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Dossier : Zones de non traitement

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[Interview] Phytosanitaires et ZNT

Irène Tolleret, députée européenne : « Il faut de l’accord local »


TNC le 19/11/2019 à 09:Nov
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(©Fotolia)

Viticultrice, maire de son village de l’Hérault, la député européenne Irène Tolleret (groupe Renaissance) est une spécialiste des questions agricoles, des thématiques qu’elle travaille au quotidien au sein de la Commission Agriculture où elle siège, à Bruxelles. En tant qu’élue et en tant qu’agricultrice, elle nous livre son point de vue sur la question des zones de non traitement (ZNT) et de la protection des riverains.

TNC : Comment percevez-vous le débat sur les zones de non traitement à proximité des habitations ?

Irène Tolleret : À la base, il existe bien un texte européen qui dit qu’il faut protéger les riverains, ce qui peut aller jusqu’à une interdiction seulement en cas de risque avéré. Le texte dit également qu’il faut prendre des mesures quantitatives, et que la réponse doit être adaptée au risque. On n’est donc pas forcément sur des distances fixes. Moi, je trouve que la charte riverains qui figure dans la loi Egalim était quelque chose de très bien, mais elle a malheureusement été retoquée par le Conseil constitutionnel. Ce qui fait qu’aujourd’hui, le gouvernement cherche une solution à travers l’instauration de ZNT.

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Moi, je crois qu’il faut aller au bout de cette démarche : la ZNT, si elle existe, doit dans ce cas être totalement inconstructible, car il ne faut pas oublier que cette problématique de riverains est d’abord liée à un problème d’aménagement du territoire.

TNC : Faut-il, selon vous, une distance minimum ?

Irène Tolleret : Je tiens à rappeler qu’il y a une question de topographie. Le problème, c’est que l’Anses fait des mesures d’impact qui ne vont jamais au-delà de 10 mètres. Le gouvernement est légitime quand il dit 10 mètres. Mais si par exemple on a une vigne en haut d’une pente, et un lotissement en bas, quand il pleut, ça ravine, et là, la distance de 10 m est ridicule. Quand il y a une pente, il faut peut-être 500 mètres, mais sur du plat, ça peut être 0 mètre.

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TNC : Dans ce contexte, la discussion et la négociation sont-elles possible ?

Irène Tolleret : Oui, je pense que c’est pour ces raisons qu’il faut de l’accord local. Il est évident qu’il faut prendre en considération la vraie exposition au risque. Les élus locaux doivent discuter avec les agriculteurs. Je crois que cette approche volontariste est efficace.

C’est ce que nous avons fait dans le grand Pic Saint-Loup (ndlr : où Irène Tolleret est élue locale). Nous avons travaillé sur le schéma de cohérence territorial : chaque fois que l’on urbanise une terre, on rapproche des habitants d’une exposition aux pesticides, c’est donc à ce moment qu’on a la possibilité d’organiser et de financer la protection des riverains, avec la mise en place de zones tampons, de haies… En matière de distance, j’avais proposé 20 m.

Après, il ne faut pas oublier que c’est un problème dans les zones d’extension urbaine. Dans les villages qui se dépeuplent, on a plutôt des maires qui sont dans l’optique de garder les habitants chez eux, comme l’ont fait comprendre ces maires qui ont pris des arrêtés interdisant par exemple d’uriner près des vignes.

TNC : La société ne prend donc pas suffisamment en compte les progrès réalisés par les agriculteurs ?

Irène Tolleret : Quelles sont les filières qui exposent les riverains au risque ? Celles qui pulvérisent. Or aujourd’hui on a du matériel de traitement très précis, avec des rampes de récupération. Les agriculteurs ne se lèvent pas le matin avec l’idée de tuer la terre entière. Tous aujourd’hui ont le Certiphyto, ils ont été formés à ne traiter les maladies qu’avec des doses qui correspondent au risque. Avec la peur actuelle des pesticides, on a l’impression que le sujet vient d’être mis sur la table et que les agriculteurs le découvrent… Alors que dans la vigne, par exemple, si on a aujourd’hui des cépages résistants, c’est parce que les agriculteurs les développent depuis 20 ans ! Autour de chez moi, beaucoup de viticulteurs sont passés en bio. Ils traitent plus souvent, et surtout la nuit : on n’a jamais eu autant de plaintes de la part des riverains. Alors que ces viticulteurs vont dans la direction souhaitée par la société ! C’est comme l’augmentation de l’usage des pesticides mesurée dans le plan Ecophyto : oui, il y a une progression, puisqu’on remplace des molécules dangereuses par des molécules moins dangereuses, il faut en mettre plus. En agriculture conventionnelle, les molécules utilisées sont de l’ordre de quelques grammes par hectare. Plus on va développer le bio, plus on aura du tonnage en matière de molécules, mais de molécules moins dangereuses. Il faut aussi expliquer les choses.

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