Météo plus propice et lassitude géopolitique pèsent sur les cours mondiaux des grains


AFP le 10/06/2026 à 19:02
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Les cours mondiaux du blé, du maïs et du soja sont globalement orientés à la baisse. (© Gam-Ol, Pixabay)

À Chicago comme en Europe, les prix des céréales sont orientés à la baisse, la météo plus favorable reléguant au second plan les préoccupations liées à la guerre au Moyen-Orient.

Sur le Vieux Continent, les analystes font état de « belles perspectives de production, avec une météo qui est redevenue favorable aux cultures en Europe de l’Ouest après la canicule de la dernière semaine de mai », explique à l’AFP Sébastien Poncelet, analyste chez Argus Media France.

Même son de cloche outre-Atlantique, où la saison de pousse a démarré : « les premières évaluations de l’état des cultures d’été ont montré que celles-ci se portaient plutôt bien », note Arlan Suderman, analyste pour la plateforme de courtage StoneX.

Ces projections ont conduit les fonds à lancer un « mouvement de liquidation », selon Sébastien Poncelet, un renversement de tendance par rapport à la course aux achats de février-mars.

Ainsi, à la Bourse de Chicago, le boisseau de blé (27 kg) s’échangeait à 5,89 dollars mercredi, pratiquement au plus bas depuis avril. Il est 80 cents moins cher que le pic observé mi-mai.

Le maïs et le soja américains ont suivi le même mouvement.

Sur Euronext, le blé continuait de s’afficher mercredi à un plus bas depuis février, à 203 euros la tonne. « Le support psychologique des 200 euros (…) tient bon pour l’instant », remarque M. Poncelet.

L’analyste assure toutefois que « la chute (des cours) a été amortie en Europe par rapport aux Etats-Unis », notamment par le renforcement du dollar par rapport à l’euro, qui rend les denrées européennes plus attractives.

 « Va-et-vient incessants » 

En parallèle, le soutien apporté aux cours par la prime de risque géopolitique liée au Moyen-Orient s’amenuise, et les céréales se détachent peu à peu de la trajectoire ascendante du pétrole.

Le conflit n’a d’ailleurs pas eu d’impact notable sur l’approvisionnement du monde en céréales.

« Les opérateurs sont lassés des gros titres et de ces va-et-vient incessants sur un potentiel accord de paix » entre Washington et Téhéran, explique Arlan Suderman.

« Ils en viennent donc à se concentrer sur les fondamentaux habituels de cette période de l’année. » Aux Etats-Unis, cela se traduit par le retour des questionnements sur les commandes chinoises de soja.

La Maison Blanche a annoncé mi-mai que Pékin achèterait « au moins 17 milliards de dollars par an de produits agricoles américains en 2026 (au prorata des mois restants), 2027 et 2028, en plus des engagements d’achat de soja qu’elle a pris en octobre 2025. »

Cette perspective a initialement suscité un certain enthousiasme sur le marché américain, avant de s’estomper progressivement, les investisseurs doutant que Pékin honore pleinement cet engagement.

Demande en biocarburants

« En général, la Chine s’approvisionne en soja et en maïs en Amérique du Sud jusqu’en août ou septembre environ, puis elle se tourne davantage vers les États-Unis à partir de cette période », note Dewey Strickler, analyste chez Ag Watch Market Advisors.

Les cultivateurs américains de soja devront donc s’armer de patience avant de pouvoir jauger les besoins chinois.

Bien qu’en baisse, le cours de l’oléagineux devrait trouver un certain soutien grâce à la demande en biocarburants, relancée par le gouvernement de Donald Trump avec une hausse des quotas imposés aux raffineurs, estime Arlan Suderman.

Les marchés se préparent aussi à accueillir l’actualisation des prévisions du ministère américain de l’Agriculture (USDA) sur les récoltes mondiales pour la campagne en cours.

Dans la dernière édition de son rapport, le ministère avait anticipé une récolte de blé aux Etats-Unis bien moins importante qu’en 2025. Une réévaluation à la hausse sera un facteur baissier pour les cours.

Selon Sébastien Poncelet, l’USDA ajuste en revanche rarement ses prévisions pour le maïs et le soja lors de ce rapport de juin, préférant attendre les données sur les surfaces semées publiées plus tard dans le mois.