Marchés des céréales et oléoprotéagineux

Les cours des grains sous la menace d’une crise financière en 2020


TNC le 03/10/2019 à 19:22
Un ensemble d'indicateurs laisse présager une crise financière en 2020 (©Pixabay) 

Un ensemble d'indicateurs laisse présager une crise financière en 2020 (©Pixabay) 

Certains analystes redoutent l’arrivée d’une nouvelle crise financière en 2020, qui pourrait faire vaciller les cours des céréales et oléoprotéagineux. Selon Laurent Crastre et Nathan Cordier, experts du marché des grains respectivement chez Tallage et Agritel, la demande mondiale pourrait être fortement impactée en cas de crise financière, tout comme les taux de change. Ce qui ne sera pas sans incidence sur le prix des grains.

« Il faut se préparer à vivre une crise financière mondiale sans précédent avant la fin 2020 », pouvait-on lire dans un article du Parisien en mars dernier, qui rapportait les propos de Georges Ugeux, ancien vice-président de la Bourse de New-York. Les rumeurs et les craintes n’ont cessé de croître ces derniers mois, et de plus en plus de personnes sont convaincues qu’une nouvelle crise arrive à grands pas. Les marchés agricoles seraient largement impactés et les cours risqueraient de fortement fluctuer. Une crise ne serait bonne ni pour l’économie mondiale, ni pour la consommation, qui en baissant pourrait créer un déséquilibre et avoir un impact baissier sur les marchés.

Un risque sur la deuxième partie de campagne

La demande mondiale n’a cessé d’augmenter ces dernières années, notamment à cause de la croissance démographique, de l’augmentation de la production de biocarburants en tant qu’alternative renouvelable au pétrole, de l’évolution des habitudes alimentaires ainsi que des préférences de consommations. Toutefois, « l’économie mondiale est en train de se retourner, que ce soit en Europe ou aux USA, mais aussi en Chine ; et cela ne s’annonce pas bon pour la demande », indique Laurent Crastre, analyste marché des grains chez Tallage. « Si on baisse la croissance du PIB de l’ensemble du monde, cela engendrerait une baisse de la demande, couplée à des problèmes liés au niveau du change. Actuellement, personne n’a de certitudes sur le déroulement de cette récession et de la façon dont elle pourrait vraiment impacter le marché des devises notamment. Mais en discutant avec les clients, on se rend compte que cela fait partie des éléments qui pourraient peser globalement sur la deuxième partie de campagne », explique-t-il.

La BCE fait tourner la planche à billets

Laurent Crastre, analyste marché des grains chez Tallage (©Laurent Crastre)

Il ne s’agit pas d’une simple rumeur. Des éléments concrets viennent appuyer le scénario catastrophe qui se prépare. « Si on s’intéresse aux statistiques industrielles en Allemagne, on constate que l’activité manufacturière est en forte baisse depuis près d’un an », illustre Laurent Crastre. « On voit aussi qu’en Europe, la BCE est repartie à faire du quantitative easing (que l’on peut traduire par « assouplissement quantitatif »), elle fait tourner la planche à billet pour réinjecter de l’argent dans l’économie tout en maintenant des taux très faibles d’emprunt pour les banques. Ça ne sent pas bon, on ne fait pas ça par hasard. Aux USA, on a baissé les taux d’emprunt de la Fed et certains observateurs pensent qu’a priori, on se dirigerait vers la planche à billets. Ce n’est pas encore fait mais ça ne saurait tarder. » L’analyste poursuit en expliquant que ce ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres. « Il y a tout un ensemble d’indicateurs qui laissent très fortement penser que nous avons atteint un pic et que nous sommes en train d’amorcer une descente. J’espère qu’elle ne sera pas trop raide. […] Cela aura tout un ensemble d’implications sur la demande mondiale, et donc sur les marchés », ajoute-t-il pour conclure.

Beaucoup de « si »

Nathan Cordier, responsable de l’analyse de marché chez Agritel (©Nathan Cordier)

« L’ impact précis qu’une crise pourrait avoir sur les marchés agricoles reste difficile à mesurer », confirme Nathan Cordier, responsable de l’analyse de marché chez Agritel. « Les conséquences dépendraient de plusieurs facteurs, notamment de l’ampleur de la crise financière et de sa localisation. Si nous étions face à une crise qui touche essentiellement les États-Unis par exemple, cela serait baissier pour le dollar et on aurait un euro qui se renchérit fortement. Mécaniquement, ça ferait baisser les cours chez nous », explique-t-il. « On pourrait aussi partir du principe qu’en cas de crise, il y aurait moins de demande. Or, si on est dans un contexte d’excès d’offre, cela pèsera évidemment sur les marchés », précise Nathan Cordier, rejoignant ainsi l’avis de l’analyste du cabinet Tallage. « Les gens seraient également moins enclins à se couvrir sur de longues périodes. On serait vraiment dans une période compliquée ! »

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