Protection des cultures

Les variétés résistent aux bio-agresseurs


TNC le 06/08/2019 à 06:00
Les variétés résistantes aux maladies se révèlent un outil indispensable pour diminuer l’utilisation des produits phytosanitaires. (©TNC)

Les variétés résistantes aux maladies se révèlent un outil indispensable pour diminuer l’utilisation des produits phytosanitaires. (©TNC)

L’utilisation de variétés résistantes aux bio-agresseurs ou à la verse en céréales et en colza peut favoriser une baisse importante de l’Indicateur de fréquence de traitement (IFT). Grâce à l’innovation variétale et à l’engagement du secteur agricole, ce levier de lutte pourrait bien connaître un succès grandissant à l’avenir.

Face à une pression sociétale et réglementaire toujours plus forte, les agriculteurs s’évertuent à développer des pratiques plus durables. Dans ce contexte, les variétés résistantes aux maladies se révèlent un outil indispensable pour diminuer l’utilisation des produits phytosanitaires. « Les variétés sont toujours choisies sur le rendement et la qualité, mais nous privilégions de plus en plus celles qui possèdent des résistances à une ou plusieurs maladies », rapporte Caterine Deschamps, directrice agronomie et innovation au sein de la coopérative agricole et agroalimentaire Axéréal. Une tendance confirmée par Thierry Momont, de l’Union française des semenciers (UFS). « On a bien conscience qu’il faut développer des variétés qui ne présentent aucun point faible », témoigne-t-il.

Lors de leur inscription, les variétés de céréales à paille sont cotées pour moitié sur leur performance sans traitement phytosanitaire (modalité non traitée), à laquelle s’ajoutent des bonus sur les résistances. Josiane Lorgeou, responsable du pôle variétés, génétique et semences chez Arvalis-Institut du végétal, attribue à cette méthode d’évaluation un progrès génétique continu et très significatif depuis vingt ans des résistances aux maladies. « L’enjeu d’économie entre une variété résistante et une autre sensible est important. Le gain atteint 0,6 à 0,7 d’IFT (indicateur de fréquence de traitement, NDLR) », affirme-t-elle. Mais pour Caterine Deschamps, la génétique ne peut à elle seule tout résoudre. « Chez nous, la baisse de l’IFT passe par les variétés résistantes, mais surtout, par leur prise en compte dans les outils de modélisation et dans le conseil apporté aux agriculteurs », détaille-t-elle.

Choisir sa variété de manière stratégique

Bien choisir sa variété est d’autant plus important que les enjeux des résistances évoluent en fonction du climat et du terroir. C’est pourquoi les sélectionneurs proposent tout un panel répondant à chaque situation. Sur blé, la stratégie consiste à trouver la ou les résistances permettant de diminuer ou de supprimer l’un des trois traitements fongicides de base. « Un producteur de blé dur dans le sud de la France va s’intéresser aux résistances à la fusariose, quand un cultivateur de blé tendre dans les Hauts-de-France essayera de supprimer son premier traitement sur septoriose », illustre Philippe Heusele, secrétaire général de l’Association générale des producteurs de blé et autres céréales (AGPB).

À voir aussi : Variétés de blé tendre – Un nouvel outil pour choisir les variétés adaptées à chaque situation

Dans le Centre-Val de Loire, Caterine Deschamps travaille particulièrement sur la résistance à la septoriose, très nuisible sur le secteur, mais aussi au piétin-verse. La vigilance reste de mise sur la fusariose afin d’éviter les problèmes de qualité lors des années propices au développement de cette maladie. « Les agriculteurs français sont en train d’évoluer de deux ou trois itinéraires techniques simplifiés vers une multitude de solutions culturales », se félicite Philippe Heusele. Les résistances aux rouilles constituent un autre axe de travail des sélectionneurs, notamment à la rouille jaune, qui occasionne des dégâts depuis quelques années. « Nous surveillons aussi les conséquences du réchauffement climatique. Si la rouille noire devait arriver sur le territoire, il faudrait pouvoir réagir vite », anticipe Thierry Momont.

En colza, la résistance au phoma est généralisée sur les variétés mises sur le marché. « Pour la cylindrosporiose, ce qui complique les choses, c’est qu’il n’y en a pas tous les ans. Il faut tomber la bonne année pour pouvoir tester la résistance des variétés », rapporte Arnaud Vanboxsom, responsable de l’évaluation des variétés chez Terres Inovia. Il explique par ailleurs que cet institut technique se prépare à évaluer la résistance au sclérotinia avec des variétés qui devraient être prochainement homologuées. Au-delà des champignons, la lutte contre les viroses passe, elle aussi, par cette voie. Sur colza, la mise au catalogue de variétés résistantes au virus de la jaunisse du navet (TuYV) vient apporter une première solution de lutte contre ces affections transmises par les pucerons, après l’interdiction des produits de contrôle de ces insectes. « Il y avait déjà cinq variétés proposées sur ce créneau en 2018. Ce chiffre devrait progresser en 2019 », prévoit Arnaud Vanboxsom.

Mais la résistance aux maladies n’est pas le seul point d’intérêt de l’innovation variétale. L’application d’insecticides et de régulateurs de croissance peut, elle aussi, être diminuée. La lutte contre la cécidomyie orange sur blé en est un exemple concret. « La recherche avance forcément moins vite quand il y a des solutions chimiques peu coûteuses et efficaces », nuance Thierry Momont à propos des régulateurs de croissance. L’approche est un peu différente sur colza. Pour lutter contre l’enherbement et la pression des ravageurs d’automne, les sélectionneurs misent sur la vigueur des variétés développées. « Depuis deux ans, nous travaillons sur ce critère pour l’intégrer dans l’évaluation des variétés », explique Arnaud Vanboxsom. Le phénomène de contournements de résistance apparaît comme un problème important dans la lutte contre les maladies. « Sur blé, la résistance monogénique à la rouille peut s’effondrer très rapidement. Il faudrait pouvoir identifier les gènes incriminés afin de privilégier les résistances quantitatives », relève Josiane Lorgeou. Pour Thierry Momont, la solution passe par une diversification des assolements. « Les semenciers peuvent faire beaucoup, mais si vous sursollicitez une variété, le contournement (d’un facteur de résistance, NDLR) est inévitable », constate-t-il.