Témoignages

Relay-cropping : une technique émergente déjà séduisante


TNC le 24/05/2019 à 18:03
Semis du soja réalisé le 19 avril dernier dans un blé juste avant l'épiaison, avec un prototype de semoir permettant d'ajuster les écartements. (©Cyril Hamot)

Semis du soja réalisé le 19 avril dernier dans un blé juste avant l'épiaison, avec un prototype de semoir permettant d'ajuster les écartements. (©Cyril Hamot)

Cyril Hamot, agriculteur dans le Gers, a testé avec l’aide d’Étienne de Saint-Laumer, product marketing chez Horsch, la culture en relais ou « relay-cropping ». Consistant à semer une culture d’été dans une céréale alors que celle-ci n’a pas encore été moissonnée, la technique peut surprendre ! Si elle n’est pour le moment que le fruit d’expérimentations isolées, elle pourrait pourtant s’avérer gagnante, à condition de relever les défis techniques qu’elle pose.

Le relay-cropping ou culture en relais consiste, tout comme la double culture, à produire et récolter, sur une parcelle donnée, deux cultures la même année. Mais à la différence de cette dernière, elle propose non pas d’enchaîner la moisson de la céréale par le semis d’une seconde culture mais de semer cette culture au début de l’épiaison. « Cette technique nous vient des États-Unis, où elle est expérimentée par des agriculteurs comme Jason Maulck », précise Étienne de Saint-Laumer, product marketing chez Horsch. Aux États-Unis, comme dans beaucoup d’endroits du monde, telle la Chine où l’on sème couramment le coton ainsi que le maïs dans un blé d’hiver.

Cyril Hamot est installé à Montadet dans le Gers. (©Cyril Hamot)

« Nous nous y sommes intéressés car cette pratique s’inscrit bien dans l’idée d’une agriculture hybride employant moins d’herbicides, entre le bio et le conventionnel. Mais cela nécessite de l’adapter à nos sols et notre météo ! », explique Étienne de Saint-Laumer. L’entreprise a ainsi débuté il y a quatre ans des essais sur ses parcelles du FITZentrum, à Schwandorf en Allemagne. « La première année, nous avons été surpris : le soja qui poussait au-dessus des chaumes de blé était propre : il n’y avait pas besoin de le désherber ! Voulant creuser la piste, ils ont mis au point d’autres essais avec Arvalis puis avec des agriculteurs intéressés par la technique, en Allemagne comme en France. Cyril Hamot, installé à Montadet, dans le Gers, est l’un d’entre eux.

Un chevauchement des cycles libérateur

C’est en premier lieu face à un souci de calendrier que Cyril Hamot et son père se sont intéressés au relay-cropping. Si la double culture est plébiscitée dans la région, elle a en effet une spécificité qui peut se révéler handicapante : les dates de semis qu’elle impose. « Le soja derrière un orge fonctionne bien, mais il faut le semer autour du 15 juin. Or nous n’avons pas forcément à cette période-là du temps à y consacrer » explique l’agriculteur. Semer du soja directement dans du blé, avec des dates de semis et de récolte similaires à celles d’un soja en pur, permet alors de libérer du temps en juin.

La technique du relay-cropping est par ailleurs en adéquation avec l’agriculture de conservation que développent les deux agriculteurs : le sol est peu travaillé, il profite d’une couverture permanente et les intrants sont grandement limités voire supprimés durant l’itinéraire technique de la seconde culture. Les deux agriculteurs ont donc franchi le pas en 2017 en semant du soja dans du blé sur une petite parcelle… et les premières complications se sont vite manifestées ! « Nous avions fait des bandes trop serrées et le soja manquait beaucoup de lumière : il s’étiolait. Quand le blé remplissait son grain, il tirait par ailleurs énormément d’eau ce qui pénalisait la pousse du soja. » Deux facteurs limitants qu’il est en effet nécessaire d’avoir à l’œil : Étienne de Saint-Laumer les a aidés à revoir leur itinéraire technique.

Un semis réglé au centimètre près

« Le relay-cropping demande beaucoup d’anticipation et d’organisation », avertit Étienne de Saint-Laumer. Une mise en garde à considérer avant même le semis de la céréale puisqu’il va falloir calculer les largeurs des rangs de chaque culture selon son matériel. « Le relay-cropping s’envisage uniquement s’il s’insère dans le système cultural de l’agriculteur et si celui-ci peut réutiliser du matériel présent sur sa ferme », ajoute par ailleurs Cyril Hamot.

