Hausse des cours des céréales

La situation climatique au Brésil exacerbe une inquiétante volatilité des prix


TNC le 29/04/2021 à 18:12
Au Brésil, la production de maïs, qui arrive souvent en deuxième culture après le soja, risque d'être impactée par un mois d'avril sans précipitations. (©Pixabay)

Au Brésil, la production de maïs, qui arrive souvent en deuxième culture après le soja, risque d'être impactée par un mois d'avril sans précipitations. (©Pixabay)

La production brésilienne de maïs, issue essentiellement de la « Safrinha » - la deuxième récolte de la saison après le soja – est particulièrement incertaine cette année à causes d’aléas climatiques majeurs. De quoi alimenter, selon Agritel, une « inquiétante volatilité des prix » des céréales déjà exacerbée par « l’appétit sans précédent des fonds spéculatifs sur ces marchés ».

Une activité intense des fonds spéculatifs sur les marchés, une météo extrêmement capricieuse en cette fin avril au Brésil, pays majeur dans la production de maïs :  voilà le cocktail du moment pour alimenter, selon Agritel, une « inquiétante volatilité des prix » des principales céréales.

« Alors que la demande chinoise reste soutenue et que les stocks des grands pays exportateurs de céréales sont très faibles, la situation actuelle très tendue pourrait devenir explosive en cas d’incident climatique », explique le cabinet d’analyses et de conseils sur les marchés agricoles.

Le Brésil, « maillon faible » du marché céréalier mondial

Partout chez les principaux producteurs de maïs, – Amérique du Nord, Europe, autour de la mer Noire ou en Amérique du Sud, « les conditions climatiques actuelles sont mitigées pour le bon développement des cultures », rappelle Sébastien Poncelet, Directeur du développement au sein du cabinet Agritel. « Mais c’est le Brésil, deuxième exportateur mondial de maïs, qui « inquiète particulièrement et apparaît plus que jamais comme le maillon faible du marché mondial des céréales. »

C’est sur le maïs brésilien que nous constatons à ce jour les plus grosses pertes de potentiel de production.

« Le Brésil est désormais devenu un acteur majeur et incontournable du marché mondial : la production de maïs a atteint les 100 Mt l’an passé contre 35 Mt il y a vingt ans », rappelle Agritel. « Le maïs suit le développement exponentiel du soja dans le pays. Et pour cause : 75 % des surfaces de maïs au Brésil sont semées en 2ème récolte en février sitôt le soja moissonné. On parle traditionnellement de la « Safrinha », soit en portugais : la petite récolte qui arrive en deuxième » explique Sébastien Poncelet.

Même si cultiver deux cultures par an est un atout pour l’agriculture brésilienne, c’est surtout un réel challenge que de « faire pousser du maïs à contre-saison et en moins de cinq mois », détaille Sébastien Poncelet.

Selon les régions de ce pays, grand comme 15 fois la France, les difficultés rencontrées sont différentes. Au centre, c’est la saison sèche avec une absence de pluie durant quatre mois dès la mi-mai. Dans le sud, c’est le gel avec un risque de températures négatives dès début juin. L’impact de ces facteurs climatiques peut entraîner des pertes très conséquentes pour le maïs.

Pour le spécialiste d’Agritel, la « Safrinha » est à très haut risque cette année : « Avec les intempéries, la récolte du soja a été retardée de 2 à 3 semaines et les semis de maïs qui devaient suivre ont été réalisés en dehors de la fenêtre climatique idéale pour 25 % des surfaces. Pour ne rien arranger, le mois d’avril vient de connaître une importante sécheresse avec des précipitations, inférieures de 50 % à la moyenne sur les zones de maïs. Une situation qui devrait perdurer les deux prochaines semaines selon les modèles météo ».

La production totale de maïs au Brésil, initialement attendue par l’USDA à 109 Mt pour la campagne 2020/2021, est donc largement remise en cause : « Nous estimons que le pays a déjà perdu 10 millions de tonnes. Et si rien ne change très rapidement, les pertes risquent de s’aggraver. » prévient Sébastien Poncelet.

Incidences possibles dans le potentiel d’importation en Europe

Selon lui, toute perte de récolte engendrera mécaniquement une baisse de l’offre de maïs sur le marché mondial. « Ce probable manque brésilien, il faudra le compenser par du maïs américain, par du blé ou par un rationnement de la demande. C’est l’Europe qui risque d’être la plus touchée car habituellement les 2/3 de nos importations de maïs d’août à octobre proviennent du Brésil » précise Sébastien Poncelet avant de conclure : « La nouvelle campagne qui va débuter en céréales risque d’être tout aussi volatile que la précédente avec de nombreux risques pour l’ensemble de la filière ».

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