Géopolitique et menace climatique enflamment le marché des huiles


AFP le 28/05/2026 à 05:15
03ab5d3d-b-geopolitique-et-menace-climatique-enflamment-le-marche-des-huiles

Les prix des huiles sont en moyenne 50 % plus élevés aujourd'hui que début 2020. (© Miha Creative/adobe stock)

La hausse des cours du pétrole liée à la guerre au Moyen-Orient et la menace du phénomène climatique El Niño font flamber les cours mondiaux des huiles végétales et des oléagineux dont elles sont issues, du soja à l'huile de palme.

Plus qu’une poussée de fièvre, c’est une tendance de fond qui s’installe depuis début 2026 : une hausse quasi continue du prix des huiles, de la Bourse de Kuala Lumpur où l’huile de palme caracole à plus de 1 000 dollars la tonne soit une hausse de plus de 25 % en cinq mois, à la Bourse de Chicago où l’huile de soja a vu son prix bondir de 15 % sur la même période.

« Les cours du blé, qui avaient flambé entre la crise du Covid et l’invasion russe de l’Ukraine, sont retombés à des niveaux inférieurs à 2020. A l’inverse, du côté des huiles, les prix sont en moyenne 50 % plus élevés aujourd’hui que début 2020 », relève Sébastien Poncelet, analyste des marchés agricoles chez Argus Media.

« Avec la guerre en Iran et la hausse significative des cours du pétrole, on a vu se réactiver l’intérêt pour les agrocarburants et les énergies renouvelables. Tous ceux qui faisaient déjà du biodiesel augmentent leurs capacité, et ceux qui n’en faisaient pas veulent s’y mettre », explique Antoine de Gasquet, président de la société de courtage en huiles Baillon-Intercor.

« Obligation » d’incorporation

Le contexte politique est favorable, relève-t-il, « parce qu’avec un pétrole à 100 dollars, les populations sont plus enclines à entendre un discours sur les agrocarburants ».

La situation est toutefois diverse selon les cultures et les zones de production.

Aux Etats-Unis, les cours du soja sont ainsi soutenus à la fois par les récents accords commerciaux avec la Chine et par « la décision du gouvernement Trump d’augmenter très significativement les mandats pour les biocarburants », c’est-à-dire une augmentation de différents quotas d’incorporation d’huiles.

« L’obligation d’utiliser des biocarburants joue un rôle majeur » dans le maintien des prix « car elle garantit aux États-Unis une demande solide », souligne Arlan Suderman, analyste pour la plateforme de courtage StoneX.

Il relève même un « risque de pénurie de soja aux États-Unis » si la Chine tient ses engagements d’acheter 25 millions de tonnes de la graine oléagineuse en 2026, alors que les agriculteurs n’arbitreront qu’en octobre-novembre prochain leurs arbitrages entre cultures – et notamment entre maïs et soja.

Mais d’ores et déjà, relève M. de Gasquet, la production de biodiesel aux Etats-Unis est attendue à « 16,5 millions de tonnes en 2026-27, contre 13,2 Mt l’année précédent ». Et le pays importe même de l’huile du Canada pour satisfaire la demande.

L’Indonésie, qui est le premier producteur d’huile de palme avec 50 millions de tonnes annuelles, veut aussi pousser au maximum l’incorporation d’huile dans son carburant.

Objectif B50

Le président indonésien Prabowo Subianto a annoncé il y a une semaine que les ventes de toutes les ressources naturelles, à commencer par l’huile de palme, devraient à l’avenir transiter par des entreprises d’État désignées par le gouvernement.

Une mesure visant à optimiser les recettes fiscales de l’État – et à alléger la facture de produits pétroliers – alors que le pays a annoncé fin mars son intention d’augmenter l’utilisation d’huile de palme dans les biocarburants en 2026, en incorporant jusqu’à 50 % (B50, contre du B45 actuellement).

Depuis quelques années, le biodiesel s’est imposé comme débouché valorisant et palliatif à la faible capacité de stockage de l’Indonésie dont l’huile est embarquée sur les navires en attendant d’être vendue : ces « stocks flottants » se dégradent vite et les invendus sont utilisés pour faire du biodiesel, rappelle Antoine de Gasquet.

Quant à l’Europe, la baisse de la production de tournesol ces deux dernières années, a eu pour effet de favoriser la culture du colza, autre graine oléagineuse dont les prix se sont envolés de près de 20 % depuis la fin 2025, s’échangeant à plus de 525 euros la tonne sur Euronext.

Au niveau mondial, les prix des huiles sont soutenus par la menace du phénomène El Niño sur l’Asie, où un temps trop sec amoindrirait les récoltes de noix de palme, souligne Antoine de Gasquet.