Accord UE-Australie : le lait, un dossier plus consensuel que la viande bovine


TNC le 22/07/2026 à 05:03
DrapeauAustralie

« L'accord devrait soutenir une progression des exportations [européennes] vers l'Australie, en particulier sur le segment des fromages », soulignent Chambres d'agriculture France. (© Marcel Elia, Pixabay)

Signé fin mars, l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et l'Australie devrait entrouvrir quelques débouchés à l’export pour les produits laitiers européens. Côté australien, les professionnels du secteur dénoncent une concurrence jugée inéquitable et des concessions coûteuses.

Pendant que l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Australie, signé fin mars, inquiète la filière européenne de la viande bovine, le secteur laitier salue au contraire des opportunités à l’export, selon la note de conjoncture laitière de Chambres d’agriculture France parue en juin.

Parallèlement, l’inquiétude domine côté australien, où l’interprofession laitière juge l’accord « injuste pour une filière déjà fragilisée ».

De fait, le secteur laitier australien s’inscrit dans un déclin de fond : cheptel et exploitations n’ont cessé de fondre en vingt ans, et la production recule malgré des gains de productivité. En cause : des prix bas imposés par l’aval de la filière, des charges alourdies par les sécheresses, des tensions sur la main-d’œuvre et le renouvellement des générations.

Ces dernières années, le recul de l’offre a toutefois tiré les prix vers le haut : le prix payé au producteur atteignait environ 47 $US/100 kg en 2024, un niveau légèrement inférieur à celui de l’UE. Sa formation reste dérégulée, fixée selon l’usage du lait (taux de matière grasse et de protéines pour l’industrie, tarif au litre pour la consommation).

La filière s’est aussi largement « décoopérativisée » au profit de quelques géants privés : Fonterra ayant cédé l’essentiel de ses activités australiennes, Lactalis tient le haut du pavé aux côtés du canadien Saputo, quand l’australien Bega Cheese résiste en misant sur son origine nationale.

Côté débouchés, environ 40 % de la collecte part vers le fromage, le reste allant surtout à des produits de commodité (cheddar, beurre, poudres).

Des échanges aujourd’hui très déséquilibrés

« Les Australiens consomment des produits laitiers européens, mais pas l’inverse », résume la note des Chambres. En 2025, les ventes de l’UE vers l’Australie ont atteint 350 à 400 M€ pour environ 60 000 t, dont la moitié de fromage. Ce montant représente 1,7 % des exportations laitières européennes totales, l’Australie restant un débouché secondaire pour l’UE.

À l’inverse, les ventes australiennes vers l’UE restent anecdotiques : 25 à 30 millions de dollars australiens par an (15 à 18 M€), vers un marché européen « structurellement excédentaire, très éloigné géographiquement et relativement protégé avant l’entrée en vigueur de l’accord ».

Cette faible présence des produits laitiers australiens en Europe tranche avec une forte exposition aux marchés mondiaux, à laquelle est liée près de 70 % de la collecte : 36 % partent à l’export, surtout vers l’Asie, et le marché intérieur n’échappe pas à la concurrence des importations.

Une dépendance qui pèse sur les recettes de la filière, suspendues aux cours mondiaux des commodités et aux taux de change.

En parallèle, les transformateurs dénoncent un écart de 30 % entre le prix du lait payé au producteur et les références internationales, ce qui pénalise leur compétitivité à l’export. Sur ce terrain, la Nouvelle-Zélande s’impose comme le rival numéro un, aussi bien en Asie que sur le sol australien, où elle devance l’Europe parmi les fournisseurs étrangers.

Ce que l’accord change pour les exportations européennes

Le marché australien était déjà largement ouvert aux produits laitiers européens avant l’accord ; seul le fromage restait vraiment protégé. L’accord de libre-échange y instaure un contingent tarifaire de 11 500 t, taxé à 0,055 €/kg dans la limite du quota et à 0,75 €/kg au-delà, avec suppression totale des droits d’ici trois ans, le reste était déjà libre d’accès.

Canberra reconnaît et protège par ailleurs environ 400 indications géographiques (IG) européennes, dont 24 fromages français.

« L’accord devrait soutenir une progression des exportations vers l’Australie, en particulier sur le segment des fromages », soulignent les Chambres. Bruxelles table ainsi sur une progression pouvant atteindre 48 % des exportations de fromage, pour 28 M€ d’économies de droits par an.

Un chiffrage à nuancer, avertissent les analystes, puisqu’il repose sur une étude de 2017 antérieure au recul actuel de la consommation australienne de fromage. Les fromages au lait cru, à forte valeur ajoutée pour la France, cumulent déjà méfiance des consommateurs et contraintes de biosécurité : la seule baisse tarifaire ne suffira pas à lever ces obstacles, selon la note.

La France a donc moins à gagner que l’Italie, déjà leader des exportations de fromage vers l’Australie. Les yaourts et les glaces pourraient prendre le relais, mais Lactalis et Danone sont déjà implantés en Australie sur ces deux segments, ce qui en réduit d’autant le potentiel pour les exportateurs tricolores.

Au final, résume la note, « malgré des perspectives a priori favorables, l’impact de l’accord devrait être limité et l’Australie demeurera un débouché secondaire pour l’UE ».

Des exportations limitées pour l’Australie

Dans l’autre sens, l’ouverture du marché européen aux produits laitiers australiens prend la forme de contingents à droits nuls ou de démantèlement progressif : le beurre (5 000 t), la poudre de lait écrémé (8 000 t) et le lactosérum (2 000 t) passent à 0 %, les deux quotas préférentiels sur le fromage tombent aussi à 0 %, le reste des droits sera supprimé dans les trois ans.

Ces volumes restent modestes : le contingent de poudre de lait écrémé pèse 1,1 % de la consommation européenne et celui de beurre à peine 0,25 %. De quoi conclure, note l’étude, que l’accord n’offrira pas de débouché significatif à la filière australienne.

Sans surprise, l’accord suscite des réactions opposées de part et d’autre. Les organisations professionnelles européennes se réjouissent de débouchés supplémentaires et d’un accès sécurisé au marché australien.

Tandis qu’en Australie, la filière redoute une concurrence européenne accrue, jugée d’autant moins équitable que les producteurs de l’UE bénéficient de soutiens publics « sans contrepartie suffisante en termes d’accès au marché européen ». Les concessions sur les IG sont jugées particulièrement coûteuses : jusqu’à 95 millions de dollars australiens (58 M€) par an, selon les estimations de la filière.

Effet indirect relevé par la note : la Nouvelle-Zélande observe que les quotas sur le beurre et la poudre accordés à Canberra sont exonérés de droits, contrairement à ceux de son propre accord avec l’UE. De quoi nourrir une demande de concessions supplémentaires lors de la prochaine révision de cet accord avec Bruxelles.