Après les inondations, un printemps sec inquiète les agriculteurs de l’Ouest


AFP le 25/04/2026 à 12:15

En moins de deux mois, des champs noyés sous des crues record ont laissé place à des sols secs: dans l'ouest de la France, certains agriculteurs craignent d'être de nouveau frappés par les effets du dérèglement climatique.

René Pouëssel, éleveur laitier bio, déplore le manque de pluie sur son exploitation à Bain-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine). L’orge de printemps destiné à nourrir ses bêtes l’hiver prochain « ne pousse pas vraiment », dit-il en montrant les plants épars entre des mottes de terre sèche.

Le petit ruisseau qui serpente sur ses terres avait inondé les champs adjacents en début d’année. En avril, il est déjà redescendu à son niveau habituel « de mi-juin », poursuit l’éleveur, contraint de s’adapter aux brusques changements de la météo.

Après une année 2025 déjà marquée par des inondations suivies d’un printemps sec qui avait obligé René Pouëssel à acheter du fourrage en quantité pour nourrir son cheptel, l’éleveur a dû prendre ses précautions et commander 40 ballots d’herbe enrubannée.

« C’est préoccupant, mais pas alarmant » si la pluie revient bientôt, mais si « mai et juin sont secs, ça va tirer », s’inquiète-t-il.

Le mois de février a été marqué par un record de pluie et des crues exceptionnelles dans l’ouest de la France, selon Météo-France. En revanche, « mars a été déficitaire » en précipitations et « avril s’annonce très déficitaire » avec des pluies inférieures de « quasiment 60 % » par rapport à la normale en Bretagne, dans les Pays-de-la-Loire et la Basse-Normandie, précise à l’AFP Christine Berne, une climatologue de Météo-France.

Vents asséchants

Julien Hamon, maraîcher dans le Morbihan, scrute aussi le ciel. « Il n’y a pas de pluie annoncée sur les 15 prochains jours » et cela s’ajoute à « des vents de nord-nord-est qui sont asséchants », déplore-t-il.

« Il faut irriguer » les légumes de printemps, ce qui représente une surcharge de travail. Il dispose certes d’une petite retenue d’eau. Mais « si je commence déjà à taper sérieusement dans mon bassin mi-avril, qu’est-ce que ça va être cet été ? », s’interroge-t-il.

La Bretagne est mal pourvue en nappes phréatiques, contrairement à d’autres régions, où les pluies hivernales abondantes ont permis de constituer des réserves.

Ces changements brusques de météo peuvent avoir plusieurs impacts sur les cultures, explique Sylvain Pellerin, de l’Inrae.

« Si on enchaîne sols gorgés d’eau, puis d’un seul coup sécheresse, ça va être préjudiciable aux plantes parce qu’elles ont un enracinement peu développé », détaille-t-il en évoquant des cultures céréalières comme le blé.

Concernant les pâtures, « on va avoir un contraste plus important entre une production d’herbe plutôt favorisée en sortie d’hiver et, pendant l’été, un paillasson, une herbe sèche », poursuit le directeur de recherche.

« Ce contraste saisonnier entre un hiver plutôt pluvieux et puis un printemps sec, c’est bien ce que nous prédisent les modèles climatiques, on risque malheureusement d’aller de plus en plus vers ça », avertit Sylvain Pellerin.

Face au dérèglement climatique, « le stockage de l’eau semble assez logique compte tenu de l’évolution climatique »,  mais « sans aller vers du gigantisme », estime t-il, plaidant pour « une évolution de l’agriculture vers des systèmes un peu plus économes en ressources ».