La fin de l’abondance en 2026-27 : récoltes de céréales en baisse et prix en hausse


AFP le 13/05/2026 à 21:45
e2206963-6-la-fin-de-l-abondance-en-2026-27-recoltes-de-cereales-en-baisse-et-prix-en-hauss

Pour certains, ces projections à la baisse de la récolte mondiale de blé semblent excessives. (© New Africa/Adobe stock)

Les récoltes mondiales de céréales sont attendues en repli en 2026-27 : la fin d'une période d'abondance des productions et de stocks dodus se traduit sur les marchés par une hausse des cours du blé, maïs et soja.

Le rapport du ministère américain de l’Agriculture (USDA) sur les prévisions de productions, exportations et stocks mondiaux, publié mardi soir et très attendu chaque année à cette période, a offert une première vision de la nouvelle campagne – qui s’ouvre avec les premières moissons de juillet dans l’hémisphère Nord.

Mardi soir, l’ensemble des grains – blé, maïs, soja ou colza – ont vu leurs cours s’envoler après la publication du rapport. Le prix du blé, céréale du pain, a bondi de près de 7 % par rapport à lundi à la Bourse de Chicago, tandis que le maïs et le soja voyaient leurs cours monter plus modérément, entre 1 et 1,5 %. Le mouvement de hausse, plus modéré, s’est poursuivi mercredi.

Moisson européenne sous-estimée ?

Ce rapport, dit Wasde, sonne la fin de l’abondance : pour 2027-26, l’USDA voit la production mondiale de blé tomber à 819,1 millions de tonnes (-3 % par rapport à la campagne précédente), tirée vers le bas par les principaux exportateurs comme les Etats-Unis, l’Union européenne (UE), l’Argentine et l’Australie.

La production américaine, qui refluerait de 11 millions de tonnes, accuse le coup d’une sécheresse inquiétante dans les Grandes plaines. « Au Kansas, principal État producteur de blé, l’USDA a récemment indiqué que 65 % de la couche arable et 64 % du sous-sol présentaient un déficit hydrique », relève Carsten Fritsch, de Commerzbank.

En conséquence, le rapport anticipe une baisse des stocks finaux de la céréale, ce qui alimenterait encore le renchérissement de la graine.

Toutefois, pour Argus Media, ces projections à la baisse de la récolte mondiale de blé semblent excessives. « Nous estimons que l’USDA sous-estime les productions de blé de 8 à 10 millions de tonnes en Europe et en Russie, où les conditions de culture sont encore très bonnes », a déclaré à l’AFP Maxence Devillers, analyste chez Argus Media. « Il est normal que les prévisions de production baissent après les rendements exceptionnels de l’an dernier. Mais à ce stade, pour nous, l’USDA tend artificiellement le bilan mondial », a-t-il ajouté.

Certains analystes estiment que l’USDA a intégré de multiples facteurs de risques: outre une baisse des surfaces cultivées en blé ou en maïs, une dose d’incertitude est liée à l’arrivée du phénomène climatique El Nino et à la poursuite du conflit au Moyen-Orient.

Ainsi, « le marché des céréales et oléagineux est sous l’effet de plusieurs facteurs haussiers », et notamment d’une « offre d’engrais plus restreinte », pour Arlan Suderman, de la plateforme de courtage StoneX.

Engrais hors de prix

Depuis le début du blocage du détroit d’Ormuz en février, le prix de la solution azotée – la plus utilisée en Europe – a « augmenté de 30 à 40 % », ce qui aura des répercussions sur les semis et les rendements, a indiqué mercredi l’établissement public français FranceAgriMer, notamment en charge de la diffusion de données économiques agricoles.

« Semer, pas semer ? Beaucoup d’agriculteurs se posent la question. Les coûts des engrais sont colossaux. On ne peut pas produire à perte », a souligné Benoît Piétrement, président du conseil spécialisé des grandes cultures de FranceAgriMer, alors qu’il faut, au cours actuel, « 2,5 tonnes de blé pour acheter une tonne d’engrais » selon l’organisme.

Concernant le maïs, la production mondiale est attendue à 1.295 millions de tonnes (-1%). La baisse attendue des stocks mondiaux est plus attribuée à une consommation en croissance qu’à une diminution des surfaces cultivées, bien que certains arbitrages soient d’ores et déjà attendus en faveur du soja au détriment du grain jaune aux Etats-Unis.

Quant au soja, « les hausses de production (+3% à 441,5 millions de tonnes) sont mangées par les hausses de consommation : donc au final, malgré des productions record, on se retrouve avec des stocks à peu près stables », relève Maxence Devillers.

Ce qui fait monter les prix de l’oléagineux, outre l’augmentation de la demande pour les biocarburants, c’est la rencontre Xi Jinping-Donald Trump, attendue depuis des mois côté américain pour relancer les achats chinois de soja aux Etats-Unis.