Gard : des agriculteurs et des recruteurs jugés pour l’exploitation de saisonniers
AFP le 06/10/2026 à 18:00
Semaines de soixante heures, menaces, hébergement sordide : une quinzaine d'ouvriers agricoles étrangers travaillant dans deux exploitations du Gard demandent la condamnation de leurs recruteurs et employeurs jugés mardi devant le tribunal correctionnel de Nîmes.
Les victimes, de nationalité marocaine, ont lancé l’alerte lors d’une inspection du travail dans les exploitations arboricoles de Saint-Gilles, dans le Gard, où elles ont travaillé de 2022 à 2025.
Ces ouvriers ont raconté avoir été recrutés au Maroc par un couple d’intermédiaires, Hamid B., lui-même travailleur saisonnier à Saint-Gilles, et son épouse, Nazia K. Pour être embauchés, ont-ils dénoncé, ils ont dû payer chacun 12 000 euros en liquide, en échange d’un contrat leur garantissant de travailler trois saisons de 6 mois, espérant ainsi gagner 2 000 à 3 000 euros par mois.
Le couple est jugé à Nîmes pour traite d’êtres humains, tout comme un dirigeant d’exploitation agricole. Un second exploitant gardois, en lien avec ces recruteurs, comparaît notamment pour avoir recouru à du travail dissimulé.
Les saisonniers devaient aussi débourser 150 euros par mois pour le logement dans lequel ils n’avaient « pas de literie suffisante », a rappelé le président du tribunal, de sorte que certains « dormaient à même le sol ». Le couple de recruteurs retenait leurs pièces d’identité.
Les ouvriers travaillent 60 heures par semaine dans les champs, « sans eau en quantité suffisante », avec des pauses « limitées » et dans un climat qualifié de « désagréable » par le président, puisqu’ils « sont menacés, victimes de brimades de la part d’Hamid et son frère ».
A la fin du mois, relèvent encore les plaignants, la rémunération ne correspond pas au temps travaillé, les heures supplémentaires pas payées comme telles et s’ils veulent revenir l’année suivante, les saisonniers doivent de nouveau payer.
A la barre, Hamid B., en costume noir, a rejeté en bloc les accusations, se présentant comme un « simple ouvrier » qui ne « sait ni lire ni écrire ». Les vidéos montrant des ouvriers travaillant dans son jardin personnel, le weekend ? « Ils ont fait ça pour faire leur pub », accuse-t-il. Celles où il est filmé en train de compter des liasses de billet ? « Un piège ! pour les réseaux sociaux ».
Le quinquagénaire n’a pas non plus su expliquer les dizaines de milliers d’euros versés en liquide ou en chèque sur ses comptes et ceux de son épouse, assurant avoir toute sa vie « travaillé dur, économisé ». Les réquisitions sont attendues d’ici la fin de la journée.