Pourquoi les prix des bovins décrochent-ils malgré la baisse de l’offre ?
TNC le 20/07/2026 à 10:24
Malgré des disponibilités limitées en viande bovine, les prix sont orientés à la baisse depuis le mois de mars. En cause, un ralentissement de la consommation lié, en partie, à la guerre au Moyen-Orient.
Après avoir atteint un record fin mars 2026, avec 7,41 €/kg, les prix des gros bovins connaissent depuis le printemps un repli progressif, avec une stabilisation en juin à 6,88 €/kg. Si des disparités importantes existent entre les différents segments du marché, la baisse s’est tout de même transmise jusqu’aux broutards vendus vifs, explique Eugénie Moret, du service Études économiques et Prospective de Chambres d’agriculture France.
Une évolution paradoxale
Or, cette tendance semble, à première vue, difficile à expliquer puisque du côté de la production, les fondamentaux « tendent à la poursuite de la hausse des prix », indique l’économiste. La production diminue, avec des abattages de gros bovins inférieurs de 4 % à ceux de l’an dernier entre les semaines du 20 avril et du 11 mai, et la décapitalisation se poursuit, notamment en élevage laitier.
L’évolution des prix apparaît donc injustifiée, comme l’a d’ailleurs dénoncé la Fédération nationale bovine. Pourtant, la baisse s’explique par l’ajustement de la demande : avec la hausse des prix, les consommateurs se sont rabattus vers des protéines moins coûteuses, comme le porc, la volaille et les œufs, note Eugénie Moret. Sans compter que le conflit au Moyen-Orient a perturbé les échanges, tout en générant une hausse des prix de l’énergie et du carburant qui limite le pouvoir d’achat des ménages.
Une baisse conjoncturelle ?
Cette chute des prix serait en partie conjoncturelle, entre une baisse saisonnière des jeunes bovins, un nombre de jours fériés au printemps qui a perturbé l’activité des abattoirs, ou encore les tensions géopolitiques qui compliquent l’export.
Néanmoins, d’autres facteurs sont plus structurels, tempère l’économiste. Ainsi, la consommation de viande bovine diminue depuis une vingtaine d’années, et « maintenir dans la durée les prix records de ces deux dernières années semble donc illusoire alors que les débouchés se contractent », explique Eugénie Moret.
Cet épisode souligne en tout cas « le rôle des acteurs de l’aval dans la formation des prix », poursuit-elle. Il constitue quoi qu’il en soit une mauvaise nouvelle pour les éleveurs bovins, dont la rentabilité de l’activité reste souvent faible, alors que les charges ont progressé avec la guerre en Iran.
« Il faudra s’armer de patience pour voir l’effet de la baisse des prix sur la consommation et déterminer l’ampleur du recul », conclut l’économiste, ajoutant que la nouvelle campagne de communication lancée par Interbev pourra, peut-être, contribuer à accélérer la reprise.