Les marchés agricoles attendent la pluie, résignés sur la prolongation de la guerre
AFP le 29/04/2026 à 18:00
Les prévisions météo et la pluie qui tarde à arriver sur les grandes plaines céréalières aux États-Unis soutiennent encore les prix sur les marchés agricoles tandis que les incertitudes liées à la guerre au Moyen-Orient pèsent sur les perspectives de fin d'année.
A Chicago, le boisseau de blé a clôturé mardi en forte progression à 6,49 dollars, un niveau plus vu depuis mi-2024, dans le sillage de la hausse du pétrole mais aussi d’une sécheresse qui dure dans la région des Grandes Plaines. Cette hausse entraîne avec elle le reste des marchés agricoles même si le maïs américain est aussi soutenu par la forte demande.
Selon le dernier chiffrage du ministère américain de l’Agriculture (USDA), 35 % des cultures de blé aux Etats-Unis sont en « mauvaise » ou « très mauvaise condition » (contre 19 % à la même période l’année dernière).
Pour Michael Zuzolo, analyste chez Global Commodity Analytics and Consulting, il est probable que les dégâts soient encore plus grands si le mois de mai reste sec.
« Les températures semblent baisser, ce qui est une bonne chose, mais les précipitations des 30 prochains jours détermineront probablement si les pertes seront historiques ou non », déclare-t-il à l’AFP.
En Europe, la hausse de la céréale du pain a été plus mesurée, la tonne ayant pris quelques euros ces derniers jours, sans dépasser les 200 euros pour l’échéance la plus rapprochée (livraison en mai). La sécheresse persiste en Europe de l’Ouest mais des pluies sont attendues en fin de semaine, notamment en France.
Damien Vercambre, de la société Inter-Courtage, note que ce sont surtout les échéances plus lointaines (livraison pour septembre et décembre) qui ont progressé, à environ 215 et 225 euros la tonne respectivement.
« Autant les bilans 2025-2026 sont confortables -on a une production mondiale record, une production européenne plutôt confortable » avec des stocks importants-, ajoute le courtier, autant la météo fait naître des craintes sur les nouvelles campagnes.
« Hypothétique règlement de crise »
« Le marché a perdu patience à la fois vis-à-vis de Mère Nature, qui n’a pas laissé les pluies arriver, et du blocage du détroit d’Ormuz », résume Michael Zuzolo.
La poursuite du conflit au Moyen-Orient et le blocage persistant du trafic dans ce passage stratégique pour le pétrole, le gaz et les engrais entraînent des inquiétudes sur « les semis d’hiver 2026, et du coup sur les récoltes de 2027 », relève Gautier Le Molgat, PDG d’Argus Media France. Les agriculteurs ont surtout pâti de la hausse du gazole pour les tracteurs pour les semis de printemps, ajoute-t-il.
Les premiers impacts de la hausse des engrais se verront dans les pays « à contre-saison, c’est-à-dire l’Australie et l’Argentine », qui achètent maintenant leurs fertilisants pour les semis de blé dans les prochains mois, ajoute Damien Vercambre : « ils ne vont pas attendre un hypothétique règlement de crise, ça va donc renchérir la production ». En Australie, une baisse de production est déjà attendue.
La hausse du pétrole continue également de profiter aux oléagineux qui servent à fabriquer des biocarburants.
Pour le colza, Gautier Le Molgat souligne que les mouvements drastiques observés sur Euronext ces derniers jours sont plus liés à un épuisement des volumes à l’approche de l’échéance de mai (près de 600 euros la tonne). Mais les échéances suivantes se sont aussi bien installées au-dessus des 510 euros la tonne, « un élément nouveau ».
Le soja et son huile sont une autre illustration selon lui de la « fermeté sur les marché des oléagineux ».
« Le facteur le plus important à court terme pour le soja est de savoir si les États-Unis et la Chine parviendront à un accord à la mi-mai », affirme Michael Zuzolo, mais « les conditions météorologiques importeront également ».