Baisse du prix des broutards : la FNB dénonce des « discours indignes »
TNC le 21/07/2026 à 17:44
Alors que les cours des broutards poursuivent leur repli, la Fédération nationale bovine dénonce des rumeurs infondées sur les débouchés italiens et réclame une enquête sur les pratiques des acheteurs. De leur côté, les opérateurs invoquent un rééquilibrage économique, entre marges d’engraissement et mauvaise année fourragère.
Alors que le cours du maigre est toujours à la baisse, la Fédération nationale bovine fustige des « fake news » sur un « prétendu arrêt de l’export » vers l’Italie, dans un communiqué de presse en date du 21 juillet.
Des fondamentaux « inchangés » pour la FNB
Pour le syndicat, la baisse des prix des broutards français est totalement injustifiée. « Sur juin et juillet, près de 150 000 animaux vifs ont été exportés vers l’Italie et l’Espagne, soit un niveau équivalent à celui de 2025. En parallèle, les disponibilités ne vont pas s’améliorer, en effet il manquera au moins 70 000 broutards sur le 2e semestre 2026 du fait des baisses de naissance. Dans ces conditions, comment justifier aujourd’hui des pressions à la baisse sur le prix des broutards ? » s’interroge la FNB.
« Sur le terrain, certains acteurs s’activent à expliquer qu’il n’y a « pas de place » dans les ateliers européens pour mettre en place des broutards… Pourtant, étrangement, avec 50 centimes par kg de moins, des places se créent ? ! » poursuit le syndicat, qui demande au ministère de l’agriculture de se pencher sur les dessous de la baisse des prix enregistrée ces dernières semaines, évoquant des « signaux de prix concertés », et des « calendriers étrangement coordonnés » du côté des acheteurs.
« Les éleveurs ne sont pas dupes. On ne peut pas nous expliquer qu’il n’y a plus de débouchés alors que les exportations sont maintenues et que la disponibilité du bétail manquera jusqu’à la fin de l’année », tranche Patrick Bénézit, le président du syndicat.
Un prix du broutard décorrélé de celui du produit fini pour les acheteurs
Cette analyse n’est pas partagée par l’ensemble de la filière. Du côté des acheteurs, le recul des cours s’explique avant tout par un rééquilibrage économique. Après plusieurs mois de hausse du prix des broutards associée à une baisse du prix de la viande bovine, l’écart entre le coût d’achat du maigre et la valeur du bovin fini s’est réduit, comprimant les marges des engraisseurs. À cela s’ajoute un contexte fourrager incertain, qui fait hésiter les opérateurs à s’engager sur des prix élevés.
« Le dôme de chaleur qui s’est une nouvelle fois abattu sur l’Europe entraîne de nombreux pays dans la même situation (notamment dans le Sud) », rappelle Laurent Chupin, analyse de marché pour Acti Ouest. Si les engraisseurs italiens doivent remplir leurs bâtiments, ils préfèrent également ralentir le rythme des mises en place lorsque les achats de maigre deviennent difficilement compatibles avec celui du jeune bovin fini.
Les prix élevés des bovins finis sont également une porte d’entrée favorable pour la viande étrangère. « Le marché italien reste très perméable aux viandes brésiliennes avec un effet domino sur le commerce du jeune bovin. Cette gamme de marchandise est le premier facteur responsable de la dégradation des prix en France », poursuit l’analyste.
Après l’Italie, c’est également l’Espagne qui raisonne ses achats. « Les envois ont tout particulièrement ralenti vers l’Espagne (- 26 % /2025, année historiquement haute), où les engraisseurs souffrent de la demande atone », expliquent les Tendances de l’Institut de l’élevage à partir des chiffres du mois d’avril. Mais l’année 2025 était particulièrement favorable pour la filière, portée par des contrats en l’Espagne et des pays du Maghreb. « La solution ne peut venir que par une reconquête des marchés du Moyen-Orient, avec la détente guerrière en Iran, sauf que le Mercosur est également sur les rangs », note Laurent Chupin.