Bâtiment d'élevage

Les paramètres d’ambiance qui favorisent le bien-être animal 


TNC le 07/08/2019 à 06:00
Ventilation, hygrométrie, température, lumière, poussière, confort acoustique... autant de paramètres à maîtriser pour favoriser le bien-être animal dans un bâtiment d'élevage. (©TNC)

Ventilation, hygrométrie, température, lumière, poussière, confort acoustique... autant de paramètres à maîtriser pour favoriser le bien-être animal dans un bâtiment d'élevage. (©TNC)

Ventilation, hygrométrie, température ou lumière... des fondamentaux qui ne doivent en aucun cas être négligés dans la conception de son bâtiment. D’autres ont également leur importance : poussière, confort acoustique, courants électriques parasites, mouches... Maîtriser ces paramètres impacte le confort des animaux en réduisant par exemple le stress, les risques de blessures ou de maladies.

Placer son cheptel dans un lieu de vie qui favorise les comportements naturels est un objectif du bien-être animal. Communs à tous les types d’élevage, certains fondamentaux comme la ventilation, l’hygrométrie, la température ou la lumière ne doivent en aucun cas être négligés. D’autres, à première vue plus anecdotiques, ont également leur importance : poussière, confort acoustique, courants électriques parasites, mouches…

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La maîtrise de ces paramètres impacte significativement le confort des animaux, avec comme conséquence directe la réduction du stress, et aussi les risques de blessures ou de maladies. Sans oublier qu’un éleveur évoluant dans un bâtiment bien conçu gagne lui-même en confort de travail… Gageons qu’il observera d’autant mieux ses animaux, attitude essentielle pour repérer les soucis et y remédier.

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1 – La Ventilation

Mot d’ordre commun à tous les bâtiments d’élevage, « de l’air, pas de courants d’air ! », sauf éventuellement l’été. À cette exception près, la circulation de l’air doit impérativement être maîtrisée, et est certainement l’un des, sinon le, critères les plus importants de l’ambiance d’un bâtiment.

Dans un bâtiment, les déjections animales sont quotidiennes et chargent l’air en ammoniac et en composés soufrés. Ces gaz très agressifs irritent les muqueuses, les poumons et fragilisent l’organisme des animaux, offrant un terrain propice à l’apparition de maladies. La température du bâtiment peut aussi avoir besoin d’être abaissée. Pour maîtriser la circulation de l’air dans un bâtiment, il est nécessaire de raisonner au cas par cas, en tenant compte de la région, du climat, des vents dominants, de la topographie du terrain et du mode d’élevage. Les tunnels, par exemple, sont souvent plus compliqués à bien ventiler. Pour évacuer l’humidité et l’air vicié, limiter les poussières, une ventilation est donc nécessaire. Elle peut être statique (naturelle) ou dynamique (extraction motorisée).

Attention, un système de secours couplé à une alarme doit être prévu. Une panne de courant, la ventilation qui s’arrête trop longtemps, et c’est tout le cheptel qui est en danger, notamment en volailles. Pour apprécier la circulation de l’air dans un bâtiment, on peut facilement réaliser un test à l’aide d’un fumigène. L’évacuation des fumées doit se faire en cinq minutes : moins, il y a un courant d’air ; plus, il y a un défaut de ventilation.

2 – La Température

Avec leurs murs de pierre épais, les anciennes granges régulaient très bien la température mais pêchaient au niveau de la lumière et de la circulation de l’air. Aujourd’hui les bâtiments conçus pour les ruminants occupent des surfaces beaucoup plus importantes ; ils sont plus froids, mais, à l’exception des jeunes, la plupart des animaux adultes et en bonne santé le supportent très bien.

La température idéale se situe d’ailleurs entre 8 et 15°C pour les génisses et les vaches, en fonction de la race. Trop d’éleveurs font encore l’erreur de fermer les bâtiments en hiver, au détriment de la circulation de l’air, même si la vigilance est de mise par froid extrême. Cependant, surtout pendant les épisodes de fortes chaleurs : ombrer, renforcer la circulation de l’air et veiller à ce que tous les animaux s’abreuvent suffisamment est primordial. Chez les monogastriques, la température idéale se situe autour de 20°C.

Dans les élevages de porcs en bâtiment, la température est régulée par un chauffage en hiver et une ventilation en été. À l’instar des jeunes volailles, les porcelets sont très sensibles au froid à la naissance. Leur bien-être est garanti par l’usage de lampes chauffantes. Les veaux les plus jeunes doivent eux aussi bénéficier de températures plus élevées, de l’ordre de 13 à 18°C. Un même principe s’applique toutefois à tous les bâtiments : éviter les écarts.

3 – L’Humidité

La présence d’animaux, en particulier de ruminants, dans un bâtiment, tend à rendre l’atmosphère plus humide. Respiration, transpiration, déjections et urine en sont à l’origine. L’humidité peut également provenir des abreuvoirs, des eaux de lavage, d’infiltration de pluie ou tout simplement de l’air extérieur. Un air trop humide favorise le microbisme, les bactéries, et les moisissures. Ceci est d’autant plus vrai que la température est élevée dans le bâtiment.

