Pâturage

Changer de flore, miser sur l’automne… : comment faire face à la sécheresse ?


TNC le 23/09/2019 à 06:02
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Deux années de sécheresse qui se suivent, ça fait du dégât ! Valentin Le Marquand, conseiller formateur pour Pâturesens, dresse le bilan de cette saison de pâturage compliquée. Il préconise dans certains cas de s'orienter vers des flores mieux adaptées comme la chicorée, le plantain ou la luzerne. Reste aussi à espérer de belles repousses d'automne pour refaire le plein d'herbe...

« Déjà vécue en 2018, la sécheresse estivale avait davantage été anticipée cette année », témoigne Valentin Le Marquand, conseiller formateur pour Pâturesens en Normandie. En revanche, il aura tout de même manqué de fourrage pour bon nombre d’éleveurs…

L’été se gère d’abord au printemps

On ne le répétera peut-être jamais assez mais la mise à l’herbe conditionne la saison de pâturage. En effet, comme l’avait expliqué Shane Bailey en mars, il faut absolument se débarrasser de la matière morte pour assurer une bonne productivité ensuite. Il faut ensuite se focaliser sur le temps de présence et de retour et les résiduels.

Malgré la mise en application de ses bonnes pratiques, beaucoup d’éleveurs ont manqué d’herbe cet été. Certains ont même entamé les stocks, voire les ont fini et ont du acheter du fourrage à l’extérieur. Là-dessus, Valentin assure : « Ça n’est pas une honte de devoir compter sur de l’achat de stock en cas de besoin. En revanche, mieux vaut complémenter à l’auge ou directement en pâture, quitte à abimer une parcelle mais il ne faut surtout pas ouvrir plus grand car on épuisera totalement la ressource. »

S’orienter vers des flores mieux adaptées

En revanche, le spécialiste conseille de plus en plus aux éleveurs de s’orienter vers des flores mieux adaptées au climat, comme la chicorée, le plantain et la luzerne : « La chicorée et le plantain sont des plantes très résistantes au sec. La chicorée a en effet une racine en pivot qui lui permet de puiser assez loin dans le sol. Elle permet 18 à 20 j de retour en pâturage, alors que le ray-grass est à plus de 20 jours. Le plantain est plutôt un passe-partout qui s’adapte aussi bien à l’humidité qu’à la sécheresse. Les deux peuvent être cultivées seules ou associées. »

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Pour ce qui est de la luzerne, Valentin préconise de la faire pâturer au stade bourgeonnement la journée et de remettre les animaux sur une prairie classique la nuit pour éviter les risques de météorisation.

Les repousses d’automne : quelles valeurs espérer ?

« Les parcelles ayant été fortement sollicitées durant l’été, il est important de les fermer assez longtemps pour les laisser se reposer et repousser. D’ailleurs, les repousses d’automne peuvent présenter des valeurs alimentaires intéressantes et être pâturées », assure Valentin. « Il faudra néanmoins bien penser à réduire la part à l’auge lorsque la croissance de l’herbe repartira. »

Même après, en hiver, le pâturage peut se poursuivre : « Si le temps de présence sur la parcelle est assez court, on peut y mettre des génisses ou des vaches taries et les conduire en plein air intégral. Attention, cependant, la valeur nutritive de l’herbe est limitée. Une complémentation peut être nécessaire. »

Soit dit en passant, Florent Cotten de Pâturesens expliquait l’an dernier : « L’hiver est la bonne période pour se lancer au pâturage tournant dynamique. » En effet, l’éleveur et co-fondateur de l’entreprise, invite les intéressés à prendre du temps pour se former, revoir les bases, préparer le matériel et monter les clôtures.