Bien-être animal

Fin des étables entravées, pâturage obligatoire ? Se préparer aux éventualités !


TNC le 05/12/2018 à 10:37
Luc Mounier appelle les éleveurs à évaluer le bien-être de leurs animaux en observant en premier lieu leur comportement et de mettre en œuvre des solutions pour l'améliorer. « Il faut se pencher sur le bien-être animal et promouvoir la qualité de nos élevages français » (©TNC)

Luc Mounier appelle les éleveurs à évaluer le bien-être de leurs animaux en observant en premier lieu leur comportement et de mettre en œuvre des solutions pour l'améliorer. « Il faut se pencher sur le bien-être animal et promouvoir la qualité de nos élevages français » (©TNC)

« On l'a vu en porcs et en volailles avec la fin des cages ou cases individuelles, les consommateurs peuvent imposer leurs demandes. À nous, acteurs de la filière, de faire du bien-être animal notre priorité pour promouvoir la qualité de nos élevages français. » Luc Mounier, vétérinaire et professeur à VetAgroSup avertit les éleveurs et leur conseille de mieux prendre en compte ce critère.

Lors de la journée « vaches laitières » organisée par l’Aftaa (association française des techniciens de l’alimentation et des productions animales), le vétérinaire et professeur Luc Mounier est intervenu sur le vaste sujet du bien-être animal. Selon lui, il s’agit d’un véritable enjeu pour les éleveurs comme pour les industriels. « Le bien-être animal est un concept multidimensionnel qui ne se limite pas aux conditions physiques. Il faut agir sur le confort, la santé et les besoins physiologiques de l’animal. »

Vers une obligation du pâturage ?

D’après le vétérinaire, « la consommation de viande diminue, c’est un fait. En revanche, la proportion de végétariens ou végans stagne et contrairement à ce qu’on pourrait penser, les jeunes sont ceux qui consomment encore le plus de viande. Cette consommation tend à diminuer dans la tranche d’âge de 25-30 ans. Selon l’Eurobaromètre, 94 % des citoyens pensent que le bien-être animal est important et qu’il devrait encore être améliorer. Les consommateurs se disent d’ailleurs prêts à acheter plus cher. »

Le consommateur est puissant : ses demandes se transforment bien souvent en obligations. Le vétérinaire alerte alors les éleveurs bovins à ce sujet : « Les poules en cages sont amenées à disparaître parce que les consommateurs l’ont exigé. Il s’est passé la même chose en porcs avec la fin des cases individuelles. Il faut s’attendre à ce qu’on y vienne en bovins. »

Comme en porcs ou en volailles, les étables entravées pourraient devenir interdites.« Le pâturage pourrait devenir obligatoire. Les vaches doivent sortir à un moment de leur vie afin d’exprimer des comportements normaux, cela fait partie du principe des cinq libertés (absence de faim et de soif, d’inconfort, de douleur, blessure ou maladie, de peur ou de détresse et capacité à exprimer des comportements normaux). Se pose aussi la question des étables entravées. Pour moi, c’est rédhibitoire. Il ne faut plus laisser un éleveur se lancer dans un projet de construction d’étable entravée. Elles pourraient être interdites dans quelques années ! »

Évaluer et améliorer le bien-être animal en élevage

Si ce vétérinaire et professeur à VetAgroSup (école vétérinaire de Lyon) tente de nous faire peur, c’est parce que des actions se multiplient pour dénoncer de mauvaises conditions d’élevage et que les consommateurs y sont de plus en plus attentifs. « Le bien-être animal est une priorité pour tous les acteurs de l’élevage. Il est nécessaire de l’améliorer pour plusieurs raisons : d’abord pour les animaux eux-mêmes mais également pour améliorer la gestion dans les élevages. Il faut ensuite le faire pour la société : les gens mangeront toujours de la viande, il faut donc promouvoir la qualité de nos élevages français. Enfin, il faut penser à la satisfaction des acteurs : il n’y a qu’un pas entre le bien-être des animaux et celui de leur éleveur ! »

Comment évaluer le bien-être des animaux ? À cette question, Luc Mounier répond : « Il faut d’abord définir ce qu’est le bien-être : ça dépend de l’environnement et des conditions fournies au troupeau ainsi qu’aux animaux eux-mêmes. Il faut observer leur comportement : certaines vaches sont-elles plus agressives ? comment se couchent-elles ? quelle est ma relation avec mes animaux ? etc. Il faut aussi vérifier la production et surtout noter les variations. Enfin, on regarde l’aspect sanitaire des animaux. Pour aller plus loin, on pourrait se pencher sur l’état physiologique des animaux mais cela passe par des analyses qu’on ne fait pas sur le terrain. »

« Seulement après cette phase importante d’observation, on peut identifier les facteurs de risque et proposer des solutions à mettre en œuvre. » Habitué à la pratique, le vétérinaire explique qu’il s’agit parfois d’un simple mauvais réglage des logettes, d’un accès insuffisant à l’eau ou encore d’un phénomène de dominance de certaines vaches face aux plus jeunes. Autant de points qu’il est possible d’améliorer facilement.