position inverse. « Puisqu’on est sur un marché à terme sans livraison et qu’il n’y a pas de risque de contrepartie, la confiance est là, les opérateurs viennent, la liquidité est là, et là on a un cercle vertueux », estime l’analyste.

1 235 lots en position ouverte au 20 octobre

Avec à la clé l’arrivée possible d’intervenants financiers : « C’est important d’avoir des opérateurs financiers sur un contrat à terme pour amener de la liquidité, pour que, face à l’opérateur physique qui veut gérer son risque, sécuriser ses marges, quelqu’un prenne le risque opposé face à lui. »

Quant au choix de la référence Argus, Sébastien Poncelet le justifie par l’usage déjà établi dans la filière : en Europe, « toutes les transactions spot de biodiesel de colza sont indexées sur la cotation de référence d’Argus. […] La suite logique, en descendant dans la filière, c’est d’employer également la référence d’Argus sur l’huile de colza ».

Dans un contrat sans livraison, tout repose sur cette référence, qui détermine à l’échéance ce que chaque opérateur paie ou encaisse. Publié depuis 2010, l’indice RSO fob Dutch Mill reflète les transactions au départ des usines de trituration néerlandaises et repose sur « des discussions quotidiennes avec un large panel d’acheteurs, de vendeurs et d’intermédiaires ».

Listé par la Bourse de Chicago en avril 2025, le contrat a été ajusté au printemps 2026. Au 25 août, 810 lots étaient en position ouverte, soit 16 200 t. « Comme tout marché à terme, il faut le temps que ça se mette en place », reconnaît Sébastien Poncelet. Au 20 octobre, la position ouverte atteignait 1 235 lots, soit 24 700 t.

Pour les intervenants français, l’intérêt annoncé est double : une plus grande transparence sur les prix à terme de l’huile, « principale source de valeur de la graine de colza », et « un outil direct d’arbitrage et de couverture pour toute la filière : les acteurs de la trituration, les acteurs de l’agroalimentaire, les acteurs du biodiesel ».