Agroforesterie et élevage

Guillaume Jahan : « Planter des arbres, un aspect économique mais pas que… »


TNC le 30/08/2019 à 06:02

En Loire-Atlantique, Guillaume Jahan a implanté des arbres dans une prairie pour former des paddocks de 1 ha. Ce projet avait un objectif avant tout économique avant que l’éleveur ne s’aperçoive des nombreux bienfaits des arbres pour ses animaux et ses pâtures.

En 2017, lors de son installation sur l’exploitation laitière familiale à Sucé-sur-Erdre (Loire-Atlantique), Guillaume Jahan décide de lancer un projet d’agroforesterie. Son idée première est de se créer un capital retraite via l’exploitation du bois. « J’ai la chance de m’être installé jeune, donc je me suis dis pourquoi pas valoriser la terre en plantant des arbres. J’espère maintenant qu’ils arriveront à maturité d’ici 30 ans », explique l’éleveur.

Sur sa ferme bio de 80 ha, les 90 vaches laitières sont menées en système herbager. L’agroforesterie s’est avérée particulièrement adaptée à ce système. Les lignes d’arbres permettent de créer des paddocks de 1 ha dans lesquels les vaches restent trois jours. « On a divisé une parcelle de 8,5 ha en 8 lots. Grâce à ce système, nous optimisons l’herbe car les animaux peuvent exploiter les surfaces au maximum. Comme l’herbe est coupée rase, on optimise le rendement », se félicite Guillaume Jahan.

C’est lorsqu’il va se renseigner à la chambre d’agriculture pour lancer son projet qu’il aperçoit l’éventail des avantages que lui offre la présence d’arbres dans ses prairies. « Il y a l’ombrage pour les animaux, la rétention d’eau, la remontée de nutriment via les racines et donc le découpage en paddocks… En fait, il n’y avait pas que l’aspect économique à prendre en compte », réalise-t-il alors. Mais la parcelle implantée n’est pas pour autant réservée à la prairie. Les exploitants comptent bien la gérer comme une parcelle classique, arbre ou pas. « Cette année, il y a une partie qui est en maïs et l’année prochaine peut-être qu’on retournera la prairie existante pour mettre des betteraves », s’interroge l’éleveur.

Orienter les racines vers la profondeur

Quinze jours après son installation, Guillaume Jahan reçoit les plants. Pour 8 ha, le travail d’implantation, comprenant le travail du sol, la mise en place des arbres et l’installation des tuteurs et des protections, nécessite une semaine de travail. « Nous avons sous-solé pour que les racines puissent bien plonger dans le sol. Il a fallu également passer le rotavator pour faciliter l’implantation », résume l’éleveur. Le coût du chantier, qu’il estime à 900 €/ha, a été financé à hauteur de 80 % par l’Europe.

Pour contraindre les racines à pousser vers la profondeur, les arbres n’ont pas été arrosés lors des trois premières années et ne le seront pas à l’avenir. « La nature est bien faite. Lors des deux derniers été secs, lorsque les arbres sont passés en stress hydrique, ils ont perdu leurs feuilles et se sont mis en mode « hiver » pour se protéger », témoigne le ligérien. Il enregistre la perte et le remplacement de 3 % des arbres par an, c’est-à-dire 10 à 15 pieds. Un surcoût de 100 € qu’il juge acceptable. En orientant les racines vers le bas, l’objectif est de préserver la pâture autour des troncs mais également d’assurer la stabilité des fûts lorsqu’ils vont pousser en hauteur.

Une fois les lignées implantées, le temps de travail annuel représente 1 h par hectare et par an. « Au début, c’est plutôt deux heures car il faut mettre la main dans les gaines pour couper les petites branches. Mais au bout de trois ans, les arbres sortent déjà des protections. À terme, il faudra les tailler avec un sécateur à rallonge puis en montant dans le godet du tracteur », témoigne l’éleveur.

Un choix des essences stratégique

Sur son exploitation, Guillaume Jahan a implanté cinq essences d’arbres différentes. Chênes, merisiers et alisiers ont été implantés sur les terrains neutres. L’agriculteur a choisi ces espèces car elles poussent localement et produisent un bois de qualité. Sur les buttes séchantes, des poiriers communs, adaptés au manque d’eau, ont été implantés. À l’inverse, l’érable sycomore a été préféré dans les zones humides. « C’est important d’avoir plusieurs espèces au cas où l’une d’elles ne se plairait pas. Il peut aussi y avoir l’apparition d’un ravageur sur un arbre », souligne l’éleveur. Pour optimiser la valorisation économique, la croissance en fût a été privilégiée. L’un des désavantages étant que les arbres n’offriront pas un abri contre le vent comme le ferait une haie bocagère.

Pour optimiser ces différents critères, Guillaume Jahan n’a pas suivi de formation particulière. Il s’appuie largement sur les connaissances du service arbre de la chambre d’agriculture de Loire-Atlantique pour les questions techniques. « Je n’y connaissais rien mais j’ai appris à aimer les arbres et leur entretien », déclare-t-il.