Démarche bas carbone

Julien Boulet, éleveur de limousines, a réduit son empreinte carbone de 38 %


TNC le 26/11/2019 à 05:57
De 60 vêlages par an, Julien Boulet est passé à 110. (©Pixabay)

De 60 vêlages par an, Julien Boulet est passé à 110. (©Pixabay)

Engagé dans le programme Life Beef Carbon, Julien Boulet, éleveur de bovins viande en Ille-et-Vilaine, a réduit de 38 % son empreinte carbone depuis 2015. Comment ? Il a amélioré la conduite de son cheptel pour limiter les animaux improductifs et a favorisé le stockage du carbone en développant le pâturage et en implantant des haies.

Réduire de 38 % son empreinte carbone, c’est la performance réalisée par Julien Boulet, éleveur de bovins viande en Ille-et-Vilaine, en l’espace de quatre ans.

Au départ à la retraite de son oncle en 2014, il reprend l’exploitation à Saint M’Hervé en Ille-et-Vilaine, sur 86 hectares dont 70 ha de SFP. Il est alors en système naisseur-engraisseur de bœufs de race limousine avec une soixantaine de vêlages par an, et vend directement sa viande à la ferme.

Il décide rapidement d’effectuer un bilan carbone de son exploitation pour « mesurer l’impact sur l’environnement et pouvoir apporter des réponses à la fois aux attaques émises contre l’élevage mais aussi à ma clientèle, essentiellement citadine ». Il s’engage alors dans le programme Life Beef Carbon et se rapproche de Frédéric Guy, son conseiller en viande bovine à la Chambre d’agriculture d’Ille-et-Vilaine.

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Au premier diagnostic, en 2015, son empreinte carbone nette s’élève à 20,3 kg équivalent CO2 par kilo de viande vive produite (kg éq. CO2/kgvv). (Émission brute de gaz à effet de serre de 22,5 kg éq CO2/kgvv moins un stockage de carbone de 2,2 kg éq CO2/kgvv).

La principale source d’émission, comme dans tout élevage, est la fermentation entérique (56 %) suivie de la gestion des effluents (19 %) et la fertilisation des cultures (14 %).

Pour réduire son empreinte carbone, il met en place plusieurs changements, explique Frédéric Guy. « Au niveau du troupeau, il décide d’arrêter la production de bœuf au profit de jeunes vaches, de veaux et de broutards. Il passe à 110 vêlages par an et se donne pour objectif un âge au premier vêlage à 30 mois (au lieu de 32) et un IVV de 370-375 jours (au lieu de 395 j) ». Le méthane entérique est ainsi dilué par l’augmentation du nombre de kgvv produit par UGB qui passe de 240 à 350.

Coté fertilisation, il décide de remplacer une partie de la fertilisation minérale par du lisier de porcs.

Une bonne maîtrise du pâturage, condition indispensable

Enfin, pour stocker davantage de carbone, il réduit ses surfaces en culture pour augmenter celles en herbe. Sur désormais 99 ha de SAU, seulement 9 ha sont dédiés aux céréales à paille. 81 ha sont des prairies et 9 ha du méteil. « Sa bonne maîtrise du pâturage a été une condition indispensable à la réussite de ce projet », souligne son conseiller. Julien Boulet a également décidé d’implanter 1,3 km de haies supplémentaires.

Bilan de ce changement de système : une empreinte carbone qui s’est réduite drastiquement : – 38 % (à 12,6 kg éq CO2/kgvv) sans détériorer les bons résultats économiques de l’exploitation. Et bientôt, il pourra même y gagner financièrement : les éleveurs seront en effet prochainement rémunérés pour leurs efforts en faveur du changement climatique.

Si chez certains le pâturage n’est pas aussi facile à mettre en place, la réduction de l’impact environnemental est tout de même faisable. Chez Jean-Marc Burette, dans le Pas-de-Calais par exemple, les hectares de maïs sont restés constants et l’éleveur s’est plutôt penché sur leur productivité : il fallait qu’il nourrisse mieux son sol pour faire un bon maïs. Il témoigne : « J’étais auparavant trop généreux en cherchant surtout à me débarrasser des effluents sans prendre en compte leurs valeurs. Aujourd’hui, j’épands au plus juste. » D’ailleurs, l’empreinte carbone de son élevage a chuté de 17 %.

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