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[Reportage] M. Baudouin (79)

Les moutons reviennent sur les terres céréalières


TNC le 08/02/2019 à 18:04
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Après avoir repris l’exploitation familiale en 2016, Mathieu Baudouin a introduit, à côté des grandes cultures, un troupeau de brebis, élevées en plein air toute l’année. Un système de production innovant, bien adapté à son terroir et nécessitant peu d’investissements.

« C’est en 2015, lors d’un voyage de six mois en Nouvelle-Zélande que j’ai découvert l’élevage de brebis en plein air toute l’année, explique Mathieu Baudouin, agriculteur à Saint-Georges-de-Rex dans les Deux-Sèvres. Un an plus tard, je reprenais la ferme familiale, centrée principalement sur les céréales. J’ai alors décidé d’acheter un troupeau de brebis pour créer une nouvelle activité sur l’exploitation, car la structure ne me permettait pas de dégager un revenu suffisant ». Le 1er août 2016, il s’installe, seul, sur 140 ha. Située entre Niort et La Rochelle, la ferme touche le marais Poitevin. Les terres sont humides en hiver et sèches en été, avec peu de potentiel agronomique.

Les cultures « traditionnelles » de l’exploitation, comme le blé, l’orge, le pois, le tournesol…, sont conservées sur 100 ha et il en convertit une quarantaine en prairies. Ces surfaces sont implantées en ray-grass anglais, trèfle blanc, fétuque rouge, plantain et chicorée afin de nourrir les 170 brebis de race à viande Limousine juste achetées. Son projet : les croiser avec des béliers Wairere Romney, une race rustique de Nouvelle-Zélande, adaptée aux conditions extérieures, les animaux restant dehors toute l’année. Si l’élevage sans bâtiment nécessite peu d’investissements, sa réussite passe par une optimisation du pâturage.

Pâturage tournant dynamique

Les ovins étant rares sur son secteur, Mathieu a suivi des formations avec le Civam(1) et la société Pâturesens pour, notamment, s’initier à la pratique du pâturage tournant dynamique. Il dispose, d’un îlot de 35 ha de prairies, entouré d’une clôture électrique fixe. « L’intérieur de cet îlot est divisé en paddocks de 90 ares dans lesquels les animaux ne restent jamais plus de 24 heures, précise-t-il. La rotation dure au moins trois semaines, le délai minimum à respecter pour éviter tout risque parasitaire (ténia, strongle…). ». Mathieu déplace régulièrement les clôtures électriques à l’aide de son quad équipé du système Kiwitech, un dispositif pour mettre en place rapidement les piquets. « Généralement, je délimite plusieurs paddocks d’un coup pour être tranquille pendant quelques jours. Au printemps, quand l’herbe pousse plus rapidement, je réserve quelques parcelles pour la fauche. Ce foin est souvent vendu à un voisin ».

5 ha d’herbe fauchés… au cas où

En été et en hiver, le troupeau est placé sur les couverts d’intercultures. Mathieu Baudouin implante différentes espèces afin d’avoir une production de fourrage étalée sur plusieurs mois. En été, quand ses parcelles sont totalement rasées, il conduit les moutons chez des voisins pour pâturer d’autres couverts. « Les brebis peuvent passer par tous les temps sans risque de dégrader la surface, ajoute l’éleveur. La principale contrainte est d’apporter de l’eau. Je fauche chaque année environ cinq hectares d’herbe que je conserve pour nourrir le troupeau soit en été, soit en hiver. Mais jusqu’à présent je n’en ai jamais eu besoin et j’ai pu revendre ce fourrage. Même lors de l’été 2018, qui fut très sec, les brebis ont toujours trouvé à se nourrir sur les prairies ou les couverts. C’est plutôt rassurant pour la pérennité de mon système. Pour le moment, l’effet des déjections animales sur la fertilité des sols n’est pas encore visible, mais à terme cela sera sans doute bénéfique ».

Reproduction : un taux de réussite de 95 %

La reproduction est une phase clé de l’élevage. « Fin septembre, j’introduis dans le troupeau un ou deux béliers vasectomisés, pour stimuler l’entrée en chaleur des brebis. Quelques jours plus tard, je les remplace par des béliers reproducteurs qui resteront le temps de deux cycles, soit environ quarante jours en moyenne. » Les deux premières années, le taux de réussite a atteint les 95 %.

Les agnelages s’étalent de la fin février à la fin mars. « À cette période j’évite de trop déranger les animaux, souligne Mathieu. Je limite les changements de parcelles et je passe simplement 2 à 3 fois par jour pour voir si tout va bien. L’an passé, je n’ai aidé que trois brebis à faire naître leurs petits. Je suis la croissance des agneaux en les pesant toutes les deux semaines et vérifie également qu’ils n’ont pas de problème de parasitisme. » Les agneaux sont vendus, soit sur le marché de gros de Parthenay via un négociant privé, soit en direct à des particuliers. Dans ce cas, je les conduis à l’abattoir de Surgères. Ce circuit court a connu l’an passé un très fort développement simplement par le bouche-à-oreille.

Mathieu Baudouin conserve les agnelles pour accroître son troupeau. (©Julien Dedenon)

Un premier bilan encourageant

Deux ans et demi après son installation, Mathieu dresse un bilan plutôt encourageant. « Les banques n’ont pas voulu m’accompagner au départ et j’ai finalement dû souscrire un prêt familial, raconte-t-il. Mon projet cumulait deux handicaps : le semis direct sous couvert et le pâturage tournant dynamique. Deux pratiques qui ne sont pas dans le référentiel des banquiers ! Mais finalement, mes choix se sont avérés les bons. Difficile encore de dresser un bilan financier, puisque l’exploitation est encore en phase de transition mais je suis confiant. Le principal inconvénient de mon système est le fait que je travaille seul. Heureusement, mon père est là pour m’aider et il me remplace un week-end par mois. J’ai l’avantage d’avoir choisi un système nécessitant peu d’investissement financier et peu gourmand en temps de travail. J’ai débuté avec 170 brebis, j’en ai 280 actuellement car j’ai élevé les agnelles. Mon objectif est de passer à 300 têtes l’an prochain. Cela devrait suffire pour assurer mon revenu ».