Fortes gelées

Sonnés, les agris commencent à dresser l’état des lieux d’une « semaine noire »


AFP le 09/04/2021 à 09:53
« Au moment où cet épisode de froid sera passé (...) nous allons nous réunir avec l'ensemble des filières pour évaluer précisément les dégâts, voir comment on peut apporter des soutiens », a déclaré Julien Denormandie. (©TNC)

« Au moment où cet épisode de froid sera passé (...) nous allons nous réunir avec l'ensemble des filières pour évaluer précisément les dégâts, voir comment on peut apporter des soutiens », a déclaré Julien Denormandie. (©TNC)

Les efforts nocturnes des agriculteurs pour limiter les dégâts du gel, en dispersant des braseros entre leurs vignes ou en aspergeant d'eau les vergers pour créer une coque de glace autour des bourgeons, n'ont pas suffi : les cultures sont sévèrement touchées dans plusieurs régions de France. Et le ministre de l'agriculture Julien Denormandie a annoncé jeudi soir que le régime de calamité agricole allait être activé et des aides mobilisées.

« Les dernières nuits marquées par une chute historique des températures et des gelées destructrices viennent de mettre un coup d’arrêt à la floraison et menacent fortement plusieurs filières de production agricole », a souligné jeudi le syndicat agricole majoritaire FNSEA, dans un communiqué.

Vignes, arbres fruitiers mais aussi colza ou légumes de plein champ… un grand nombre de cultures sont potentiellement atteintes sur un large secteur allant du nord de la France à la vallée du Rhône, en passant par le bordelais.

« Dans de nombreuses régions, du nord au sud et de l’est à l’ouest, les dégâts sont impressionnants chez les viticulteurs et chez les arboriculteurs. La détresse est grande aussi dans le monde des  grandes cultures ! Les impacts sur le  colza, en pleine floraison, sont dramatiques, comme sur les semis de  betteraves : de très nombreux planteurs vont devoir ressemer plus de la moitié de leur surface », selon la FNSEA.

Craintes pour la vigne et les fruits

« On sait déjà qu’on va avoir une très faible récolte en 2021 », a déclaré à l’AFP Jean-Marie Barillère, président du Cniv qui réunit les interprofessions des vins AOP et IGP. Le gel, qui a commencé à sévir il y a quatre jours, a « touché 80 % du vignoble français ». « Les arboriculteurs et les viticulteurs viennent de vivre une semaine noire », résume-t-il. Selon le Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB), il est « déjà certain que ce gel du printemps impactera sévèrement le volume de la récolte 2021 »: le gel a « durement frappé » de vastes zones du vignoble du Bordelais. Dans la vallée du Rhône, les premières remontées de terrain laissent craindre le pire.

Plus encore pour les arboriculteurs, dont les productions étaient plus avancées, que pour les vignerons. « Pêches, nectarines, abricots vont être rares sur les étals cette année », estime Daniel Sauvaitre, président de l’association nationale des pommes et des poires (ANPP). « Tout l’enjeu, c’est de savoir s’il reste suffisamment de fleurs qui soient encore vertes pour faire une récolte », a-t-il ajouté auprès de l’AFP.

Quelle évaluation des dégâts ?

« On est aujourd’hui face à une situation qui est tout à fait exceptionnelle, qui est particulièrement difficile », a détaillé jeudi soir sur France Info le ministre de l’agriculture Julien Denormandie, évoquant une « violence assez inédite ». Il faudra « quelques jours pour mesurer précisément l’ampleur des dégâts », a-t-il aussi déclaré jeudi sur Public Sénat. Mais une chose est déjà sûre à ce stade, « les pertes sont importantes », a prévenu le ministre, estimant que c’est un « nouveau coup dur » dans un contexte « déjà difficile pour nos agriculteurs », notamment les viticulteurs qui ont vu « beaucoup de débouchés se fermer du fait du confinement ».

« Au moment où cet épisode de froid sera passé (…) nous allons nous réunir avec l’ensemble des filières pour évaluer précisément les dégâts, voir comment on peut apporter des soutiens », a déclaré Julien Denormandie.

Déjà des appels à l’aide

La FNSEA « appelle à une réaction rapide des pouvoirs publics » qui doivent « envisager dès à présent les mesures d’indemnisation permettant à chacun de passer l’année difficile qui s’annonce ». […] « Dans les cultures qu’on dit « assurables », je pense par exemple aux vignes, à la grande culture, il va nous falloir mobiliser très fortement les assureurs », avait souligné jeudi matin Julien Denormandie. Pour les cas où les cultures ne sont pas assurées, « on va lancer notamment la mise en œuvre du régime de calamité agricole », a promis jeudi soir le ministre sur France Info, tout en ajoutant vouloir « étudier également les dispositifs fiscaux habituels ».

Dans un communiqué, le syndicat agricole Modef demande que « les préfets réunissent en urgence le Comité national de gestion des risques en agriculture (CNGRA) afin que les départements concernés puissent être reconnus au titre des calamités agricoles ». Il souhaite « que l’État abonde le fonds des calamités agricoles à hauteur des besoins ».

De son côté, le groupe Les Républicains au Sénat a appelé Julien Denormandie « à faire rapidement un état des lieux et à mettre en œuvre des mesures concrètes et exceptionnelles pour sauver les exploitations agricoles dans la tourmente ».

Et la suite ?

Les agriculteurs redoutent la survenue d’un nouvel épisode de gel, possiblement en début de semaine prochaine. « Et nous ne sommes que mi-avril, on peut geler jusque début mai », souffle M. Sauvaitre.