Comment gérer les excédents de pommes de terre ?
TNC le 28/04/2026 à 18:12
Malgré les dispositifs mis en place pour écouler les stocks excédentaires de la récolte 2025, « force est de constater que des volumes de pommes de terre devront encore être gérés au sein des exploitations », alertent les acteurs de la filière. Ils rappellent les solutions envisageables à ce jour, et les conditions à respecter face aux enjeux sanitaires que cela représente.
Dons alimentaires, alimentation animale, méthanisation : plusieurs dispositifs ont été mobilisés pour écouler les stocks de pommes de terre de la récolte exceptionnelle de 2025, mais « des volumes excédentaires devront encore être gérés au sein des exploitations », estiment Arvalis, le CNIPT, le GIPT et l’UNPT dans une note commune.
Parmi les solutions envisagées, épandre au champ les pommes de terre non valorisées peut représenter « une voie de gestion agronomique pertinente, notamment pour restituer au sol une partie des éléments fertilisants contenus dans les tubercules ».

Épandre au champ
« Cette pratique n’est toutefois ni libre, ni anodine, soulignent les acteurs de la filière. Elle s’inscrit dans le cadre réglementaire applicable aux fertilisants organiques de type II au titre de la directive nitrates, et doit, à ce titre, respecter les règles du programme d’actions national et régional (PAN), en particulier en matière de plafonnement des apports azotés, de périodes d’épandage, de conditions de sols et de distances aux milieux sensibles. »
Au-delà du seul cadre réglementaire, l’épandage de pommes de terre doit également « être raisonné au regard des risques agronomiques et sanitaires qu’il peut générer, notamment en matière de repousses, de gestion des bioagresseurs et de dissémination de parasites réglementés (nématodes de quarantaine en particulier). Il suppose donc une approche rigoureuse, combinant respect des seuils d’apport, choix pertinent des parcelles, modalités techniques adaptées (broyage, incorporation, couverture végétale) et traçabilité des pratiques ».
Retrouvez le modus operandi agronomique recommandé :
– « choisir une parcelle sur laquelle il n’y aura jamais de pommes de terre ou sur laquelle il y a eu ces mêmes pommes de terre en N-1 (parcelle sur laquelle ces pommes de terre ont été récoltées sur 2025 à toujours respecter dans les zones à risques nématodes de quarantaine). Si ces deux conditions ne sont pas réalisables, choisir une parcelle la plus éloignée possible des autres parcelles de pommes de terre de l’environnement » ;
– « épandre les tubercules sur chaumes après moisson des céréales (voie privilégiée), en fonction des possibilités offertes par son PAN (type II) » ;
– « dans tous les cas, les parcelles ayant reçu des épandages de pommes de terre en 2026 ne devront pas être plantées en pommes de terre au cours des quatre prochaines années » ;
– « pour les tubercules issus de parcelles non traitées avec de l’hydrazide maléique en N-1, il sera impératif de broyer finement les tubercules pour limiter au maximum les repousses de pomme de terre » ;
– « il est très fortement recommandé de réaliser l’épandage avec un épandeur déchiqueteur ou broyer au préalable les pommes de terre à épandre. Sinon rouler avec un rouleau Cambridge post épandage afin d’essayer d’écraser les tubercules, pour faciliter leur décomposition et limiter le risque de repousses. Si un déchaumage est prévu, utiliser un outil à disques de façon à « découper les résidus de tubercules » pour que ceux-ci s’éliminent le plus rapidement possible et naturellement » ;
– « enregistrer obligatoirement la traçabilité de ces épandages selon les modalités du cahier d’enregistrement de son plan de fumure » ;
– « enfin semer un couvert d’intercultures, piège à nitrates afin de capter les éléments minéraux « relargués » par les pommes de terre en décomposition.. Privilégier des mélanges de couverts ayant une action anti-nématodes et bio-fumigantes vis-à-vis des parasites inféodés à la pomme de terre ».
Composter
Autre technique : le compostage. Bien qu’intéressant, il reste toutefois technique et peut s’avérer coûteux dans la mise en œuvre.
« Les pommes de terre peuvent être compostées avec divers substrats, le fumier étant le plus efficace (source Fiwap, 2000). L’avantage du fumier sur les autres matières c’est qu’il comporte une vie microbienne (champignons, bactéries…) qui va aider au processus de dégradations et de compostage des pommes de terre. »
« Il faut compter une benne de fumier (ou broyat, …) pour 1 à 2 bennes de pommes de terre. Pratiquer des retournements successifs (1 ou 2 au strict minimum, à quelques semaines d’intervalles) pour permettre une montée en températures (jusqu’à 60 à 70 °C) et une meilleure dégradation des pommes de terre. Le compostage se fera d’autant plus rapidement que les températures ambiantes sont élevées, un compost fait au printemps/été et retourné plusieurs fois sera prêt en 3-4 mois. »
« A noter, il faut avoir une surface stabilisée et plane, d’au moins 300 m² pour un compost d’environ 100 t à traiter. Ce site de compostage doit être éloigné des zones de captages, points d’eau… Pour la période d’épandage, il faudra respecter la réglementation des directives nitrates, le calendrier d’épandage correspondant aux fertilisants de type II. »
Mettre en tas
En dernier recours, une dernière voie de dégagement est autorisée pour détruire les surplus de pommes de terre, à savoir la mise en tas. Elle doit « se faire le plus tard possible dans la saison (fin juin/début juillet si possible) notamment pour éviter les foyers actifs de mildiou. Quelques règles simples sont à respecter pour maîtriser le risque sanitaire lié à cette pratique ».
« Le traitement à la chaux vive peut être une solution pour limiter les risques sanitaires sur des petits volumes (10 t de chaux vive pour 90 t de pommes de terre). Il représente toutefois, indépendamment de son aspect particulièrement corrosif pour l’agriculteur, un coût pouvant atteindre 400 € pour 100 tonnes de pommes de terre. »
« D’autre part, dès lors que le volume à déstocker est trop important, la couverture du tas de tubercules par un film plastique noir facilitera le pourrissement tout en évitant le risque de dissémination du mildiou pouvant se développer sur les pousses. Essayer de faire des tas « d’une remorque de large » de façon à accélérer la décomposition des tubercules. Ceux-ci doivent être entassés sur un épais matelas de paille et entourés de buttes de terre pour maîtriser l’écoulement des jus. »
Il est recommandé « d’éloigner les tas des futures parcelles de pommes de terre, ainsi que des fossés, ruisseaux, rivières, habitations, et de les placer en dehors de tout périmètre de captage ».