Une logique partagée par Étienne de Saint-Laumer qui conseille de conserver son semoir monograine, si possible à entraînement électrique, et d’indexer les écartements de celui-ci à ceux du semoir à céréales. « Le nombre de rangs du semoir à céréales doit être un multiple du nombre de rangs du semoir à maïs », note-t-il. Si l’on choisit de semer le blé avec un écartement de 17 cm, on pourra par exemple fermer un rang sur deux ce qui laissera un espace de 50 cm dans lequel on sèmera la seconde culture d’inter-rang qui bénéficiera ainsi d’un inter-rang de 68 cm. C’est cette configuration qu’a adoptée Cyril Hamot cette année pour 3 ha de soja dans du blé. « Avec 50 cm d’inter-rang, la lumière arrive beaucoup mieux au sol que lors de notre premier essai » constate-t-il, en précisant qu’il faut bien veiller à semer au milieu de l’inter-rang, sur un sol bien rappuyé (et une terre bien réchauffée). La largeur des roues du tracteur est également importante : « si vous êtes à 50 cm, il faut être en voie de 2 m mais à 45 cm il faut se placer à 1m80 », précise ainsi Étienne de Saint-Laumer.

De nombreux paramètres à considérer

En matière de compétition pour la lumière, il est également nécessaire de bien choisir la variété de blé et d’adapter la densité à laquelle il est semé. « La céréale doit avoir un port bien dressé et ne pas trop s’étaler sur les lignes », souligne Cyril Hamot. Une information qu’Étienne de Saint-Laumer regrette de ne pas voir dans les catalogues des semenciers : « savoir si les variétés vont faire beaucoup de talles, si elles vont être larges, si elles auront un effet buissonnant serait utile dans des champs d’applications bien plus larges que le seul relay-cropping. » Quant à la densité linéaire du blé, il rappelle que même si l’on ferme des rangs, il ne faut pas trop l’élever sous peine d’impacter négativement le rendement. Moins de talles de blé évitera également, peut-être, une compétition hydrique trop importante. « L’année dernière, nous avons dû irriguer avant et après la récolte du blé », témoigne Cyril Hamot : il est important d’être en mesure d’y avoir recours.

La moisson du blé réalisée l’été dernier entre les rangs de soja.  (©Cyril Hamot)

Enfin l’agriculteur souligne la complexité de la moisson du blé : la hauteur de la paille doit être bien ajustée au moment de la récolte. Il conseille ainsi de raser au plus bas, pour éviter l’ombre induite par les pailles, sans abîmer le soja. L’utilisation de patins pour coucher ce dernier et éviter de l’étêter peut être une solution. Il conviendra également de veiller à la largeur des roues de la moissonneuse.

Des résultats probants ?

Les possibilités offertes par le relay-cropping sont nombreuses. « Nous avons fait des essais avec de l’orge de printemps et d’hiver ainsi que du blé en première culture et, en seconde culture, du sarrasin, du lin, du sorgho, de la betterave fourragère, de la betterave sucrière, de la luzerne… » énumère Étienne de Saint-Laumer. Les applications étant très différentes : en dehors de la production de grains avec le soja, on peut envisager du sorgho pour l’élevage, celui se comportant très bien dans du blé comme a pu le tester Cyril Hamot. Un essai en Eure-et-Loir de production de fourrage avec de la luzerne dans du blé, une technique inspirée de l’agriculture biologique, a également donné de bons résultats. Des cultures comme la betterave se sont en revanche avérées sensibles à la phytotoxicité induite par le désherbage du blé. « On peut aussi faire de la luzerne dans du seigle qui sera récolté tôt, puis laisser le bétail pâturer, ajoute Étienne de Saint-Laumer. La luzerne sera là pour les trois prochaines années et on aura gagné six mois d’implantation au lieu d’attendre fin août ! »

Dans tous les cas , il ne faut pas résonner, en termes de production, comme si l’on avait deux cultures. « Ce serait plus une et demie, commente-t-il. C’est sur la marge nette que la différence va se faire. » La diminution des intrants peut notamment jouer en faveur du relay-cropping, mais l’équation n’est pas encore évidente. Horsch a prévu en ce sens plusieurs essais sur des grandes surfaces cette année pour mieux évaluer les marges nettes. Même défi pour Cyril Hamot, qui compte évaluer la pertinence économique de son système sur la récolte de cet été.

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