Source d’irritation et de toux, un tel environnement expose les animaux à des risques d’infections pulmonaires ou encore des mammites. Il limite également la capacité des animaux à transpirer et les rend plus sensibles aux courants d’air. Maintenir leur température dans la zone d‘homéothermie devient plus difficile et peut causer un stress important.

À l’inverse, un air trop sec favorise l’apparition de poussières, asséchant les voies respiratoires et les muqueuses, alors sujettes à infections. Le taux d’humidité dans un bâtiment peut être contrôlé grâce à une ventilation efficace. Le maintien d’une litière propre, en capacité d’absorption, est primordial. Curer dès que nécessaire.

4 – La Lumière

L‘exposition des animaux à des périodes alternées d’éclairage et d’obscurité contribue ainsi à leur bien-être. (©Leaselight)

La lumière, dont on veillera à ce qu’elle soit la plus diffuse et homogène possible, leur permet de se déplacer et d’avoir des contacts sociaux. Elle joue aussi un rôle important dans de nombreux processus hormonaux. La lumière permet la synthèse de la vitamine D qui fixe le calcium et agit sur le développement du squelette.

Attention toutefois à l’excès de luminosité, source d’augmentation de la température dans le bâtiment ou d’éblouissement ; les caprins, les ovins et les poules pondeuses sont particulièrement photosensibles. Si l’ambiance lumineuse est mal maîtrisée, les femelles peuvent exprimer des difficultés à la reproduction. La lumière naturelle peut être apportée par des tôles translucides en pignon, sur la toiture ou au faîtage. Il existe aussi des plaques en plastique et des filets brise-vent perforés qui présentent le double avantage de limiter les courants d’air tout en laissant entrer la lumière.

Ils peuvent être installés sur les pans longs du bâtiment et sont souvent réglables. La pose d’éléments de toiture translucides est déconseillée pour les petits ruminants ou les volailles, en raison de leur action réchauffante. Privilégier alors les toitures isolées avec entrées de lumière sur les côtés. La pose de volets ajustables permet également de moduler l’apport lumineux. Réglementairement, la lumière naturelle doit toujours être complétée par un éclairage artificiel.

5 – Le confort acoustique

Tous les animaux préfèrent le calme mais peuvent aussi s’habituer à des bruits artificiels forts, pourvu qu’ils les entendent souvent – tout éleveur situé à proximité d’un aéroport le confirmera. Rien de plus normal lorsque cela fait partie de leur paysage sonore, tout comme le claquement des cornadis métalliques en bâtiment bovin. Mais le simple passage d’un hélicoptère peut provoquer une panique. Les animaux peuvent se blesser, voire pire : chez les poulets et les pintades, le réflexe de fuite prend le dessus, les poussant à s’entasser dans un coin du bâtiment jusqu’à s’étouffer.

S’il n’est pas possible d’éviter ces bruits inhabituels, on peut en revanche prévenir le stress causé par des voix étrangères, un véhicule lourd qui stationne près du bâtiment, une portière qui claque, etc. Une bonne isolation assure également un confort acoustique non négligeable. Les alarmes, distributeurs d’aliments et autres équipements intérieurs ou extérieurs doivent être conçus, positionnés et actionnés de façon à provoquer le moins de bruit possible. Concernant les porcs, la réglementation précise de ne pas élever le volume sonore au-delà de 85 décibels en continu, ainsi que d’éviter tout bruit soudain.

6 – Les courants électriques parasites

Les nombreux équipements électriques, structures et matériels métalliques peuvent être vecteurs de courants parasites (ou vagabonds). Un dysfonctionnement des installations électriques est souvent en cause : défaut de mise à la terre ou absence de liaisons équipotentielles. Ils peuvent aussi être dus à des phénomènes géobiologiques mal expliqués. Ces courants électriques non maîtrisés se propagent dans les éléments métalliques du bâtiment (charpentes, barrières, mangeoires, logettes, etc.) et peuvent générer un mal-être général, ou des chocs électriques, en salle de traite par exemple.

L’observation est primordiale pour les repérer, car ils ne se manifestent pas forcément en continu. Ils peuvent apparaître à certaines périodes de la journée, et ne concerner qu’un point précis du bâtiment. Leurs causes sont également difficiles à identifier. La vérification de l’installation électrique est indispensable, et sa mise en conformité permet dans la majorité des cas de résoudre le problème.

7 – Les mouches

Les mouches gênent les animaux, notamment les ruminants et les porcs, et peuvent transmettre des maladies. L’hygiène et la ventilation dans les bâtiments sont les premiers leviers à mettre en œuvre pour limiter leurs populations.

Les mouches gênent les animaux, particulièrement les ruminants. (©Pixabay)

Il est également possible de traiter les endroits humides souillés, fosses à lisier et fumières avec des produits larvicides dès l’apparition des premiers individus adultes, en fin d’hiver. Le traitement des animaux, sur prescription vétérinaire, peut compléter ce plan de lutte. La filière bio a souvent recours à des auxiliaires tels que la mouche Ophyra, ou « mouche du lisier ». Celle-ci tue les larves de la mouche domestique pour s’en nourrir.